LES CROISEMENTS
Voilà ce qu'est le croisement. Toute autre manière de procéder expose à payer fort cher les frais de la procédure. En effet, toute tentative qui échoue n'est pas seulement un mécompte, c'est aussi et surtout une perte.
^ Quand la manière de faire apparaît aussi simple, lorsque des soins judicieux doivent être payés de tels résultats, il semblerait que beaucoup, parmi ceux dont les basseô-cours sont très-mal peuplées, devraient s'empresser de travailler à leur aijiélioration. Les poules qui rendent peu sont une charge. Il ne faut pas de parasites au poulailler plus qu'à l'étable ou à la bergerie. Les mauvaises bêtes, celles qui consomment plus qu'elles ne produisent, doivent être impitoyablement réformées ou modifiées dans Je sens d'une amélioration productive.
Tels sont, dit madame. de Linas, les enseignements de l'expérience. Rien n'est plus facile que de mêler des races bien distinctes et très-éloignées l'une de l'autre ; mais rien n'est moins aisé que de faire sortir de leur union insolite, irréfléchie, une variété nouvelle qui ait sa raison d'être, qui, par ses qualités, mérite d'être conservée. Cependant l'insuccès vient encore moins de l'opération en elle-même que de l'ignorance où l'on est soi-même, le plus souvent, de ce qu'on se propose. On ne sait pas ce que l'on veut, on ne connaît pas les races qu'on va forcer au croisement, et pourtant on se met à l'œuvre. Quoi d'étonnant qu'on échoue ! Les insuccès abondent. Nous en avons déjà relaté beaucoup, à quoi servirait d'en multiplier les exemples ? Il faut ici s'en tenir aux principes. Ce sont des guides sûrs; en les suivant, on est bien certain de ne pas s'égarer à travers les voies dangereuses du caprice ou de la fantaisie.
Après la race, l'individu ; l'individu qui répète la race après en être venu. La bonne souche est un point de départ très-
essentiel, mais les qualités s'altèrent quand le choix des animaux appelés à les transmettre ne désigne pas les mieux doués, les plus capables.
Lorsqu'un éleveur s'est décidé quant à la race, c'est-à-dire, lorsqu'il a bien défini le but qu'il se propose, il lui reste à choisir et les mâles et les femelles avec lesquels il doit entamer, ou poursuivre, où parfaire l'œuvre projetée, ou la soutenir dès qu'il l'a complétée. Dans tous les cas, la sélection est le grand moyen, le véhicule puissant du succès.
Que les reproducteurs choisis possèdent donc toujours à un point remarquable, et les aptitudes particulières et les mérites les plus saillants de leur race, dont ils doivent être les représentants les plus élevés, qu'ils ne montrent au moins que dans leur plus grande atténuation possible les caractères ou les imperfections à corriger par une reproduction bien entendue.
Après cela, qu'ils réunissent à un degré éminent aussi toutes les conditions d'âge, de force et de santé, sans lesquelles lés beautés ,8'effacent et les qualités s'amoindrissent.
Relativement à l'âge, il n'y a pas de bons reproducteurs avant l'état adulte complet. Il faut écrire un an pour le coq, un an aussi pour la poule d'élite, dont les œufs devront être soumis à l'incubation. A la fin de leur quatrième année de fécondité, ils doivent disparaître, non parce qu'ils sont devenus tout à fait impuissants, car on pourrait encore prolonger leurs services pendant un ou deux ans, mais parce qu'il y a alors double avantage à les remplacer par les générations nouvelles, et à les livrer à la consommation avant que la vieillesse leur ait fait perdre beaucoup de leurs qualités actuelles. Une sélection attentive commande la réforme de tous les animaux qui vont sentir les effets de Tâge, et l'on perd nécessairement à ne pas vendre en temps opportun les bêtes qui arrivent à la limite extrême de leur plus grande valeur.