L'heure qui nous a donné la vie l'a déjà atteinte
Laissons M. Sauvage dans la compagnie de ces grands moralistes dont il a voulu avoir le contre-seing au bas de ses Pensées. Laissons-le revenir en ce monde, comme nous l'avons dit» avec cette escorte de vrais immortels, couvert de leur ombre, paré de leur gloire toujours jeune et de leur fécondité toujours prodigue. Son livre sera réimprimé, nous n'en doutons pas; il sera remanié, cela est nécessaire. Il est de ceux qui durent et qui restent, de ceux qu'on aime à avoir sous la main. On le citera, tôt ou tard, comme on cite Vauvenargues, Joubert, madame Swetchme. Jeune encore, H. Sauvage avait écrit cette pensée qu'on aurait pu croire plus subt encore que délicate : (( .... Après l'amour, à côté de lui, au-dessous si l'on veut, mais mieux que lui, il y a Tamitié d'une femme.... Il y a un état du cœur qui peut donner une idée de la vie douce et sereine attribuée par les poètes aux ombres heureuses de rÉIysée, c'est Tamitié imprégnée d'un peu d'amour.... )) La pensée fut communiquée à Chateaubriand dans le salon même de madame Récomier. On dit que l'auteur de René y reconnut son image. M. Sauvage eut ainsi à i'Abbaye-aux-Bois, par le suffrage du premier écrivain de notre pays et sous le regard de la plus jolie fenune de notre époque, son premier et radieux succès.
(14 juin 1876.)
P. S. Un autre succès des Pensées de M. Sauvage, mais celui-là il ne l'a obtenu qu'après sa mort : l'Académie française a couronné son livre dans sa séance publique d'août 1877. .