‹ Poules et œufsChapitre 9 sur 34 · PEUPLEMENT DU POULAILLER · texte numérisé non relu

PEUPLEMENT DU POULAILLER

bénéfices satisfaisants ; il sera toujours temps de modifier plus tard la population des poulaillers par des croisements rationnels, ou même de la changer complètement par Timportation des races nouvelles.

Adoptant les idées de Sœurette, elle employa les poules de son petit poulailler, concurremment avec d'autres qu'elle obtint de Teiçpressement de plusieurs fermières à l'obliger ; il en résulta de nombreuses couvées, et Jeanne trouva sur plus de 550 naissances, de quoi peupler très-convenablement, pour une première année, l'un des compartiments du nouveau bâtiment. L'année fat heureuse, la réussite combla de joie la pauvre Jeanne, qui s'était fait assister en toutes ses opérations par Taînée des filles de Gaston, mademoiselle Marthe. Elle s'y prit si bien, la brave femme, que mademoiselle Mar^ the, jusque-là peu familiarisée même avec la pensée de pareilles occupations, fat captivée, gagnée à tout jamais à cette intéressante industrie, et qu'elle retint pour la suite, à son profit, « le département de l'élevage » ,

Une semblable administration ne fat point une sinécure; nous dirons plus loin les peines, les soins, les travaux qu'elle impose. Chaque détail viendra à sa place.

Ce qui a été fait pour le premier poulailler s'est renouvelé tous les ans; car une fois peuplés les qiiatre compartiments, il fallait en renouveler la population successivement, dans le même ordre et de la même manière. Il en est de cela comme de tout. On a semé pour récolter une première fois ; mais à chaque récolte doit nécessairement succéder une nouvelle semaille, à moins qu'on ne veuille voir s'interrompre la série des récoltes successives.

Dès qu'on put s'en passer, le petit poulailler de Jeanne, quelque peu amélioré, devint un poulailler d'expériences. Il resta exclusivement dans les attributions de la baronne, qui s'adjoignit néanmoins pour cette grande œuvre \^ plus jeune ^ de ses filles, Louise : la cadette, Mary, fat préposée, ainsi que nous l'avons dit, au département des œufs.

Mais les années ont passé sur tous ces commencements,, années de prospérité sans mécomptes pour des éducations fort bien entendues. Nous ne parlerons plus maintenant que des faits généraux, que des données les mieux acquises, que d'une

science toute faite en quelque sorte. Ce qui va suivre prendra donc les choses en leur ensemble sans plus s'astreindre aux exigences d'un simple coinpte-rendu.

On ne sait plus rien aujourd'hui de l'origine de nos poules.

L'opinion la plus accréditée les fait pourtant venir des races qui vivent ou qui ont vécu à l'état sauvage dans les épaisses forêts de l'Inde. L'une d'elles, désignée par les naturalistes sous le nom de galîus giganteus, donnerait à supposer que nos races actuelles ont énormément perdu de leurs -dimensions primitive». Il en a été ainsi du dindon, qui s'est amoindri en se faisant nôtre, et nous voyons, du reste, que certaines races obtenues en Angleterre, au sein d'une grande abondance, sont revenues avec une facilité extrême à un développement qui finit par nous paraître monstrueux.

Ce fait physiologique mérite quelque attention. En se pliant à des habitudes alimentaires contenues, en devenant sobre par nécessité, la poule s'est réduite chez nous à un volume relativement petit ; mais alors la diminution du poids, qui a suivi, semble avoir plus particulièrement porté sur le squelette. Notre poule commune, si bien accommodée aux circonstances qui l'étfeignent, a moins d'os que n'en ont les grandes races anglaises. La conséquence pratique de ce fait, c'est qu'elle coûte moins à produire tout en donnant proportionnellement plus de viande.

Nous aurions aimé à élucider ce point au moyen de la balance, d'une manière précise conséquemment, mais les données comparatives manquent. Les seules que nous ayons sous la main ne peuvent former qu'un point de départ ; elles sont néanmoins de nature à pousser vei's des recherches fort instructives pour l'élevage et d'un haut intérêt pour l'économie publique.

LES UACES 47

Tandis qu'on admet en fait, par exemple, que dans les ^andes espèces animales les os sont à la viande nette dans le rapport de 1 à 4, nous avons trouvé dans trois poulets divers un rendement beaucoup plus avantageux, car les os n'y existaient que dans le rapport de 1 à 8, et même de 1 à 9. Mais cette question est à reprendre. Nous la posons seulement ici pour l'offrir à d'autres comme un sujet plein d'utilité.

L'espèce galline est plus spécialement représentée en France par ce qu'on y appelle la race commune. Celle-ci est bien moins, comme on l*a prétendu, un composé de toutes les autres que le produit de l'indigénat, que la résultante sur l'espèce des influences naturelles et diverses de la localité. Lorsque celles-ci ont agi à l'exclusion de toutes attentions et de tous soins quelconques, la race locale a été plus ou moins forte et productive, mais généralement petite et commune ; lorsque l'abondance de l'alimentation a été soutenue par une intervention quelque peu soigneuse de l'éducateur, la race a montré plus d'aptitude, soit à la ponte, soit à l'engraissement; elle a été plus fine et plus délicate, plus précoce et moins ossue. Ces quaHtés l'ayant mise en relief, elle est devenue l'objet d'une culture mieux entendue et plus suivie. Alors elle s'est perpétuée par elle-même; sans rien perdre de ses avantages propres, elle s'est confirmée de plus en plus dans ses caractères et dans ses aptitudes, grâce à la loi d'hérédité et, tout à la fois, à la continuation non interrompue des mêmes soins accordés aux éducations successives.

De là sont sorties nos belles et productives variétés françaises de Crèvecœur, de Houdan, du Mans ou de la Flèche, de Barbézieux, de la Bresse, des Landes, de la Haute-Garonne et quelques autres encore, conquêtes anciennes ou récentes de la culture améliorée de l'espèce sur la grande famille de la poule commune dont, à cause de cela, nous parlerons avec plaisir. Nous venons effectivement de constater son aptitude à recevoir tous les genres d'améliorations ou de perfectionnement. Celle qui domine en elle et dont on s'est le moins occupé, c'est sa fécondité; celle qu'on s'est le plus étudié à. développer, au contraire, c'est la faculté d'engraisser. Elle n'est réfractaire ni à à l'une ni à l'autre, et paye avec largesse les soins qu'on lui donne en vue de celle-ci ou de celle-là.

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