LES CROISEMENTS
réserve avec laquelle il faut procéder dans toute tentative de mélange de races.
En fait, il n'y a pas lieu de toucher à celles dont les qualités ne sont point contestables. Une race précoce, aux os petits, à la chair abondante et succulente, douée d'une fécondité satisfaisante, s'élevant bien et s'engraissant facilement, ne laisse rien à désirer. Si elle n'a pas l'universalité des mérites, elle est assez bien partagée. Le croisement pourrait la compromettre, il lui donnerait rarement plus de valeur. Pour la maintenir à sa hauteur ou pour la fortifier sur les points faibles, elle ne réclame vraiment que les attentions d'une sélection intelligente et sévère.
Qu'un choix judicieux des bons ne permette donc jamais aux moindres de s'emparer de la reproduction. C'est aux meilleurs, parmi les plus doués, que doit exclusivement revenir la tâche de conserver une race d'élite dans toute sa pureté, dans toute sa perfection. Que si, néanmoins, on sentait la nécessité de la modifier en un point quelconque de sa vitalité propre, de ses facultés, il iie faudrait user du croisement en grand qu'après essai sérieux, suivi de succès. Encore serait-ce un moyen extrême, et nous ne conseillerions de l'employer qu'après avoir complètement échoué avec la sélection, soutenue par les puissantes influences du régime.
Quant à l'amélioration des parties de la population dès longtemps vouées à l'abandon, aux mauvais effets d'une nourriture insuffisante, d'une hygiène détestable, le point de départ de tout avancement vers une situation meilleure ne se trouve pas dans le croisement, mais dans l'amélioration large, effective du régime. Des couvées sorties des plus beaux œufe récoltés dans la basse-cour, très-soignées dès leur premier élevage, offriront un premier lit, une première couche au progrès. Ayez l'attention de les tenir à part, de les nourrir convenablement, de les loger sainement, proprement ; puis armez- vous de quelque persévérance, renouvelez l'opération deux ou trois fois, donnez au rétultat le temps de vous procurer dix ou douze poules de la même famille, très-améliorées par un boii traitement, et vous aurez sous la main une génération renouvelée, régénérée, capable de recevoir avec profit des germes d'un ordre supérieur. Cherchez alors, parmi les races les moins
exigeantes, un bon coq, et confiez-lui sans crainte vos poulettes.
Si vous voulez une ponte nombreuse, prenez-le parmi les races les plus fécondes, et assurez-vous bien qu'il n'est point un bâtard, un métis. Si, par préférence, vous tenez à élever en vue de la production de la viande, que votre choix ne s'égare pas sur une race mal bâtie, à la grosse ossature, au tempérament délicat, au développement tardif, à moins que vous n'ayez intérêt, que vous ne trouviez avantage plutôt à faire comme on fait avec la race de la Flèche. Mais alors ayez soin de vous enquérir du mode d'alimentation et d'éducation qui aide tf la réussite des produite. C'est toujours chose assez difficile, en effet, que d'implanter une race d'élite hors de son propre territoire. Notre recommandation est donc capitale; vous ne la négligerez pas sans courir à toutes jambes vers un insuccès complet.
Sachez donc bien, avant tout, ce que vous vous proposez de faire, déterminez d'une manière très-nette le but vers lequel vont tendre vos efforts à la naissance des métis ; ne vous laissez pas séduire par l'amélioration, si apparente qu'elle soit, des mâles, faites-les servir à d'utiles expériences sur le degré d'engraissement auquel ils sont susceptibles d'atteindre à un âge donné, dans un temps donné, et sous l'influence d'un régime bien connu. Sacrifiez-les et mangez-les, afin que le palais et la dent vous Sonnent aussi leur avis, afiû de savoir jusqu'à quel point les exigences du gastronome seront satisfaites ; sacrifiezles tous jusqu'au dernier, mais conservez soigneusement les poulettes qui, livrées à leur père (n'ayez aucune crainte à cet égard), vous donneront des produits encore meilleurs. Mais dès que ce premier coq, bientôt père d'une nombreuse lignée, aura fait son temps, donnez-lui pour successeur Tun de ses pareils, choisi à la même source, avec une égale attention, et ne permettez à un proàuit de votre nouvelle race de devenir le sultan de vos poules que lorsque ses frères d'élevage, essayés sur la table, ou ses sœurs, éprouvées à la ponte, vous auront dit : la race est faite.
Alors encore vous surveillerez scrupuleusement toutes choses, afin de revenir scrupuleusement à la souche paternelle au moindre soupçon d'afiaiblissement, et, dans tous les cas, afin d'opérer toujours suivant les lois d'une sélection très-rigide