II. — La ponté
L'œuf dont l'organisation est achevée, dont la formation est complète, pèse à la poule. C'est maintenant comme un corps étranger dont il lui tarde de se. débarrasser, mais il a été « le fruit de ses entrailles, » il est une partie d'elle-même , il contient un germe, l'espoir de la famille, un élément de reproduction qu'elle doit sauvegarder, déposer en lieu sur, afin qu'il ne lui arrive paa malheur : tel est le vœu de la nature, L'instÎQct la pousse à le remplir, elle y obéif dans la mesure de sa puissance. Les visées de l'éducateur sont autres, mais la pople ne concourt à leur réussite qu'à son in'su, que contrainte et forcée, que détournée de son œuvre propre, trompée dans son attente la plus chère.
AuBsi, dès qu'elle éprouve le besoin de laisser sortir l'œuf qu'elle ne peut plus garder, dès qu'elle « veut pondre, » elle * va, vient, jase ou caquette, devisant, semblant. délibérer avec eUe-méme, cherchant un coin paisible où son précieux fardeau puisse se trouver à l'abri de toutes mauvaises chances.
En cela vraiment la poule ne fait que e^ que l'instinct com-
114 • POULES ET ŒtFS
mande à toutes les femelles quelconques. Effectivement, toutes celles à qui le maître a laissé quelque liberté agissent de même, et de même aussi à tous les degrés de l'échelle animale celles sur qui l'homme n'exerce aucun empke.
En l'état de sauvagerie ou d'abandon dans lequel vit encore notre poule, celle-ci demeure fidèle à la force intérieure qui la domine et qui la porte à soustraire tout le produit de sa ponte aux regards de tous, aux mille et un accidents dont il est incessamment menacé. Mais quand la civilisation l'étreint, lorsque la production des œufs, simjde fonction de reproduction en l'état de nature, se fait active au delà de toute proportion normale, si je puis dire, et devient une foûcSon continue, tout occupée qu'est la femdle de la production même, elle oublie un peu les préoccupations que nous avons expliquées, sa prévoyance s'oblitère. Pressée de pondre, n'ayant pas une minute à perdre, elle court au pondoir commode et sain • qu'on a su mettre à sa portée. Elle ne pond plus alors en vue de la maternité , mais pour expulser l'œuf qui la gêne et qui, pour ainsi parler, est lui-même poussé par celui qui est tout prêt à prendre sa place pour la céder très-vite à son tour à un autre.
Dans ces conditions, la poule perd ses habitudes de recherche, elle va droit au poulailler, choisit le panier qui lui convient le mieux, s'y arrange et pond silencieusement.
L'acte a-t-il été pénible ? Assurément, à un degré quelconque. Kien au moins n'en témoigne. Cependant- la délivrance est joyeusement annoncée. Les co-co-co-das-co-das montent retentissants et nombreux ; ce sont des chants d'allégresse dans lequels le coq ne manque guère de fdre sa partie.
« C'est ordinairement dans la matinée, dit M. Mariot-Bidieux, que la poule fait son œuf; mais il est digne de remarque que plus cette ponte approche de sa fin, plus elle est retardée ; » et le même observateur ajoute : « Les pontes du printemps oût lieu plus matin qu'en été; cdles d'automne n'ont lieu souvent que dans la soirée , c'est-à-dire après midi, »
Ceci n'a pas sans doute une grande importance et souffie teut au moins de nombreuses exceptions dans les basses- coui^
OÙ tous les soins convergent vers une production abondante des œufs, où conséquemment l'élevage s'attache à ne réunir et à n'entretenir que de bonnes pondeuses, comme dans une vacherie où la spéculation du lait est l'industrie principale, on s'attache à n*avoir et à n'entretenir que de riches laitières.
Cependant l'observation ne doit pas être entièrement perdue. La fille de basse-cour ou la personne j^us spécialement chaînée de la récolte des œufs doit savoir tout ce qui se passe dans le poulailler, bien connaître les variations qui peuvent survenir dans la fréquence de la ponte ou dans les heures auxquelles elle a heu, afin de combiner la recherche des produits avec les moments de la journée où ils isont leplus nombreux. Ceci est de grande conséquence au point de vue de la conservation. La chaleur communiquée à l'œuf par plusieurs poules se succédant dans le même pondoir détermine en lui un mouvement organique du germe trèsprompt, et déjà apercevabie au bout de six heures. En ces conditions, l'œuf n'est plus frais; fl est également perdu pour l'incubation, qui ne souffre pas d'interruption.
n va sans dire que les œufe fé(îondés, seuls, sont exposés à ce genre d'altération, mais aucun signe ne distingue ceux-ci de ceux qui n'ont pas été fécondés,* et dont nous parlerons un peu plus loin.
Dans les basses-cours ordinaires, on distingue, suivant les saisons où on les obtient, trois sortes de pontes. Sur ce point, nous n'avons rien de mieux à faire qu'à entendre madame C. Millet-Robinet. Voici donc comment elle s'exprime à ce sujet dans^son ouvrage si estimé et maintenant si universellement coïmu, la ifaisan rustique des Darnes^
« l** Manière d'obtenir des pontes précoces, — Dans une basse-cour, la ponte commence dès la fin de janvier, quand l'exposition est bonne et qu'on a soin de donner aux poules des grains stimulants, comme le chènevis, les déchets de froment, le maïs, le blé noir, des insectes, des vers. Si on veut avoir des pontes très-précoces, il faut établir dans une étable peuplée de bestiaux un poulailler dans lequel on fait coucher les poules qu'on destine à cette ponte. On obtient des oeufs à une époque où les poules de poulailler ne pondent
pas encore. Ce moyen est très-simple. Une bouche de chaleur pratiquée dans une cheminée et communiquant avec le poulailler produit le même effet; mais il est très-rarement possible 4^ recourir à ce moyen. »
Quand il faut si peu d'attention pour obtenir des poules communes une ponte précoce, on serait mal avisé de les vouloir changer pour d'autres, qui ne feraient pas mieux qu'elles si on négUgeait de les placer dans les plus ordinaires con* ditions de la production de l'œuf, — nourriture et chaleur> c'est-à-dire un bon régime alimentaire et une hygiène rationnelle.
« 2** Ponte ordinaire. En février et mars, continue madame C. Millet, les poules commencent ordinairement à pondre; avril, mai et juin sont les mois de la plus grande fécondité ; dès juillet la ponte diminue : on n'a alors que les œu& des poules très-tardives ou de celles qu'on, a empêchées de couver au printemps.
c En août et en septembre, la ponte reprend une certaine activité; c'est la seconde ponte pour les poules qui ont élevé, et la troisième pour celles qu'on a détournées de la couvée.
« En octobre et novembre, la ponte cesse presque entièrement, c'est le temps de la mue.
<r Au mois de décembre, la ponte est tout à fait nulle, à moins qu'on n'ait mis à part quelques poulettes précoces, qu'on ne les ait logées comme je viens de le dire et qu'on ne les ait nourries avec du chènevis, des vers, du maïs, du blé noir, de l'avoine et des pommes de terre écrasées, données chaudes. C'est le meilleur moyen de se procurer des œufs frais dans cette saison, où ils ont une grande valeur. Il faut aussi tenir les poules dans un lieu exposé au soleil, et surtout tâcher de les faire séjourner sur du fdmier.
« 3^ Moyen de prolonger la ponte. Si on n'ôtait aux poules les œti& qu'elles pondent, elles voudraient couver dès que leur ponte est terminée ; mais comme on les prive de leurs œufs la ponte continue au delà de l'époque où elle s'arrêterait naturellement, et les poules, bien nourries et libres, peuvent, selon leur fécondité et leur âge, pondre, à leur première ponte, de vingt à quarante œufs. Si elles sont trop grasses
leur ponte diminue, et parfois elles pondent des œufe sans coquille, qu'il 'est impossible de transporter et de faire couver. Si elles sont trop maigres, leur ponte diminue aussi; elles doivent donc être maintenues en ton état de chair, sans trop de graisse. »
Tout en disant comme les choses se passent habituellement chez la poule ordinaire, madame C. Millet a indiqué comment on peut Avancer et prolonger la ponte. Mais Tart de diriger cette fonction ne s'arrête pas là ; il enseigne aussi le moyen de suspendre et de reculer la production. L'éducateur, pn effet, peut avoir intérêt à récolter les œufe de ses poules dans les mois de l'année où par suite de leur rareté les œufs frais se vendent au prix le plus élevé. Le moyen est né de la remarque, vraie ou fausse, plus ou moins fondée, que la ponte est fort ralentie, sinon tout à fait suspendue à l'époque de la mue, c'està-dire de la chute naturelle des plumes et de leur remplacement. On a comparé cet acte ^ysiologique à la chute des feuilles des arbres, mais la comparaison ne nous paraît pafi des plus heureuses. Quoi qu'il en soit, voici le raisonnement par lequel on étaye l'utilité de l'arrachage des plumes en été, dans le but d'arrêter la production estivale pour la reporter à la saison d'hiver.
« Pour reculer la ponte des poules et la reporter du printemps à l'été, de l'été à l'automne, et de cette dernière saison en hiver, il ne s'agit que d'avancer le temps de la mue. On y parvient en arrachant successivement, et à deux ou trois reprises différentes, les plumes qui constituent leur plumage. Les plumes ayant repoussé et s'étant garnies de duvet pour la saison d'autonme, la ponte a lieu, comme au printemps et en été, parce que la nature n'a point à souffrir de la mue ; elle n'a pas à fournir aux matériaux réparateurs des plumes et du duvet. » (Mariot-Didieux.)
Tout ce qui touche à cette question de ia production des œufs a été si incomplètement étudié, qu'à chaque pas de nouveaux doutes s'élèvent dans l'esprit et réclament de nouvelles éclaircies.
La ponte est réellement suspendue à l'époque ordinaire de la mîue ? Cela est incontestable pour le grand nombre des poulep; une ou deux races seulement font exception
à la règle commuiie. Mais la suspension ou le ralentissement très-marqué de la production des œufs est-il une conséquence nécessaire de la condition physiologique actuelle de la poule qui mue ? Une conséquence nécessaii^e, nous ne le croyons pas. Ceci nous . paraît dépendre plus étroitement du régime alimentaire et de Thygièné générale. La perte nati^relle des plumes ne modifie pas en apparence rétat de santé de la poule, mais l'activité vitale doit fournir aux plumes de remplacement les matériaux propres à leur entier développement. Ceci constitue pour l'économie une dépense passagère, un appel de force organique et d'éléments 4e nutrition qui, hors le temps de la mue, se portent sur la grappe ovarienne chez la pondeuse. A cette époque donc il y a détournement de forces vitales au profit d'une fonction accidentelle. Toutefois, cette dernière n'a qu'une somme d'exigences déterminée ; elle n'emprunte jaux autres que ce qui lui est strictement utile. S'il y a excédant, l'excédant reste aux autres fonctions, qui dès lors s'accomplissent à un degré de plénitude variable. C'est ainsi que les poules mal tenues peuvent avoir à souffrir de la mue jusqu'à en maigrir, que celles auxquelles on donne juste le nécelssaire pour une production médiocre d'œufs cessent tout à fait de pondre, tandis que leurs plumes se renouvellent, que celles dont la vie est un peu plus large continuent à pondre tout en donnant leurs œufs à des intervalles plus éloignés, que celles enfin dont l'existence est abondante et substantielle continuent à pondre sans être en rien éprouvées. La mue n'est certainement pas une crise, et bien moins un danger ; il faut pourtant admettre qu'elle est tout au moins un effort de vitalité, un acte physiologique qui emploie de la matière première, un travail qui détourne à son profit une partie de la nourriture absorbée. Tout est là. En cas d'insuffisance la ponte est complètement arrêtée ou simplement ralentie ; dans le cas contraire, la production de l'œuf est à peine atteinte.
Mais il y a encore ici deux conditions : une condition individuelle et une condition héréditaire. Des poules richement nourries pendant plusieurs générations successives, alimentées surtout en prévision de l'excitation spéciale de la grappe ovarienne, et chaudement tenues pendant le^^^ftoids, auront
à la ponte, avec un avantage égal, indifféremment toutes acquis à un haut degré Taptitude à produire des œufs nombreux et volumineux. Cette aptitude passera aux générations suivantes, et leur sm^ivra ou s'affaiblira selon que les poules seront maintenues dans les conditions d'alimentation et d'hygiène favorables à la faculté de pondi-e beaucoup et d'une manière continue, ou que, peu soucieux de leur mérite spécial on les abandonnera à l'incurie. Le propre de ceHe-ci, partout et toujours, est de porter atteinte, une atteinte notable aux qualités les mieux établies. Elle ferait bien vite de la poule la plus féconde une trèë-médiocïe pondeuse, de môme que des soins intelligents élèvent successivement une famille peu productive à un degré de fécondité très-développé.
Au total, la nature est assez puissante chez les poules pour suffire au double travail de la production des œufe^ du renouvellement des plumes, à la condition qu'on leur fournisse en suffisance les matériaux nécessaires à la double élaboration. La ponte continue, plus ou moins active, est un fait; la fécondité des poules est devenue caractère de race ; mais nul ne saurait s'étonner qu'elle n'existe et ne seconseiTC que dans les circonstances qui peuvent la déterminer et la favoriser. Or ceci s'applique tout à la fois au nombre des œufs et à leur grosseur, à leur qualité tout autant qu'à leur quantité.
Deux points resteraient à examiner : à quels signes se distinguent les pondeuses fécondes ? Par quels moyens détourner de l'incubation celles que i'on destine exolusivonent à la production des çeufs pendant les années de la plus grande activité dei'appareil qui tesélahore?
Il en est de l'aptitude à produire les œufs comme de toutes les facultés animales; elle a des degrés fort divers et se montre plus bu moins développée suivant la race et suivant les individus. Il y a des races réputées bonnes pondeuses, coïume il a des races réputées bonnes laitières ; et parmi celles-ci il y a encore à choisir ies animsraxles mieux doués pour en former des troupeaux d'élite dans lesquels on trouve à la fois les producteurs et les reproducteurs les plus précieux.
De même que l'engrôlssement ne peut se faire avec profit, ou tout au moins avec un profit égal sui: tous les sujets indistinctement d'une race donnée, de même on ne conserve pas
les poules d'un même élevage. Et si rengraissement lucratif ne peut s'obtenir qu'à la condition d'entraver en quelque sorte toutes les fonctions de la vie étrangères à l'acte de la nutrition, il en est absolument àe même de la reproduction des œufs chez la pondeuse par destination.
C'est que dans l'économie animale, et tout le monde est d'accord sur ce point, un produit n'est abondanmient fourni que par l'exaltation fonctionnelle de l'appareil organique qui en est chargé. Poussé dans ses conséquences extrêmes, ce principe conduit, -autant que cela peut être compatible avec la santé, à imposer à tous les autres appareils le silence et la dépression. Alors la plus grande somme des forces vitales converge en une suprême résultante appliquée tout entière à la formation du produit.
Chez la pondeuse ce produit est l'œuf, comme chez la lai- : tière abondante ce produit est le lait, comme chez l'animal de travail ce produit est la force musculaire, etc.
L'abondance du produit emporte avec soi une conformation spéciale. Celle-ci elle-même est due au développement le plus large et le plus complet de l'appareil organique, dont la prédominance, en déterminant l'aptitude; assure l'abondance du produit. Cela étant, on s'explique que les poules les plus fécondes, de mères en filles , portent certains caractères ou certains signes qui ne se rencontreront pas aussi prononcés chez les pondeuses médiocres des races peu fécondes. C'est ainsi que les races laitières ont une conformation spécialisée par leur destination même, et que certains signes particuliers décèlent le degré d'aptitude à donner abondamment ou peu, pendant longtemps, ou seulement pendant une période plus courte.
Cependant la connaissance exacte de ces signes ou de ces caractères ne laisse pas que d'ofSîr beaucoup de difficulté. Nous croyons à leur existence, nous venons de lé dire, n^ais il n'est pas aussi simple de les "apprécier que quelques écrivains se sont plu à l'assurer.
« De même que l'ombre suit le corps, a dit L. Prangé, et que l'aiguille trahit le mouvement intérieur de l'horloge, de mênie la crête, le disque, les barbillons et la forme de l'anus font présager, par les signes qu'on peut y rencontrer, les
LES ŒUFS m
changements, les actions, les excitations des organes générateurs. »
Encore tme fois, cela doit être, mais reste toujours la difficulté de reconnaître et d'interpréter ces changements divers. C'est moins aisé, à coup sllr, que d^ Toir Fombre qui suit le corps, -que de Ure sur un cadran les marques de Taiguille emportée par le mouvement intérieur de la machine. C'est le sentiment de beaucoup de praticiens, et de M. Ch. Jacque entre autres. En effet, nous lisons dans U Pouïaiîler-cette phrase :
« Quant aux signes auxquels on peut reconnaître les bonnes pondeuses, nous les croyons au moins douteux, car des sujets complètement dépourvus de ces signes soi-disant infaillibles , indiqués et recommandés par plusieurs auteurs, possèdent les mêmes quahtés prolifiques que les sujets les mieux pourvus. ».
Ceci devient .peut-être un peu trop absolu, et tendrait à généraliser plus que de raison des faits particuliers ou des exceptions. Si nous ne pensons, pas qu'on doive avoir une confiance illimitée dans les signes indiqués, nous ne voulons pas non plus leur ôter tout crédit. Ils ont une certaine valeur; il faut apprendre à mesurer celle-ci et ne pas la dédaigner.
Toutefois, avant qu'elle-soit entrée dans la première période de sa fécondité active, la pondeuse ne donne à celui qui l'observe que de bien faibles prés<Hnptions sur son degré d'aptitude à produire abondamment des œufs. Il n'en est plus de même lorsqu'elle a commencé à pondre. Alors il est possible de la juger dans l'avenir par le pr4ent, et c'est déjà un résultat heureux que. de le pouvoir faire en toute connaissance de causé au début de sa carrière, car il y a intérêt à n'entretenir pour la production des œufs que les poules les plus fécondes, avantage au contraire à écarter celles qui, à dépense égale, rendraient peu ou lie rendraient pas assez. Jusqu'à plus ample informé, sachons du moins faire bon usage des indices que donnent la forme et certains caractères fort appréciables quand approche le moment de la ponte, et pendant toute sa durée.
« La poule bonne pondeuse, disait Prangé, brsqu'elle est à son maximum de ponte, a la crête et les barbillons d'un rouge
vif; le disque auriculaire bien détaché, d'un blanc mat; Tartichaut touffu, étalé, en houppe ; les paupières rouges ; les excréments blanchâtres; le corps bien développé et les plumes lustrées. 3>
Ces signes donnent pleine certitude, mais ils ne se montrent très-prononcés que chez les bonnes poules convenablement nourries et placées dans les conditions d'hygiène les plus favorables à une culture intensive. C'est à dessein que nous insistons aatant sur ce point : il est capital, et nous en avons donné les raisons.
Voyons maintenant les mauvaises pondeuses, celles qu'il faut savoir écarter pour ne pas atténuer le bénéfice que laisse toujours l'entretien intelligent des autres.
« Au moment de la ponte, reprend L. Prangé , ellep ont la crête terne quand leurs compagnes l'ont déjà rouge; elles la conservent telle pendant toute l'année. A de rares intervalles cependant, des injections avortées s'y produjsent; elles ont pour quelques heures une rougeur plus considérable de la crête, mais ce caractère est si fugace qu'il pourrait passer inaperçu. Le disque auriculaire si saillant, si mat, si blanc, chez les bonnes pondeuses, reste rougeâtre ; quand la coloration blanche s'y produit, elle est irrégulière, disséminée en plusieurs points, et on remarque presque toujours, tandis que les bonnes pondeuses sont à leur maximum 'de production, que les mauvaises portent un liséré rougeâtre à la partie inférieure de l'oreillon : celles-ci d'ailleurs n'ont jamais l'artichaut développé ; souvent leur plumage est terne : elles sont assez ordinairement criardes, chanteuses, querelleuses, gourmandes, coureuses, portent le trouble dans la basse-cour et tourmentent les bonnes pondeuses, dont l'humeur et les mœurs sont tout autres. »
Le contraste est frappant entre celle»-ci et celles-là; il doit aider les moins experts dans le choix à faire des bonnes pour la formation et le renouvellement du troupeau.
Chez les pondeuses les plus fécondes, la ponte n'est interrompue que par les intervalles forcés entre la ponte coniplète et le désir de couver. L'in(îubation ne fait pas l'affaire de l'éducateur qui spécule sur la production des œufe. Il s'agit donc de détourner la couveuse du besoin qui s'est emparé d'elle e'j
qui, la possédant tout entière, impose silence à toute autre feculté et déprime d'une manière absolue la puissance productive de la grappe ovarienne.
On a trouvé le moyen de découver les poules, suivant l'expression de M. Ch. Jacque. Ce moyen forme un traitement hy-. giénique fort simple et consiste en ceci : emprisonner la couveuse'sous une mue, lui donner à boire de Teau bien fraîche, et pour toute nourriture quelques herbages à peine, pendant quarante-huit heures. On lui rend ensuite la liberté, mais en la tenant séparée des autres, afin de lui ménager la nourriture échauffante pendant quelques jours encore, après quoi elle reprend la vie commune et se remet bientôt à pondre. Découver une poule est d'autant plus aisé, en général, qu'elle appartient à une famille meilleure pondeuse ou plus apte à l'engraissement.
La production des œufs est vraiment considérable en France. On en trouve des preuves irrécusables dans, les chiffi'es insérés aux tableaux des opérations de la douane. Si brillant ou si satisfaisant qu'apparaisse néanmoins le résultat , il est certain qu'il pouirait être beaucoup plus favwrable aux producteurs.
C'est là ce qui nous touche.
Entre une poule féconde ou bonne pondeuse et une pondeuse médiocre , on peut observer une différence de production fort considérable, car elle s'étend souvent du simple au double.
C'est cette différence qu'il s'agit de combler pour arriver à des éducations plus lucratives.