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qui se disaient patriotes et les* dissidents qui croyaient représenter l'esprit nouveau ; entre la France, appui équivoque des uns, et les puissances du Nord dont le zèle pour les autres couvrait un dessein d'usurpation trop manifeste, vous figurez-vous le rôle de ce roi placé là, sur le trône de Sobieski, pour recevoir tous les coups, subir toutes les avanies ; sacrifiant sans cesse, comme il Tavoue noblement, (t Thonneur au devoir » ; calme, patient et courageux parmi tant de passions enflammées, c la pompe à la main », comme il le disait encore, au milieu de Tincendie; — vous le figurez-vous, quand il écrivait, poussé à bout par tint d'outrages : « Tai épousé Xanthippe! » mais une Xanthippe à deux faces : Tune qui menace le sabre au poing, l'autre qui sourit à l'étranger; — Xanthippe acariâtre, guerroyante, incendiaire, homidîde, et qui finit par conspirer contre la liberté du roi, contre sa vie, témoin l'altentat du 3 novembre 1771. Un pareil roi, — et môme avant d'avoir vu se développer dans l'histoire, comme ils se montrent dans la suite de cette correspondance, tous les incidents de ce long martyre, — un tel roi, du jour où il monte sur le trône au milieu des circonstances que tout le monde connaissait, qui donc, étant de sens rassis, aurait trouvé des cris de joie pour célébrer son avènement ? Madame Geoffrin n'est pas si timide ni si prévoyante : « Mon cher fils, écrit-elle (octobre 1764), mon cher roi, mon cher Stanislas-Auguste! vous voilà trois personnes en une seule! Vous êtes ma Trinité I Imaginez, s'il vous est possible, mon transport de joie à la réception de cette divine lettre datée du 9. Je vous ai cru notre bon Henri IV, et moi je me suis crue Sully !... J'ai répandu des larmes de tendresse en lisant le détail de votre élection. Hélas ! oui, si j'avais été là, j'aurais crié bien haut : Mon fils! mon fils! et puis je serais tombée morte de joie. Mon cœur s'élance vers vous et mon corps
a envie de le suivre. Tenez, mon cher fils, si vous êtes un aussi grand roi que je le désire et que je l'espère, pourquoi n irais-je pas vous admirer comme un autre Salomon? Je ne veux point voir cela comme impossible... » C'est à cet excès d'inintelligent enthousiasme, à ce paroxysme d'idolâtrie aventureuse, que monte du premier coup Tesprit de notre bourgeoise de ]a rue Saint-Honoré, quand elle apprend le résultat de Télection de 1764. La Trinité! Sully! Salomon! voilà le premier élan de cette adoration dont nous aurons à signaler les effets, le premier cri de cette ambition d'influence dont nous aurons à parler, le premier indice de cette vanité qui montrera à l'Europe railleuse une « reine de Saba » à la cour de Pologne deux ans plus tard. Il n'est pas vrai (M. de Moûy Ta prouvé) que Stanislas eût en rien encouragé un pareil essor de déraison, en écrivant à madame Geoffrin, aussitôt après son avènement : a Maman , vôtre fils est roi! » Stanislas écrit plus simplement; il est plus maître de ses sentiments et de son style souvent excellent ; Voltaire disait : <( Je connais trois têtes couronnées qui feraient honneur à notre Académie : l'impératrice de Russie, le roi de Pologne et le roi de Prusse *. » Ajoutons que Stanislas apprécie mieux sa situation et qu'il a moins de confiance dans sa fortune. N'importe; à l'ameitume bien souvent tragique de ses confidences, madame Geoffrin répond par un optimisme infatigable et un fétichisme sans merci :
« . . Quand je songe que mon cher fils, que j*ai vu bien jeune, que j'ai bien grondé, est roi, et m'aimant autant qu'il m'aimait quand il n'était que mon fils, la iêle me pète et mon cœur brûle. Won cher fils, je vous répète ce que je viens déjà de vous dire ; votre ambition est satisfaite, vos occupations fixées, rien ne peut plus vous égarer... (Octobre 1764.) »