Vues sur le gouvernenieni de la France
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litiques, n*est pas un trop grand défaut chez un philosophe, même ailleurs que dans Téclectisme. La correspondance de Doudan fourmille de contradictions. Croyezvous qu'il se démente? Non, il se complète; son esprit n'est pas mobile, mais curieux et perfectible à outrance. tt J*apprends tous les jours quelque chose, » disail le Vieux CatoQ. Le roi Louis-Philippe disait, en 1840 : « Depuis que je suis roi, j'ai beaucoup appris. » Hais ne nous y trompons pas : sous cette apparence d*une curiosité un peu flottante, le bon sens du penseur avait chez M. Doudan sa cuirasse d'acier bien trempé. Fortement maître de lui, ayant toujours ce que j'appellerai la sincérité du moment, avec l'invariable respect dé la langue et du goût, il a pu ainsi prêter son jugement à la mobilité des hommes et des choses, non sans y pénétrer profondément par la justesse de son coup d'oeil, la finesse de son ironie, la hardiesse enjouée de son esprit, tourné par instants, pourquoi ne pas le dire? à la moquerie et au paradoxe. La forme en lui variait sans cesse, le fond résistait.
Dans le monde où il vit, nous l'avons remarqué, le respect qu'il éprouve est comme un libre échange avec celui qu'il inspire. Il est volontiers contenu, jamais asservi. Dans l'épanchement de sa correspondance familière, il se donne plus de champ. Sa vie intime, ne l'oublions pas, n'est pas fermée à l'action extérieure. Le monde y entre avec tous ses échos. Il y trouve un esprit libre qui s'applique, parfois qui s'amuse à le juger. L'ordre y règne dans la diversité.
« Vous voilà donc, écrit-il à une de ses amies, réduite, encore pour longtemps, à ce plaisir extrêmement sérieux, quand il est seul, de la vie méthodique, du partage régulier de tous les moments de la journée? Quoique ce ne soit pas l'idée du vulgaire, je crois que les imaginations vives sont plus propres que les personnes d'un esprit pai-
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sible et lent à jouir de ce train d'existenee^ monotone en apparence...
n Cette vertu aide singulièrement à passer les mautais moments de la vie. M. de Chateaubriand fait dire à René que, s'il croyait encore au bonheur, il le chercherait dans l'habitude ; madame de Staël disait qu'une journée divisée n*est jamais longue; madame Roland trouvait dans le goût de la règle la force de passer ses derniers jours de prison dans la sérénité. Le retour régulier des mêmes travaux, des mêmes soins, a quelque chose deTagrément des vers et de la rime. L*âme, toujours agitée à proportion des facultés qui l'animent, a peut-être besoin de ce rythme qui berce doucement les inquiétudes de la vie. Nous avons besoin à la fois de variété et de régularité. Le courant du ruisseau court plus vite dans ses rives plus resserrées *... »
Cette lettre est écrite à une femme spirituelle. M. Doudan écrit souvent à des femmes. Un tiers de ses lettres leur est adressé. Il n'j met aucune galanterie, de celle qui court, mais beaucoup de finesse courtoise. U ne faut pas croire d'ailleurs que sa libre pensée se refuse de profiter de ces entremises charmantes. Il en sait trop la puissance dans le monde ! Quoi qu'il en soit, j'ai cité oe fragment de sa correspondance avec un vrai plaisir ; il me donne raison. La vie de M, Doudan est là en partie dans sa régularité forte et dans son obscurité féconde. Il ne s'attache pas obstinément à une idée, il ne s'emprisonne pas dans un principe* « Henri IVj disait-il, n'avait pas une boite à principes dans sa poche, mais un panache blanc à son casque, et il ne disait pas aux siens : Suivez mon raisonnement; vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur!... Quand un homme me dit : Partons d'un
i. Lettre à madame Donné, juin 1865.
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principe I je deviens tout triste.... » Doudan est toujoui*s en délicatesse avec la logique. Il la tient à distance. Il dirait Yolont|er&.coinme Ghrysale :
« ftrtrr raisonnement en bannit la raison... »
Il est un serviteur du bon sens. Il enrichit son esprit plus qu'il ne le charge; il Taffine et le raffine pour en faire Tarme légère et forte avec laquelle sa libre pensée traverse la vie, affrontant doucement les inégalités sociales et les fastidieuses controverses, les importants et les sots, les fabricants d'hyperboles et les charlataneries consacrées. Il médit quelquefois du monde; il Taimeaufond, quoiqu'il dise le contraire ; il l'aime dans le cercle dis* tingué où il le fréquente, et si parfois il le raille doucement, c'est qu'il le traite en ami. Un de ses amis avait écrit, passant par Strasbourg, qu'il avait vu un singulier effet du tonnerre tombé sur la cathédrale : « La foudre avait respecté tous les noms illustres gravés sur la plateforme, Herder, Gœthe, Gay-Lussac, Lavater... Elle avait brisé les deux premières lettres du nom de Voltaire.^. ' n M. Doudan avait lu ce récit d'un spirituel ami. « Eh bien ! dit-il la première fois qu'il revit l'auteur, la foudre a fait son devoir à Strasbourg ! Elle a effacé le nom de Voltaire... » Et il souriait. Un sourire bienveillant, c'était la mesure de son scepticisme dans ces rencontres délicates avec l'attendrissement d'une crédulité tr^p facile. Il souriait, quoiqu'il eût, au demeurant, bien d'autres armes de combat en ce genre, mais toutes empruntées à un certain fond d'ironie dont la mine en lui était inépui* sable. Son esprit passait, par degrés insensibles, de l'inoffensive raillerie à la satire sans merci, et du sourire