‹ Poules et œufsChapitre 24 sur 34 · IV. — Le transport des œufs · texte numérisé non relu

IV. — Le transport des œufs

Emballer un produit aussi fragile que l'œuf et le faire voyager sans trop d'avarie, par toutes les voies, est chose assurément fort délicate. On y réussit pourtant, et les pertes matérielles n'atteignent pas d'ordinaire des proportions exorbitantes. D'ailleurs, très-peu d'œufs, parmi ceux dont la coque est plus ou moins brisée, sont complètement perdus 5 la plupart se vendent encore moyennant un rabais de 20 à 80 pour 100 sur le prix courant.

Les expéditeurs de profession, les grands producteurs ont acquis beaucoup d'habileté dans le maniement des œufs ; ils les emballent très- vite et trèa-bien, sans Jbrop de préoccupations vraiment, sans trop de précautions apparentes môme, et dans de simples paniers d'osier, de formes et de dimensions variables. Beaucoup cependant sont faits pour contenir 1,000 œufe.

Voici comment on procède : on place dans le fond des paniers une couche de paille brisée sur laquelle on pose simplement les œufs sur le flanc et de façon qu'ils se touchent. On forme un Gccond lit de paille et un second lit d'œufe , puis

successivement d'autres, et tant va la chose qu'à la fin elle s'emplit. Certains paniers ont leur couvercle bombé et ferment au moyen d'un cadenas; d'autres sont couverts d'un gros tampon en paille, maintenu par une ficelle artistement arrangée. Et la denrée court ainsi le monde sur les routes de terre, sur les voies ferrées, à travers les mers. A 'priori, on ne croirait pas qu'elle pût arriver à destination « bien condi- « tionnée; » il en est ainsi pourtant, et nous avons écrit les chiffres de nos envois à l'étranger.

Toutefois, les cahots, le roulis, le tangage, les chargements et décharg^nents imprimertt des secousses multipliées aux paniers, et aux œufe des ballotages, des ébranlements inévitables.

C'est ce dernier fait qui nous importe. Il ne paraît pas avoh* d'influence appréciable sur la conservation des œufs destinés à la cons(Hnmation; mais il détermine une perturbation plus ou moins profonde dans l'organisation ou dans la vitalité de ceux qu'on se propose de livrer aux couveuses. L'œuf récemment pondu, l'œuf frais est complètement plein ; celui qui date de quelques jours a perdu de ses fluides par évaporation, et présente à son gros bout un vide qui augmente avec le temps, mais qui ne se r^oaplit jamais. •

Ceci devait être rappelé. On comprend que l'œuf frais, complètement plein , n'éprouve aucun effet, aucun ébranlement intérieur de toutes les secousses qui lui ^nt directement ou indirectement imprimées , et qu'iï en soit tout autrement, au cojitraire , de celui qui présente un vide qttelconque. L'expérience est fticile à faire. L'buile et l'eau n'ont pas le même poids. Si l'on en met dans une bouteille, l'huile versée en dernier restera au-dessus de l'eau. Les deux liquides formeront deux couches très-distinctes. S'ils ne laissent aucun vide dans le vase hermétiquement bouché, aucune secousse ne réussira à déterminer un mouvement quelconque, les liquides demeureront distincts, aussi exactement séparés après qu'avant la violente agitation du vase. Il n'en sera plus ainsi dans le cas où la bouteille n'aura pas été entièrement remplie j l'agitation des liquides suivra celle de la bouteille, et leur mélange s'opérera tout aussitôt , en partie du moins.

Le même effet se produit naturellement dans l'œuf qui n'est

pas complètement plein. Les secousses réitérées que leur imprime le transpoii; agitent, ébranlent ses parties constituantes et le rendent impropre à Tincubation. De là vient que si peu, parmi les œufe qui ont yoyagé; réussissent au couvoir, même après un trajet assez court. Ceux même qui arrivent à éclosion, dit M. Mariot-Didieux, présentent les poulets naissants fort souvent collés à la membrane de la coquille> et il faut d'assez minutieuses précautions pour en détacher leurs plumes. La moindre petite plaie devient facilement mortelle sur le poulet naissant. Détacher les plumes adhérentes à la coquille exige donc de certaines attentiops. On y emploie un petit pinceau imbibé d'huile douce et qu'on passe légèrement sur l'adhérence ; ou mieux, on verse dans la coquille un peu du blanc d'un œuf frais qu'on a fait tiédir en le plongeant pendant quelques instants dans de l'eau chaude.

Il y a avantage, on le voit, à mettre sous les couveuses des œufs qui n'ont pas voyagé. Mais comme il n'est pas toujours possible d'en user aitosi, on a dû rechercher quel mode d'emballage est susceptible de nuire le moins à l'organisation essentiellement délicate de l'œuf. M. Mariot-Didieux repousse les matières qui " entourent de trop pi:ès l'œuf et ne lui permettent pas de respirer, s'il est permis de s'exprimer de la sorte. « L'air, dit-il, est avant tout nécessaire à l'endosmose et à l'exosmose des germes fécondés. » Il faut donc que l'œuf « en voyage » ne soit pas trop complètement privé d'air ; on le met, paraît-il, dans une situation favorable, en l'emballant dans de la paiUe de blé hachée ou fortement triturée; il y trouve de la fraîcheur, et l'élasticité de la paille le préserve des effets les plus violents de la secousse. Le son de blé, la sciure de bois, les substances pulvérulentes, la ouate, le coton ne valent pas la paille.

Il va sans dire qu'on emballe seulement les œufs les plus frais et qu'on les fait voyager par véhicules suspendus, dans des paniers en osier^ non dans des caisses hermétiquement fermées.

C'est Faction d'un oiseau qi^i se tient sur des œufe pour en développer le germe au moyen de la chaleur naturelle qu'il leur communique. On donne encore le nom de couvaison à cet acte important, qui assure la multiplication des espèces.

Dans nos basses-cours, la femelle préposée à l'incubation prend le nom de couveuse. Pour le moment, nous laissons complètement à l'écart tout ce qui n'est pas l'incubation naturelle.

En l'état de domesticité, celle-ci devient en quelque sorte une fonction mixte. Nous entendons par là qu'elle est tout autant placée sous la volonté de l'éleveur- et sous l'influence des soins donnés aux couveuses que sous l'action effective de cette dernière. Nos poules ne couvent pas toujours lorsqu'elles le voudr^ent ; elles ne tiennent pas toujours non plus le nid lorsque cela entrerait le mieux dans nos vues. Si elles suivaient leur penchant à couver, elles pondraient peu , ainsi que le fait la dinde ; c'est en trompant leur instinct, en leur enlevant leurs œufs à mesure qu'elles les produisent, que nous les détournons de l'incubation, au profit d'une ponte plus active et plus prolongée. On arrive au mêçie résultat en développant leur aptitude à faire beaucoup de chair et de graisse. C'est un fait général : plus la faculté d'engraissement s'élève ou s'étend, plus se limite la fécondité. Suivant une loi universelle, la machine animale ne gagne sur un point qu'en raison de ce qu'elle perd sur un autre. Nos races gallines les plus aptes à l'engraissement sont les moins portées à l'action de couver. Il s'ensuit que l'éleveur qui s'en tient à elles ou à Tune d'elles ne trouve pas toujours dans ses troupeaux le nombre de couveuses indispensable à l'élevage. De là l'obligation de s'adresser à des femelles étrangères à la race ou même à l'espèce, à la poule cochinchinoise, si ardente à couver, ou bien encore à la dinde, à qui l'on peut donner jusqu'à 36 œufe à la fois. On fait bien d'en user ainsi. Partout la nécessité impose, et l'on ne réussirait guère à ne pas s'y sou-

mettre ; mais hors ces cas spéciaux il n'y a pas grand avantage à chercher des couveuses étrangères. La femelle du dindon , par exemple, couveuse tenace et mère attentive, est trop lourde pour des œufs de poule et en casse assez pour diminuer le profit qu'on trouverait par ailleurs à l'utiliser au lieu et place de la poule ordinaire.

Nous avons à ttaiter ici de quelques points essentiels :

V Le choix des œufs à mettre sous la couveuse j

2^ Les qualité» de la couveuse;

3*^ La préparation dii nid;

4^ Les soins à donner à la poule qui couve et à ses œu& ;

5"^ Les attentions qui doivent accompagna Itéàaàmi dœ petits.

Dans les éducations ordinaires, on ne songe au choix à faire des œufs qtd seront mis sous la poule que lorsque celleci témoigne de ses dispositions à prendre et à conserver utilement le nid. On trie alors au hasard pwini « les plus beaux, » ou plus explicitement, parmi les plus frais, les plus gros, les mieux conformés et les plus lisses. C'est déjà quelque chose ; ce n'est pas tout et ce n'est pas assez.

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