CHAPITRE II
Au mois de novembre 1933 l’Académie des Sciences coloniales chargeait son Président, le Maréchal Lyautey, d'effectuer une démarche solennelle auprès du chef de l’État afin de lui remettre la résolution suivante :
« l’Académie considérant que, dans l’état présent du monde, la France et ses colonies doivent constituer particulièrement en Afrique un bloc cohérent... que cette cohésion et cette harmonie ne sauraient être réalisées sur le plan politique et économique, sans une politique gouvernementale inspirée de la nation et dela volonté d’Empire, et arrêtée dans une large vue d’ensemble ;.. assurée que la politique nouvelle souhaitée par les meilleurs esprits. est absolument conditionnée, par l’unification de tous les rouages chargés, dans la Métropole, des intérêts généraux de nos établissements d’outre-mer.. et que la répartition entre plusieurs ministères des diverses parties de la France extérieure. y compris les protectorats... apporte d’innombrables obstacles à la solution désirable des grands problèmes de colonisation et nuit à la bonne préparation des grands projets intéressant soit l’ensemble du domaine soit ses principaux groupements, considérés isolément ou
en union d'intérêts. conclut à la nécessité absolue de créer un ministère de la France extérieure qui assurerait l’administration supérieure de nos colonies et pays de protectorat ».
C'était en quelques mots placer l’opinion publique en présence d’un des problèmes les plus délicats de notre politique coloniale car, et ceci n’est un secert pour personne, la diversité des « rattachements coloniaux » constitue à l'heure actuelle encore une véritable anomalie.
Le gouvernement général de l’Algérie dépend du ministère de l'Intérieur encore que certains services algériens soient directement rattachés aux ministères intéressés,
Les colonies proprement dites, même assimilées relèvent du ministère de la sue Oudinot et c’est encore le cas pour certains protectorats comme l’Indochine où cependant subsistent des souverainetés locales, ainsi que pour les mandats du Togo, du Cameroun et pour le Condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides.
Par contre, les protectorats méditerranéens et le mandat syrien dépendent du ministère des Affaire$ étrangères.
Cette complexité, encore accrue d’ailleurs par l’intervention éventuelle de certains autres ministères, s’explique sans doute par des raisons historiques. Les vues d'ensemble ont manqué dans l’acquisition d’un domaine que nous devons à des initiatives individuelles plus qu’à l’action raisonnée d’un gouvernement. |
« Tout cela fort bien dans le passé est à l’honneur de la race plus que des gouvernants ; mais cela ne suffit plus. Il faut aujourd’hui des idées générales appliquées à un problème difficile très complexe et servies à Paris par une autorité capable d’arbitrer dans la politique et l’économique les différends, parfois les querelles qui s’élèvent
au delà des mers parmi les citoyens, les sujets et les protégés d’une même France :. »
Tout d’abord, des raisons économiques impérieuses le commandent.
Sans direction unique il paraît impossible d’avoir la largeur de vues qui doit présider à l’harmonisation des ressources de l’ensemble, à l'élaboration d’un plan définitif d'équipement colonial et de la politique financière à laquelle il demeure subordonné.
Ce n’est pas tout, l'esprit français est épris de logique. Non seulement, il réclame des solutions harmonieuses, mais il veut encore qu’elles le paraissent. Il ne s’accommode pas comme le peuple anglais de ces constructions empiriques souvent bien adaptées aux circonstances ; l'unité de l’empire est un vain mot pour lui si elle ne se synthéthise pas en un symbole approprié.
Le mouvement qui tend à réaliser l’unité de direction de notre domaine colonial ne date pas d’hier.
De 1858 à 1860, nous avons eu un ministère de l’Algérie et des Colonies. Plus tard en 1898, M. Etienne signalait la nécessité de réunir toutes nos affaires coloniales en un même département ministériel et en 1903 et 1904 une campagne de presse active, à laquelle avait pris part M. Duchêne”, insistait une fois de plus sur l'opportunité d’une telle réforme. En 1908, M. Roume, gouverneur de l'A.O.F. s'était rallié à cette idée dans
4. Robert Raynaud. Un ministère de la France extérieure, dans Le Temps, 23 novembre 1933.