G.. — RACE DB NANKIN, DITD 00 CHINCHI NOI SB
La race de Nankin ou de Shang-Haï, beaucoup plus connue sous le nom de Cochinchinoise, est d'importation toute récente en Em*ope. En Angleterre comme en France, la spéculation s'en est emparée et en a singulièrement multiplié les variétés, démonti'ant une fois de plus à quel point est ductile et malléable la nature animale entre les mains de l'éducateur, quand surtout il est doublé du marchand. Fort de l'engouement avec lequel on a accueilli la nouveauté, celui-ci a pris soin de raviver les désirs en offrant chaque année un 'animal nouveau aux amateurs, et il a fini par faire de toutes pièces des poules de Shang-Haï avec des coqs de Bréda et des poules malaises. La vieille histoire des oignons de tulipe s'est ainsi renouvelée au grand avantage des fabricants d'oiseaux de basse-cour. On a vu que la dernière venue, parmi les. variétés de la race à la mode, était la plus recherchée, celle dont les œufs et les pous- • sins se vendaient au prix le plus élevé.
Une fois ouveiiie, cette voie fat très-habilement parcourue, et, fait très-rare, les cultivateurs, non moins que les amateurs et les fantaisistes, furent savamment exploités. Nous em-
ployons, on le sentira, une expression tout à fait parlementaire dont on reste bien libre, au surplus, de trouver la véritable significatioln.
La vérité sur ce point est dite tout au long dans l'e^^cellent livre de M. Ch. Jacque, qui a tant de titres à l'estime de tous ; elle y est exposée notamment à Toccasion de la « variété cochinchine Coucou, la plus nouvelle, la plus rare, et par conséquent la plus recherchée, bien que naturellement elle soit la moins fixée et se reproduise très-inégalement ». Mais l'appât du gain stimule activement le marchand, et le prix de vente des produits, — œufs à couver ou animaux tout venus, — est si largement rémunérateur !
La spéculation a réussi... aux spéculateurs. On a vendu des produits sans nom, des œufs bâtards, sous l'appellation des races pures, sous les noms les plus brillants. La fraude s'est établie sur la plus vaste échelle ; que de gens y ont été pris !*.. « Cette folie d'élevage, écrivait M. Jacque, porte principalement sur les poules exotiques, dont les beaux sujets se vendaient, de 20 à 100 et même 200 fr. On peut dire que des millions d'œufs, dont la majeure partie d'une origine équivoque, sortant de chez les marchands ou même de chez les amateurs devenus autant de petits marchands, donnèrent naissance à une immense quantité de hideuses volailles ; l'ignorance des gens en augmentait incessamment le nombre par une furieuse reproduction.
« Les espérances de ceux qui avaient recommandé l'usage et l'essai des poules exotiques se changèrent bientôt en déceptions. Au lieu de voir se répandre de beaux animaux qu'on aurait réservés pour des tentatives de croisements, l'on vit bientôt s'introduire partout une multitude de sujets devenus de plus en plus défectueux par une série de causes naturelles, telles que nourriture insuffisante, une promiscuité continue, un logement infect, un parcours insuffisant, bientôt malsain, et des croisements intéressés, dès les premiers moments, avec des espèces mauvaises mais analogues : ces espèces pouvaient tout d'abord concourir à la reproduction frauduleuse d'un plus grand nombre de poulets dont les apparences devaient tromper facilement des acheteurs pour la plupart novices.
« Une si grande confusion fit place aux notions vraies qui
auraient dû s'établir tout d'abord, et, à l'exception, d'un nombre très-limité d'amateurs, presque tout le monde ne fit que déraisonner sur cette question de fourchette, devenue l'occupation favorite d'un grand nombre de personnes affolées par ce nouveau caprice.
« Aujourd'hui toute cette belle rage est tombée, et Toici le résultat bien médiocres auquel on est arrivé :
« Des milliers de volailles détestables, fabriquées sans bonne foi, conseillées par l'intérêt ou l'ignorance, acceptées et employées sans discernement, se sont répandues dans toute la
France.
« Il est bien difficile de traverser les plus petits villages des départements les plus reculés sans retrouver les traces de cette malheureuse transformation; elle est tout opposée au résultat qu'on devait attendre... Non-seulement les cours des paysans sont infestées de ces ignobles bêtes qu'une propagande folle a répandues partout, mais encore les basses-cours des fermes et des châteaux, quand elles sont peuplées d'animaux d'une bonne provenance, le sont presque toujours sans mie connaissance suffisante des résultats qu'on doit attendre. »
Eh bien , presque tout le mal dont on se plaint, mal trop général et trop réel, providentiellement évité à Belair, a surtout été causé par la très-lnalencontreuse intervention de la race cochinchinoise. Nous devions constater le fait avant de passer outre. Chose étrange ! Si la race avait été douée autant qu'on s'est plu à le proclamer,, il y a gros à parier qu'elle n'aurait pas ainsi fait son chemin. On se serait' contenté de dire ce qu'elle était, et bien peu lui eussent prêté attention ; mais elle valait peu, le charlatanisme intéressé s'en est emparé, il Ta dotée de tous les avantages imaginables, de tous les mérites imaginaires ; l'exagération n'a mis personne en défiance, et le pays en a été inondé, empoisonné.
Dès leur apparition, sans chercher aies mieux connaître, on est tombé en admiration devant les Cochinchinois. On a vu (grav. 22 et 23) des coqs, des poules d'apparence énorme, d'une structure singulière, au plumage nouveau, au timbre de voix impossible, et l'on a été émerveillé. On aurait voulu en savoir long sur ces inconnus,... leur éloge était dans toutes les bouches, sous la plume de tous. La race était sans seconde,
elle donnait nne viande exquise et abondante ; la ponte annuelle allait jusqu'à 300 œufs ; les poussins sortaient de la coquiUe bien plus forts et plus vivaces que ceux de tout autre; ils poussaient arec la facilité proverbiale du champignon, et cette pondeuse inépuisable était de plus une intrépide, une infatigable couveuse. En vérité, c'était là une précieuse acquisition, une riche conquête, une merveilleuse trouvaille ! Que nos poules communes parurent chétives auprès de ces géants I Mais tout aussitôt se présenta l'idée du croisement, heureuse panacée, moyen efficace et sûr de combattre la pauvreté de la population indigène par l'opulence de la race nouvelle; nous avons dit par anticipatiou quel a été le triste résultat de cette intei;yention en masse.
Revenons à la structure des Cochinchinois ; voyons s'ils méritent l'engouement universel dont ils ont été l'objet, si l'on ne s'est pas singulièrement fourvoyé, au contraire, en les trouvant beaux et bons.
Qu'on les examine donc, on verra des animaux mal faits dans les régions de la poitrine et de l'aile; leur plus grand développement est à Tanière et au pilon ; les filets sont petits et l'aile manque de chair : voilà ce qu'on verra.
Les races bien conformées se présentent tout autres et promettent beaucoup plus abondants et plus riches les bons morceaux de l'animal. , "
Cependant l'œil peut se tromper, mais -le mètre est infaillible. Or il dit ceci : la circonférence du corps, prise au milieu, les ailes fermées, les cuises en arrière, à l'endroit où elles s'articulent, mais sans les comprendre, office dans le Houdan, de 0",50 à 0",66; dans là race de la Flèche, 0"',57, et dans le Cochinchinois seulement 0™,45. Ces chiffres très-significatifs nous sont fournis pas les études publiées par M. Ch. Jacque. Il a dit aussi que le Cochinchinois a l'aile courte, la cuisse et la jambe très-fortes, que le développement des pectoraux n'est pas proportionné à la taille, que l'ossature est lourde. Tout cela ne constitue pas un animal remarquable; il nous semble fait à l'envers. Èous le trouverions beaucoup plus près de la perfection s'il avait l'aile longue et charnue, si les pectoraux étaient volumineux, si le cou était moins gros et moins long. A quoi bon aussi ces trois rangées de plumes qui enve-
■oppent l'eitrcmité du membre abdominal, qui doivent B*épar ter Bur les doigts, former matelas et cacher bous lem- abondance tout le canon et le reste ? — à qnoi bon ? — Mais on
GraT. Il, - Coq de Nantin, dil de Cochinchine.
k dil Khemenl : . A domer à toimal m. ta. P=«>î^ J. étogiMmt 1. baie bot laquelle son corps pa;»it M. • M»» mA qrfon ne «e mépreniie pin. 1 1» fotmlii-estpoMnte qn ei
Bpparenœ, ce n'eat qn'nn trompe-I'œil; le poids de la plnme
rat léger, ce n'est pas par lui qu'un poulet pèse et rend abondamment en viande.
La race de Nankin n'est pas nue pei'fection de l'espèce. On a commis une erreur grossiei-e en l'élevant à la hantenr d'un
Grav. a. — Poule de Ntnïln, dite de Cotliiochlae,
type de perfectionnement ; sa conformation heurtée n'a rien de l'harmonie ^ui est le propre de la beauté doublée des plus heareoses qualités qn'on puisse déelrer dans tontes les espèces. En vérité, le Cochinchinoia est laid, laid par le développement qui lui manqne en avant, laid par la masse disproportionnée de l'arrière, laid par ses formes heurtées, laid par son allnre lourde et gabche. Il a mauvaise façon, une vilaine dégaine, et conronne le tout par sa voix ranqae et pénétrante, dis^acieuse an glua hant degré.
78 POULES ET ŒVFS
A l'âge adulte, le coq pèse de 4 à 5 kilog., la poule 3 kilog. environ, mais la proportion des os est plus grande que dans nos bonnes races, et notamment que dans la poule ordinaire. Quelques-uns disent encore que la viande est de bonne qualité tt de goût agréable chez les très- jeunes ; mais on passe condamnation quant aux^ autres, et Ton avoue qu'elle devient bientôt dure, coriace, peu savoureuse chez l'adulte. Pour être incomi^et, l'aveu a son prix. Nos volailles bien élevées perdent peu de leurs qualités en vieillissant; alors même qu'elles sont devenues dores par l'âge, on leur trouve encore bon goût.
La Cochinddnoise est féconde et couve bien ; mais il faut rétablir le chifÈt^ vrai de la fécondité imaginaire qu'on lui avait attribuée. Les Jxn&ûOL partagées, celles en qui la faculté montre le plus d'activité, donnent de 150 à 180 œufs, dans toute la plénitude des forces titales. C'est là une production remarquable, bien que les œufe soient généralement plutôt de moyenne grosseur que gros. Elle est encore rehaussée par ce fait que la ponte n'est interrompue que par les intervalles forcés entre la ponte achevée et le désir de couver; elle se poursuit donc en plein hiver et donne des œufs frais pendant les mois de complète stérilité de nos poules
Toutefois, cette abondante production des œuft est-elle un phénomène si extraordinaire ? Nous répondrons plus loin à ce point d'interrogation ; mais nous pouvons dès à présent certifier le contraire et ajouter : c'était pour mieux frapper l'imagination qu'on atait dit 300 œufs par an pour la Cochinchinoise. Réduit de moitié, ramené au vrai conséquemment, pour la moyenne au moins, ce chiffre aurait bien pu ne pas étonner tout le monde. Ce qui abaisse autant la moyenne dans nos va- ^ riétés indigènes, ou, plus exactement, dans la population formée par la poule commune, c'est l'habitude où l'on est d'en laisser vieillir un trop grand nombre au delà du terme imposé par la nature à leur plus grande fécondité.
Tout en reconnaissant à la poule de Cochinchine un degré de fécondité élevé, il y a justice et bon sens à ne pas l'exalter audessus du possible : 180 œufe prennent 180 jours environ, et peuvent se répartir en 9 ou 10 pontes successives. D'une ponte à l'autre il y a un intervalle nécessaire. La poule demande à couver, et, lorsqu'on ne se prête pas à son désir, il faut plu-
Bienrs jonrs pour « la déconver, » suivant l'expression de M. Jacque, après quoi les fiicultés reviennent à la reproduction des œufs. Chacun de ces intervalles prenant 20 jours en moyenne. Tannée se trouve ainsi remplie sans aucune perte de temps. Pour que la ponte fut plus nombreuse, il faudrait que le désir de couver, ou fut moins durable dans ses manifestations, ou ne revînt pas aussi souvent. Mais alors les habitudes fonctionnelles changeraient complètement dans cette poule. En effet, « l'incubation, dit encore M. Jacque, là est évidemment le triomphe de la CochincMnoise, qui peut, en toute saison, couver, faire éclore et mener des poulets précoces ou tardife. La rage de couver, qui lui est toute particulière, détermine, par d'habiles croisements chez les autres races, cette qualité de couveuse qui manque souvent aux espèces les plus précieuses... t>
La robe des véritables Cochinchinoises est fauve. Les variétés qui s'en écartent (elles sont très-nombreuses aujourd'hui) ont été obtenues par croisements. On s'était plaint de leur manque de rusticité, mais on paraît avoir quelque peu exagéré les difficultés de l'acclimatation et de l'élevage. Les produits-do cette race sont honnêtes, de bonnes vie et mœurs; ils courent peu ; la moindre barrière les arrête, et ils montrent peu de disposition au pillage, à la dévastation des semis et des jardins. Cela veut dire qu'ils sont accoutumés à recevoir toute leur nourriture de la main de l'homme, et que la mère est peu apte à chercher au profit de ses poussins quand en ne leur donne pas en suffisance.
Nous nous en tiendrons à cette étude rapide. Les praticiens de l'élevage n'ont que faire d'une foule d'autres variétés de luxe et d'agrément, de variétés plus ou moins constantes, et qui ne valent pas mieux que celles qu'ils cultivent à l'habitude. Ce n'est pas la multiplicité des- races qui importe, mais leur mérite réel.
LES CROISEMLENTS
Voici un grave sujet.
Tout nouveau venu qu'il soit dans la culture de Tespèce galline, il y a déjà jeté le désordre et la confusion.
Comme moyen de reproduction, qu'on le sache, le croisement n'est pas chose indifférente, inoffensive. Quand il ne fait pas le bien, il cause le mal; lorsqu'il n'améliore pas l'individu, il porte atteinte à la famille, il altère la race. Inconsidérément appliqué à nos meilleurs variétés, il les menace sérieusement, et dans leurs aptitudes les plus hautes et dansThannonie de leur stracture; il les affaiblit, et en aurait promptement raison au préjudice des contrées qui les possèdent. Judicieusement employé sur la population médiocre d'une localité, il contribuerait sans doute à la relever plus vite de son infériorité actuelle, si, d'ailleurs, on l'aidait, à réaliser cet important résultat par une amélioration non moins urgente de l'hygièfle spéciale à l'espèce. Pratiqué au hasard, à tort et à travers, même entre représentants bien choisis 'des meilleures races, il peut les anéantir toutes deux et ne donner que de mauvais résultats.
On a tenté, il y a quelques années, de grandir l'excellente poule de la Bresse à laquelle on devrait bien se garder de toucher. Au service de cette pauvre idée, on n'a rien trouvé de mieux à mettre que le croisement, que l'inteiTention de coqs de races étrangères et de taille élevée. On voit de suite poindre à l'horizon le fameux Cochinchinois. En effet, on introduisit dans les basses-cours de la contrée des reproducteurs divers, et entre autres des « Anglais, très-haut montés sur des . pattes jaunes; mais ces croisements n'ont pas été heureux. Les métis qu'ils ont donnés prenaient mal la graisse.- Ils coûtaient davantage à nourrir, et leur chair n'offrait pas cet aspect blanc et brillant qui est un des caractères distinctifs de la poularde de Bresse, d (Chanel.) Al uno disce omms. Que ces quelques mots suffisent à convaincre de l'extrême