I.iiSJ RACES
faiblisse jamais. De la voix, du bec et des ongles, les plumes hérissées, l'œil en feu, elle le pojirchassera à outrance. Souvent sa hardiesse, couronnée de succès, la rend maîtresse du champ de bataille qu'elle n'abandonne point, dût-elle y succomber la première. Si elle est prompte à chercher pour elle-même, elle déploie une plus grande activité encore lorsqu'elle doit pourvoir aux besoins d'une petite famille affamée; elle a recours à la ruse si la ruse peut la servir, et se livre sans scrupule à la maraude, enseignant de bonne heure à ses petits à en faire autant.
La nécessité est mère de l'industrie. La poule qui ne reçoit pas le nécessaire devient très-industrieuse.
Quant à Ja question des œufs, nous l'étudierons en un chapitre spécial; le sujet en vaut la peine, et la poule commune y sera complètement réhabilitée. Elle pond d'autant plus qu'elle se fatigue moins à la recherche pénible de sa nourriture. Il en est encore ainsi de son développement, d'autant plus tardif qu'on l'oblige à courir davantage.
Enfin, sous le rapport de son aptitude à l'engraissement, on peut dire qu'elle n'est pas contrariée par le volume des os, car ceux-ci sont petits ; de plus la chair est succulente si on la prend à point nommé, si on ne la laisse pas trop vieillir.
En résumé, elle donne proportionnellement à ce qu'elle obtient ou à ce qu'elle trouve elle-même, cela va de soi, c'est la règle commune ; m'ais là où d'autres races, qu'on a par trop vantées ou qu'on n'a vantées qu'avec justice, ne réussiraient pas, elle se tire d'affaire et laisse encore un produit tel quel. Elle n'est réfractaire à aucune attention, et s'améliore facilement, soit par elle-même, soit par l'influence d'un croisement judicieux. On peut donc l'utiliser et s'en tenir à elle sans crainte de faire fausse route : madame de Linas a eu grandement raison de s'y arrêter.
Cependant elle avait lu quelque part cette phrase : ce La poule commune n'est pas à choisir pour former une nouvelle basse-cour, à moins que l'habitation ne soit entourée de terres en friche où elle puisse aller chercher une partie de sa nounîture sans qu'on ait à soufMr de ses dégâts. » Mais, en y réfléchissant, la baronne avait interprété favorablement ce passage; elle l'avait considéré comme une bonne note, comme un
bon certificat. En effet, est-ce que ceci ne revient pas à démontrer que la poule commune peut, sinon prospérer, au moins se maintenir là où les races réputées les meilleures ne feraient pas leurs frais et dégénéreraient promptement ? Ce n'est pas à dire, loin de là, que, transportée sur des localités fertiles, placée dans d'excellentes conditions à tous égards et richement nourrie, elle serait onéreuse, elle ne rendrait pas en raison des soins intelligents dont on TentourcTait. Madame de Linas voyait juste, et cela lui était facile, puisque le petit troupeau de Jeanne, très-amélioré en quelques années, lui montrait tout ce qu'on pouvait retirer d'une culture judicieuse de la race.
Mais ceci est aujourd'hui de science certaine. Partout où la poule commune n'a pas été gâtée par des mélanges intempestifs, contrariée par des aptitudes opposées aux siennes, elle s'élève toujours, quant à ses produits, avec l'augmentation rationnelle des aliments. Or, sur ce point même, elle n'est pas difficile : si elle appète les plus nutritifs, il est bien vrai aussi qu'elle s'acconmiode des moindres, que tous lui sont bons.
Dans quelques-uns de nos départements, dans certaines parties du midi surtout, la poule commune fait assez généralement triste figure. Elle est petite et chétive, pauvre pondeuse par conséquent; mais comment la gouveme-t-on ? comment est-elle aménagée ? Sa viande est alors dure et ccriace, même quand on ne la laisse pas trop vieillir. En effet, il serait malaisé de manger* poulets moins avenants à l'œil et plus résistants à la dent ; ils n'ont aucune saveur; ils ne. fournissent qu'un détestable aliment. Cela peut-il être autrement ? Est-ce que tout cela n'est pas le fait d'une hygiène déplorable ? les ascendants transmettent à leurs suites leur mauvaise nature, et rien ne vient la combattre, même chez les jeunes qu'on destine à une consommation précoce, eux dont la race est si tardive.
Toutefois ces imperfections ne sont point inhérentes à la race elle-même; elles disparaissent sans exception sur tous les points où l'éducation s'en empare, où les bonnes recommandations de l'hygiène sont réservées. Alors elle se modifie, ello change presque au gi-é de celui qui s'en occupe, et elle devient
particnlièrement pondeuse, ou plus spéciulement apte à Fengraissement, eu presque également propre à Tune et à Tautre destinations.
Les exemples à l'appui de cette assertion ne manquent pas, et les voilà qui se multiplient en notre pays. Nous en trouvons deux, entre autres, très-remarquables, et qui frappent .d'autant plus qu'ils mettent davantage en relief la sorte inférieure, les pauvres qualités de la population galline qui les entoure. Ils sont fournis par les départements des Landes >et de la Haute-Garonne.
Dans le premier, la poule commune a pris une physionomie très-distinguée, un volume supérieur, une riche structure qui la classent en bon rang. En effet, ces avantages ne se bornent pas à la simple apparence, à des mérites extérieures. Ils sont rehaussés par des qualités d'un, autre ordre, fort appréciées par les gastronomes. Ainsi la chair est abondante, succulente et délicate. Cherchant la cause de cette exception dans la contrée, on la trouvera bien marquée dans le mode d'alimentation, dans ce fait seul, car la race n'a été touchée par aucun croisement. Quel aliment produit donc un résultat si accentué ? Tout simplement le maïs ou gros millet. La poule en est ici presque exclusivement nourrie; et elle semble avoir pour fonction spéciale, dans la métairie, de n'en pas. laisser perdre un grain. A ce métier, elle gagne dans sa forme et dévejoppe ses aptitudes, tout en s'acquittant avec zèle de la tâche qui lui incombe. Les qualités qui la recommandent, dès longtemps acquises et fixées, en ont fait une variété distincte et précieuse ; elles se transmettent d'ailleurs ayec certitude des ascendants aux descendants qui les conservent, dans les Landes, pour les transmettre à leur tour à la génération suivante. Mais elles sont si bien le fait particulier du maïs, que la poule landaise, soumise au régime insuffisant ou défectueux de ses voisines, redescend très- vite à leur niveau, beaucoup plus tôt que cellesci ne s'élèveraient à sahauteursous l'influence de la cause qui l'a autant élevée. C'est que chez les dernières la nourriture nouvelle ne saurait détruire brusquement la puissance longuement accumulée et passée dans le sang de la pauvreté actuelle de la race.
La race ! ceci n'est pas un vain mot. Ce qu'elle constitue
énergiquement dans nn type, à Taide du temps surtout, est une force vive, vive et tenace dans toutes les espèces. Les lois de la nature sont une.
Dans la Haute-Garonne, la race n'est pas moins remarquable ; elle n'est pas seulement bien conformée, basse sur jambes et très-légère de squelette, tf ès-chamue conséquemment ; elle est précoce dans son développement, excellente pondeuse et couveuse parfaite. Elle est issue de la grande race méridionale, qui n'est autre que la race commune ; elle appartient de plus près à la poule de Gascogne, qui est déjà une variété meilleure. Ses poulets sont excellents entre trois et quatre mois, sans avoir occasionné aucuns frais extraordinaires.
Nous aurions plusieurs autres exemples à présenter, mais à quoi bon ? Nous l'avons dit, ils se multiplient et l'on en trouvera bientôt par tous pays. Nous nous arrêterons ici, puisque toutes nos preuves en faveur de la poule commune sont faites et parfaites.
D'aiUeurs nous allons passer à l'examen rapide de quelques races supérieures, dont nous avons déjà indiqué le mode de formation. En effet, leur origine est la même qiie celle de la poule conunune, elles résultent seulement d'éducations mieux entendues et surtout d'un régime plus riche. La poule ordinaire n'a pas dégénéré, mais son type s'est élevé sur tous les points où il a été roJ)jet d'une culture honorable et soigneuse. Cette distinction est capitale. Elle explique à merveille ce que nous avons dit un peu plus haut de la possibilité d'améUorer promptement la race commune, par le fait seul d'une bonne hygiène et d'un régime plus large.
n. — Les variétés d'éUte.
Au sentiment de madame de Linas, qui les a essayées peur la plupart dans son poulailler d'expériences, les variétés supérieures de l'espèce ont deux avantages principaux : 1** eUes mettent sous les yeux des éducateurs les plus capables des modèles perfectionnés qu'il n'est pas impossible d'imiter de loin ou de près en travaillant avec intelligence et avec suite la race ordinaire; 2** elles fournissent des reproducteurs: d'élite, des
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races toute faites, connues dans leur passé autant que dans leur présent, pour les pays qui entourent leur propre centre de production et d'entretien, où elles doivent être maintenues avec une attention exclusive et très-soutenue.
On peut donc les acquérir par extension ( et c'est un excellent mode de propagation) dans les localités où elles doivent se plaire le mieux, et aussi là où la population, trop défectueuse, à peu près improductive (ce sera toujours l'exception), ne semble pas devoir se relever facilement par elle-même. On procède alors par importation de la race pure qu'où se propose de substituer à celle qu'on a condajnnée et qui doit disparaître entièrement, pour ne pas nuire par des mélanges de sang au plein succès de l'opération.
Dans les deux cas, ceci reste bien entendu, il faut faire suivre les animaux extraits de leur foyer de reproduction des moyens et des ressources auxquels leur race a dû son individualité, ses qualités propres, sa renonmiée, sa valeur. On les trouve tous dans les procédés d'élevage que nous ne tarderons pas à développer.
Quant aux croisements, nous en traiterons dans un chapitre séparé; l'importance du sujet le veut ainsi.
A chaque ^as que nous ferons dans l'art d'élever les poules, nous retrouverons invariablement les mêmes principes et les mêmes faits; les mêmes doctrines enseignées et pratiquées par les plus savants ou les plus expérimentés.
Un mot à présent sur les races qui ont le plus marqué, sur celles qui ont dans ces derniers temps attiré avec plus de raison l'attention des éleveurs judicieux et des connaisseurs.
A. — RACE DE CRàVEOŒUIt.
La race de Orèvecœur (grav. 15) est d'origine nonnande ou picarde ; on penche plutôt à la croire normande, et nous croyons qu'on est alors dans le vrai. Elle a la chair si déUcate, elle croît si vite et engraisse si facilement, qu'on n'a point hésité à la classer la première entre toutes, non-seulement des races françaises, mais encore des races étrangères, y compris celle des Dorkings qu'on a voulu entourer, du plus grand
POULES ET ŒCFS
prestige. Elle a d'autres rivales encore, et nous constations un peu plus haut que la poule de Gascogne ne lui cédait en rien, m pour la délicatesse du goût, ni pour la précocité, ni pour l'aptitude à engraisser, deux choses qui vont de pair. Le poids eeul, pensons-nous, est plus élevé dans les produits de la famille normande. Or la grosseur n'est qu'un avantage relatif chez la volaille. Une grosse pièce a son prix dans certaines ch*constances et dans certaines conditions, mais une pièce moyenne est plus à la portée du grand nombre, sans être moinâ savoureuse ni moins profitable à tous égards.
Les Crèvecœurs BOAt de gros fabricants de viande. lis ont le corps volumineux, carrément établi, cubique, comme chez toutes les races de boucherie dans les grandes espèces, large et bien posé-sur les pattes. Les membres sont forts, mais charnus ; les formes épaisses, pleines, ne sont pas sans analogie avec celles du bœuf de Durham ; toutes les surfaces en sont étenduea et remplies d'une masse de chair entremêlée de graisse de bonne qualité ; enfin le squelette est léger.
Cette structure donne au coq une certaine gravité, à la poule une humeur calme, une pesante allure et des habitudes sédentaires. D'ailleurs le tempérament est bon ; la race est rustique.
 l'âge adulte, le poids moyen de la'femelle est de 3 kilog. ; on estime que douze poules doivent peser ensemble 36 kilog. Il y a des exceptions remarquables en plus; certaines poules àe2 ans arrivent à 3 kilog. 1/2 et 4 kilog. On peut s'occuper de l'engraissement du poulet avant qu'il ait atteint l'âge de 3 mois, et on peut le manger 15 jours après. Le développement est à peu près complet à 5 mois, sous le rapport de la taille, du poids et de la maturité. La poularde de 5 à 6 mois pèse 3 kilog., et le poulet du même âge de 3 kilog. 1/2 à 4 Mlog. 1/2.
La race de Crèvecœur est très-répandue. C'est elle qui fournit les volailles les plus fines au grand marché de Paris, où on les trouve du commencement de l'été à la fin de l'hiver ou à peu près.
Assez bonne pondeuse, la poule donne des œufs énorme» du poids moyen de 80 grammes ; malheureusement elle couve mal et casse souvent les œufs qu'on lui confie : est-ce mala-
dresaie on désir de mettre fin aux ennuis de Tincubation? Quoi qu'il en soit, cet inconvénient fait qu'on donne volontiers ses œulB à des couveuses plus patientes-et plus adroites : la dindonne devient précieuse ici, et la supplée avec avantage. Somme toute, la race de Crèvecœur est une manière de type à viande. On doit la considérer comme tête de colonne et se bien garder, là où on la cultive, de la mêler à aucune autre, de crainte d'affaiblir, sans compensation, les mérites qui la placent si haut sur l'échelle de l'espèce. Elle est assez bien partagée pour qu'on puisse s'en tenir à ce qu'elle est. Elle a, du reste, de nombreuses ramifications en Normandie, où toute la population gaUine se rapproche d'elle à divers degrés et la rappelle plug ou moins, soit par les proportions, soit par les qualités essentielles. On cite entre autresles variétés du Merlerault, du pays de Caux; celles de Caumont, de Goumay, et plus particiôièrement encore celles de Houdan, dont on a même fait une race à part. Ces dénominations ont l'avantage de circonscrire l'importante région territoriale dans laqueUe se tient et à laquelle convient particulièrement la nombreuse famille des Crèvecœurs.