CHAPITRE III
C'était déjà l’objet u’un livre paru en 1923 et le nom de son auteur, M. Sarraut, reste indissolublement lié au projet de loi « portant fixation d’un programme général de mise en valeur des colonies françaises », qu’il venait de déposer à la Chambre au nom du Gouvernement.
Il va sans dire qu’un problème de cette importance devait être un point central de discussion pour les personnalités qui, réunies à la Conférence de la France Métropolitaine et d’Outre-mer se proposaient de « rechercher dans un cadre impérial » les moyens propres à rétablir l’équilibre de l’économie française.
C’est à la Commission spéciale de l’outillage colonial, qu’il appartint de déterminer la nature et l'importance de cet équipement ainsi que la formule appropriée à son financement ?.
4. Chambre des Députés, n° 2.449, annexe du P. U. de la séance du 12 avril 1921, J. ©. du 19 juin 1921 et S. 8. P. 1574 à 1665.
2. Conférence économique de la France Métropolitaine et d’Outre-mer. Commission de l’outillage colonial :
Président : M. le général Messimy ;
Vice-présidents : M. le Gouverneur général Roume, M. Sabatier ;
Rapporteur général, M. Maître Devallon ;
Rapporteur, M. Guillanton.
De CUS
A vrai dire, l’ouvrage d'Albert Sarraut fixait déjà dans les grandes lignes l’ensemble des travaux à effectuer . mais là Commission en fait une mise au point actuelle en marquant à dessein les préoccupations humanitaires qui doivent présider à la réalisation de ce programme. Car il reste fonction avant tout de la main-d'œuvre indigène et s’il est vrai de dire que celle-ei va voir accroître son bien-être matériel, il faut viser plus haut encore et par une amélioration constante de sa condition de vie intellectuelle et morale prévenir dès à présent les objections toujours possibles envers la légitimité de la colonisation. |
Tout d’abord, une place à part sera réservée à deux grands ouvrages qui, en raison de l’importance des sommes à engager, de la diversité des territoires mis en cause, réclament une solution spéciale ; il s’agit du chemin de fer transsaharien et de la ligne Douala-Tchad. L'un et l’autre sont d'intérêt impérial et réclament de ce fait un mode de financement particulier.
Le reste du programme sera réparti sur une durée totale de quinze ans et les travaux divisés en deux tranches, selon leur importance. Les plus urgents seront à effectuer au cours des sept premières années ; les autres dans les huit années suivantes. L’ampleur des dotations prévues réclame une collaboration financière entre la France et la Métropole ; elle sera assurée au moyen d’un fonds national pour l’outillage public de la France d'outre-mer.
Il ne peut être question de rappeler ici in extenso, V’'histoire des missions qui ont étudié la réalisation du chemin
de fer de la Méditerranée au Niger : ; qu’il nous suffise de savoir que l’idée première en avait été lancée après 1871 par l'ingénieur français Duponchel et que la poursuite des relevés indispensables ne devait pas tarder à être marquée par des actions héroïques. Après le massacre de la Mission Flatters en 1881, les expéditions dangereuses de Foureau, puis de Foureau-Lamy en 1898 assurèrent peu à peu notre pénétration dans les étendues sahariennes, non sans avoir encore entraîné des épisodes sanglants comme l'assassinat des Pères Blancs et la mort du marquis de Mores.
Par la suite, un organisme d'étude avait été créé par la loi du 7 juillet 1929 ; le tracé aboutissant à Oran avait été préconisé et il pouvait sembler que le projet d’une Compagnie d'exploitation serait bientôt entré dans le domaine des faits. Mais les choses demeurèrent en l’état et la commission de l’outillage ne put, une fois de plus, que marquer l’intérêt d’une telle réalisation.
C’est que, du point de vue national, le chemin de fer transsaharien représente la liaison indispensable avec notre bloc de l’Afrique Noire. Il semble inutile d’insister sur l’utilité stratégique de cette liaison ; disons seulement qu’elle doit suivre normalement la mise en valeur de la Vallée du Niger et qu’il ne servirait à rien d’y étendre la culture du coton si un débouché ne lui était dès à présent assuré. |
Du point de vue international, d’autre part, le chemin de fer de la Méditerranée au Niger constitue un tronçon du gigantesque ouvrage qui reliera, sans doute un jour, la Méditerranée au Cap de Bonne Espérance. Ajoutons qu’il faut nous hâter de prendre position ‘&i nous ne voulons être
1. Général Ed. Bremont. « Transsaharien », Revue des Ambassades et des questions diplomatiques et coloniales, juillet 1937.
devancés dans cette voie par d’autres nations cependant moins bien placées que nous !. D'ailleurs, les objections qui résultaient autrefois des difficultés d’alimenter les locomotives en eau et en charbon sont définitivement disparues. La découverte de houille à Kenadza, les progrès réalisés dans la construction des moteurs à huile lourde, la possibilité de transformer les immenses réserves oléagineuses de VA. O. F. en pétrole végétal par les procédés Bergius, ont complètement modifié le problème en permettant de prévoir une appréciable source de richesse pour nos producteurs d’arachides sénégalais. :
En dernière analyse c’est une question d’amour-propre qui est en cause, car il ne faut plus que nous puissions lire dans des journaux étrangers que le monde entier attend « que les Français tracent ce chemin de fer fantastique dont ils parlent tant, qui à fait l’objet de centaines de livres et de milliers d'articles, dont se sont occupées toutes les chambres de commerce françaises, qui à été étudié des milliers de fois par des commissions parlementaires et à propos duquel on a affirmé en plusieurs occasions qu’il existe un projet définitif ? !... »
Pour des raisons analogues la construction de là ligne Douala-Tchad s'impose. Tout comme la vallée du Niger, le bassin du Tchad semble appelé à devenir un centre de production du coton et une voie d'accès vers ces régions sera d'urgence nécessaire ; Sans compter qu’au point de vue
1. Ladreit de Lacharrière. « Les circonstances et les formes de l’accord de Rome », Bulletin de l'Afrique Française, janvier 1935.
2, Santos Fernandez. Democratia, 24 septembre 1933. Cité dans Bull. de l’Afrique Française. « Le tunnel sous Gibraltar et le transsaharien », nov. 1933.
E. Gonzalès Jimenes. Ferrocariles africanos et transahariano, Madrid, 1933. Bull. Afrique Française, avril 1934.
international, il y aurait intérêt à en poursuivre l’exécution de façon à ce que nous ayions des arguments de poids à opposer le cas échéant à des revendications coloniales ape s’annoncent chaque jour plus menaçantes.
Quant au programme proprement dit de travaux à répartir sur une durée de quinze années, sa consistance devait résulter de l’étude comparée de l’outillage actuellement acquis et des réalisations nécessaires pour aboutir à une mise en valeur rationnelle.
En dehors de la protection sanitaire démographique à laquelle la Commission de l'hygiène de la conférence devait apporter un soin particulier, des installations urbaines, des bâtiments administratifs, de l’enseignement et de l’aménagement général des cultures qui doivent rester à l’initiative des gouvernements généraux et pour lesquels il suffisait de prévoir un rythme d'engagement de dépense, il s’agissait de déterminer pour chaque colonie le programme à réaliser et l’on était arrivé à un accord en ce qui concerne les points suivants : |