I. — Le choix des œufs
Aucun signe e?:térieur jde l'œuf ne donnant d'indication quant aux qualités héréditaires, il est très-important d'être renseigné sur le mérite propre de la poule qui l'a produit. Des œufs « les plus beaux » d'une médiocre pondeuse ne naîtront que très-exceptionnellement des poulettes fécondes. Il y a donc autant d'intérêt à savoir d'où viennent les œufs qu'on va placer dans le nid pour l'incubation qu'il y en a, par exemple, . à connaître l'étendue des facultés laitières de la vache dont la génisse doit , à son tour, être conservée comme laitière abondante.
Nous avons dit les caractères qui signalent la bonne pondeuse, et"aussi ceux auxquels on distingue avec assez de certitude la poule dont la ponte est et demeurera peu active. Il faut que cette connaissance serve à retirer de la basse-cour ou de3 troupeaux les médiocres , afin de n'y conserver que les meil-
leures. Mais parmi ces dernières même il y a des degrés qu'on doit s'attacher à constater, afin de récolter seulement en vue de l'incubation les œufe des plus productives, à l'âge aussi de leur plus grande fécondité , de la fécondité développée à son maximum, portée à sa plus haute puissance.
L'incubation a cela de particulier qu'elle permet de confier à une couveuse quelconque, bonne ou médiocre pondeuse, des œufs clioisis en dehors de toute relation avec elle-même. En l'état de dome^icité, l'action de couver est absolument indépendante de la production de l'œuf; en l'état de nature, au contraire, la femelle couve exclusivement le produit de sa ponte. C'est commettre une grosse feute à son propre préjudice que de ne pas bénéficier de cette situation, La baronne de Linas l'a bien compris, et elle a fait aisément comprendre à l'intelligente Sœurette quels avantages il y aurait à prêter une attention raisonnée à la récolte des œufs de choix qui devraient être confiés aux couveuses.
Il nous faut dire spécialement comment les choses se passent à Belair, où la proportion des naissances est plus élevée qu'on ne la voit généralement ailleurs, plus élevée aussi à présent qu'elle ne l'a été dans les premières années.
-Et d'abord on ne soumet jamais à l'incubation des œufs pondus depuis plus de quinze jours; aucune poule n'est mise au couvoir avant le 10 mars.
C'est donc assez généralement vers le 25 février que commence la récolte des œufs qui devront être couvés. Nous savons déjà qu'on les met à part dans la chambre aux œufs, qu'ils y ont un casier distinct, contenant de la paille hachée très-saine , et qu'ils sont symétriquement rangés dans des boîtes, les plus vieux en dessous : on n'épuise la collection que s'il ei est besoin, les plus nouvellement pondus passent toujours les premiers.
A cette époque, qui ne s'étend pas au delà de six semaines, les pondeuses sont surveillées de plus près et la récolte des œufe se fait plus souvent. On sait que telles et telles poules, plus particulièrement connues dans leur passé et déjà distinguées pour leur fécondité, viennent de pondre ; on entre au poulailler, on prend leurs œufs et on les enfouit tout aussitôt à leur place, dans la paille hachée, et, à son défaut, dans le
fion on dans la charrée Men secs, en ayant la précaution de les sonstraire à toute bousculade, à tout choc quelconque. On ne les bougera plus que pour les porter au coùvoir.
Les poules qui sont à leur seconde ou à leur troisième année de ponte ont le privilège de fournir les œufs à couver, on n'admet que par exception seulement ceux des jeunes et des vieilles. On se garderait bien de prendre , fussent-ils « plus beaux » à tous égards, ceux des poules qu'on soupçonnerait être peu fréquentées par le coq. On s'attache volontiers, au contraire , à ceux des sultanes favorites par cela seul que la préférence dont elles sont l'objet est déjà une présomption favorable et pour les qualités cachées et pour la fécondité des ceufs. L'un des écueils les plus difficiles à éviter, en effet, est là. Comment reconnaître les œufe clafrsdes autres? Jusqu'ici rien n'a encore dissipé l'obscurité qui les fait confondre. Si l'on a quelque espérance de pouvoir distinguer un joiir l'œuf qui contient le germe 4'un coq de celui duquel doit naître une poulette, on n'en est pas encore à espérer qu'on pourra repousser l'œuf infécond au profit de celui qui peut être utilement couvé.
Cette question, que nous avons déjà touchée au chapitre des reproducteur, est pleine d'intérêt. Les œufs clairs ne peuvent réussir; ils réduisent d'une manière notable le nombre des naissances et trompent doublement l'attente de l'éleveur. En effet, les œufs clairs ne présentent au goût aucune différence ; ils sont aussi bons pcrur le consommateur, pour tous les usages domestiques que les autres. Ils conviennent donc tout autant au coromerce et constituent une perte sèche lorsqu'au lieu d'avoir été vendus ils ont tenu une place qu'il faudrait ne pouvoir donner, sous la couveuse, qu'à des œufs fécondés. C'est alors les couvées qui sont moins* nombreuses et une couveuse qui n'a pas été utilisée au grand complet.
Les producteurs doivent tous s'attendre et tous, en effet, s'attendent à quelque déchet. Par avance, ils font sagement la part du feu. Quelquefois cependant leurs prévisions sont dépassées et les pertes atteignent au sixième ou même au cinquième. C'est trop pour les circonstances ordinaires. A Belair, les pertes ou plutôt les mécomptes dépassent rarement le douzième. Ce résultat est dû sans doute en partie
au régime et à lliygiène, en partie au soin qu'on apporte à ne conserver que de bonnes poules et des coqs d'humeur facile, partie enfin aux attentions dont on entoure la récolte des œufs destinées à l'incubation.