‹ Poules et œufsChapitre 10 sur 34 · I. — La poxile commune · texte numérisé non relu

I. — La poxile commune

Tout le monde connaît, pour l'avoir vue, notre poule commune, bien peu l'apprécient à sa valeur et lui rendent justice. Son jour viendra, néanmoins, car elle vaut son pesant d'or; c'est l'infériorité notoire, bientôt reconnue de ses audacieuses et brillantes rivales, qui la remettra en honneur parmi ceux qui l'avaient condamnée sans se donner la peine de la juger suivant ses mérites. Elle était là dans toutes les camr pagnes, courant les rues, vagabondant à travers champs, s'occupant d'elle-même et de sa couvée, quand personne ne s'en occupait ; donnant ses œufs sans qu'on cherchât à les faii-e venir plus dru ; elle était là dans les châteaux et dans les maisons bourgeoises, mais nul ne lui prétait attention, et vite elle fut oubliée pour les étrangères , qu'on a sérieusement tenté de lui substituer sur tous les points. Elle est déjà vengée en partie ; ce n'est pas assez : la vérité sur toutes et sur chacune lui rendra le premier rang, qui est le sien.

Tout le monde la connaît et la voit, mais ceux qui feraient le mieux le portrait des variétés sans nombre qu'on lui a opposées, depuis moins de quinze ans, auraient peut-être bien de la peine à dire ses véritables caractères. Elle a partagé le sort de tout ce qui nous entoure ou nous touche; nous le voyons indifféremment, par distraction, et si mal que c'est presque comme si nous ne le voyions pas.

La voilà cependant (grav. 14), nous espérons la montrer ressemblante. Elle a la tête petite, terminée par un bec fin, pointu, de couleur tantôt rosée, tantôt plombée; sa crête varie beaucoup, elle la porte souvent simple, droite et découpée, d'autres fois double et renversée sur le côté. Sa grosseur, moyenne dans les contrées fertiles où elle trouve à bien vivre et là où on la nourrit convenablement , se rapetisse et s'appauvrit dans les conditions opposées. C'est alors qu'elle rend ]")eu, qu'elle pond moins abondamment et que ses œufs sont petits; mais aucune ne réussirait ni mieux, ni aussi bien, flans une situation pareille. Toute son organisation est^ors modifiée ; elle subit la loi commune, son corps devient fluet ^

elb s'élève bot pattes, elle est de tonmnre dégage, elleperd la forme basse et large de celle qui eet plus richement alimen-

t5e. Elle a généralement lea ailes grandes, longues, bien cmplumées, s'étendant jusqu'à la base de la qneue, partie trè»-

développée elle-même, haute et droite, composée de deux rangs de plumes.

Elle a, dit-on, la poitrine étroite. Le reproche n'est que trop souvent fondé ; trop souvent aussi il s'aggrave d'une difformité que lui imposent par surcroît des juchoirs défectueux. Pauvre nourriture et mauvaise ■ hygiène n'engendrent jamais une constitution large et athlétique, mais à ces Xîauses pourquoi ajouter les souffirances inutiles de juchoirs impossibles, à bâtons trop minces et ronds, sur lesquels les animaux ont peine à se tenir, et sur lesquels ils contractent très- vite cette difformité particulière qu'on nomme le brichet? Heureusement le consommateur s'interpose, il repousse tout à fait, ou n'achète qu'à regret et à prix réduit les volailles ainsi conformées, parce que, chfô? elles, les muscles pectoraux, atrophiés, ne donnent presque pîis de chair dans la région la plus estimée de l'espèce. Le consommateur a raison; qu'il pèse de toute sa force sur le producteur, et celui^îî, pour se conformer à ses exigences, réformera par intérêt les vices de l'élevage qui peuvent lui enlever une pairtie de ses bénéfices.

En voilà bien long là-dessusu (C'est que la; chose a sa gravité. L'animal qui souffre n'est jamais bîenén point, il se développe mal et rembourse difficilement ses frais de production. A bon entendeur salut. D'un juchoir défectueux et commode peut dépendre une partie du snooès ou de l'insuccès d'une éducation. En véri,té, on est bien coupable vis-à-vis de soi-même, ' quand on cqmproniet ses intérêts pour si peu.

Les défectnositéade la poitrine ne vont jamais seules; elles sont toujours,. ^con^pagnées. Derrière elles, on constate l'insuffisance du volume du ventre, c'est-à-dire de tout l'appareil de la digestion^ puis (Jes cuisses effacées, minces, pointues ; or le riche développement de cette région a son prix. Quand il manque, les parties moins estimées semblent dominer, et cette prédominance ne facilite en rien la vente.

Un caractère plus heureux est la finesse des jambes, des canons, indice certain de la légèreté du squelette en toutes ses parties.

La peau qui recouvre les canons de la patte est écailleuse, de couleur rosée, un peu terne et plombée. Les ongles qui terminent les doigts sont longs, pointus, très-forts, comme acérés.

Le plumage n'a rien de détenniné. On en voit partout de toutes nuances, et ici se confirme d'une manière très-remarquable cette particularité, à savoir : le plumage est bien plus éclatant chez le coq que chez la poule, au rebours des races de luxe et d'agrément, chez lesquelles la variété, mieux que cela, la beauté et l'éclat de la robe appartiennent à la femelle plus qu'au mâle. De la poule et du coq, c'est ce dernier qui montre le plus de coquetterie. N'est-ce pas un peu le monde renversé ? Le fait est qu'il prend de sa parure des .soins que négligent absolument ses compagnes, mieux occupées sans doute, détournées du soin de plaire par des travaux d'une très-grande importance pour l'éducateur. Quoi qu'il en soit, le coq, <c sultan et roi, 3> fait sa toilette matin et soir, lisse ses plumes avec son bec, les nettoie, les arrange, et se complaît à se bien accommoder. La poule ne fait pas tant de cérémonie; elle aime à se vautrer dans la poussière et s'en donne à cœur joie. Le coq ne partage pas ce goût, il évite ces habitudes sales ; il gratte la terre, il perche dans les fumiers, mais il n'y souiUe pas sa robe, son beau plumage. N'est-ce pas à cause de tout cela qu'on donne le nom de Coq de village au plus joli garçon de l'endroit, au plus propre, au plus « faraud j> ?

Voyons maintenant les caractères moraux de la poule, de celle que l'abandon a fait qualifier de race commune. Dégagée, vive et alerte, elle vole assez facilement à d'assez grandes distances. Elle s'est acquise la réputation, justement méritée, de bavarde par son caquetage incessant. Moins on lui donne à la maison, plus elle se fait indépendante et coureuse, plus elle s'éloigne et devient pillarde, sauvage, entreprenante. La faim chasse le loup hors du bois : la faim pousse les poules mal nourries au logis à s'épandre et à chercher leur vie. Elles de- Yiennent très-habiles à ce métier, et reprennent, quand cela leur est nécessaire, l'aptitude et l'usage du vol ; elles ramassent tout, ne laissent rien perdre de ce qui peut contribuer à satis- Êdre les exigences de leur appétit. Elles grattent avec activité, sans se lasser jamais, et sont ingénieuses, tout en nourrissant leurs poussins, à leur apprendre ce qu'ils auront besoin de savoir pour se suffire à eux-mêmes.

Dans ces conditions, on s'en plaint beaucoup, on s'armô contre elles y mais elles défient toutes les précautions prises

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pour s'opposer à leurs dégâts : elles ne respectent plus rien ; elles ravagent les treilles, les vergers, les semis, toutes les cultures qu'elles peuvent atteindre.

Ces habitudes ont leur mauvais côté 5 on les atténue facilement par le régime. Les poules bien nourries ne causent aucun désastre. Celles qu'on a désaccoutumées de la vie var gabonde par l'élevage sédentaire dans des espaces clos et restreints ont de tout autres mœurs; mêlées aux nôtres, elles ne les suivent pas dçms leurs lointaines excursions ; habituées qu'elles ont été à trouver toujours à leur pointée une nourriture forcément distribuée en suffisance, elles ne sont point industrieuses, elles ont perdu jusqu'à l'instinct. Au lieu de se mettre en quête de la victuaille nécessaire, elles l'attendent sur place et ne savent rien procurer à leurs petits. Dans les deux cas il y a exagération; mais l'éducateur peut aisément y remédier, car ceci est absolument de son ressort. Quoi qu'il en soit des mauvaises habitudes de la poule commune, il faut reconnaître qu'elle est rustique, qu'elle est bonne pondeuse et bonne couveuse, quand on ne lui inflige pas trop de privations. Elle n'acquiert pas, il faut le dire, un engraissement très-remarquable, mais elle donne encore un rendement en viande satisfaisant. On lui adresse pourtant toutes sortes de reproches; on l'accuse de s'ingénier à cacher ses œufs ; de vouloir couver seule et en cachette; d'avoir peu de pendiant à l'incubabion. On dit que sa ponte, assez abondante du reste, donne des œufs petits, au blanc prédominant, au jaune insuffisant.

Ces banalités ne supportent pas l'examen. La poule qui « perd ses œufs » est ceUe à qui l'on n'offre aucun moyen de les pondre en sûreté, celle qui est mal logée, mal nourrie et qui n'aperçoit que causes de trouble et d'agitation autour du poulailler. Si elle n'avait pas de penchant à l'incubation, elle ne ferait pas son nid avec soin dans un coin retiré, et lorsqu'elle a des petits, elle ne se montrerait pas mère aussi tendre, aussi attentive. Aucune ne témoigne d'un plus grand amour maternel. A la vue du moindre danger pour les siens, elle ne s'alarme pas d'une façon stérile, elle entre aussitôt en courroux ; furieuse et magnifique, elle se précipite impétueusement sur Fennemi ; ses forces pourront la trahir sans que son courage

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