‹ Poules et œufsChapitre 26 sur 34 · II. — Les qualités de la couveuse · texte numérisé non relu

II. — Les qualités de la couveuse

A moins de circonstances particulières on ne permet pas à une poule de couver avant qu'elle ait deux ans révolus. Lorsqu'elle cherche à le faire prématurément, on la soumet au régime propre à c la découver, » régime que nous avons déjà indiqué. La poule de Cochinchine est particulièrement tourmentée du besoin de l'incubation; chez eUe, c'est une rage. Dans une basse-cour, il faut des couveuses assurément, pas trop n'en faut cependant. La poule toujours disposée à couver ne pond guère ; or, dans un troupeau entretenu pour la production des œufe, ce qu'il faut surtout, ce sont de riches pondeuses. La poule aux œufe d'or est celle qui va souvent au pondoir, non celle qui passe la plus grande partie de sa vie au couvoir où à le désirer.

On veut que la couveuse soit d'humeur douce, fortement développée, bien emplumée, bien partagée aussi sous le rapport de la santé. L'incubation étant une épreuve assez rude, il faut qu'elle puisse en supporter la fatigue. On repousse , est-il besoin de le dire, celles qui ne réunissent pas ces conditions; les farouches, leô turbulentes, ou les mal emplumées qui tiendraient mal le nid ou n'auraient point assez de chaleur pour la réussite des œufs; celles dont les extrémités sont armées d'ergots longs et aigus avec lesquels elles casseraient inimanquablement une partie des œufe, si adroites qu'elles veuillent être d'ailleurs; celles enfin qui, aimant les œufe, se permettraient d'en manger et de dévorer ainsi par anticipation l'espoir même de la couvée. Ces dernières doivent être exclues avec soin du troupeau. La gourmandise ici équivaut à péché mortel; la poule doit pondre pour autrui et ne commettre aucune infidélité de

cette sorte sous peine de mort. Ainsi soit-il. La jurispru-

dence est constante, et nul encore, en pareille occurrence ne s*est arrogé le droit de faire gi'âce. .

La poule qui chercha à couver est facile à reconnaître; eUe Ta répétant, sans se lasser, le cri particulier qu'on nomme gloussement et que traduit assez bien ce mot qu'on chercherait vainement au dictionnaire — Oloc-cloc : mais d'autres signes encore la mettent en saillie, et voici en quels termes M. Mariot-Didieux les décrit :

€ La disposition à couver se manifeste par des phénomènes physiologiqpes qu'il est important de connaître. Le premier que l'on remarque est un changement de voix, la poule glousse de temps à autr^ est plus stationnaire, s'écarte' moins du pondoir, devient moins sociable, aime et recherche la solitude.

« Vers la même époque, une espèce de chaleur se manifeste chez elle, mais au lieu de se manifester sur les organes' génitaux, comme on le voit chez les femelles des vivipares, cette chaleur se manifeste sur les muscles pectoraux. En effet, si on examine ces parties pendant l'acte de l'incubation, on peut y. constater une élévation de température, occasionnée . par un aflBiux sanguin; la peau est plus rouge, et un réseau vasculaire se développe dans le tissu cellulaire sous-cutané.

« Ce réseau est d'autant plus facile à apercevoir que la peau de la poule est très-mince et presque transparente. Ses plumes tombent, et la place se dénude. Ce n'est donc que par besoin, et ce besoin est imposé par la nature, que la poule couve ou cherche à couver; elle semble vouloir se débarrasser d'un surcroît de chaleur que la nature accumule sur ses muscles pectoraux en la communiquant à ses œufs et plus tard à ses petits. »

Les ménagères, même les plus soigneuses, ne cherchent à constater le développement d'aucun de ces phénomènes, mais elles leur donnent le temps d'arriver à leur apogée et elles surveillent avec quelque attention la ou les poules qui gloussent. Elles les voient demeurer plus longtemps au pondoir avant d'y abandonner les derniers œufs de leur ponte, et, si elles s'en approchent, elles ne sont pas surprises que les futures couveuses se. hérissent. Bientôt celle-ci gardent dé-

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cidément le nid, et se laissent prendre, sans sauvagerie mais non sans témoigner à coups de bec de la contrariété qu'elles éprouvent à être dérangées. On les juge alors en pleine disposition, et on s'en assure en les portant au couvoir, (tù on les dépose dans un panier tout prêt et contenant une. petite couvée composée de 3 où 4 œufs sacrifiés. Ce sont les (mfs Cessai, que l'on conserve à cet usage tant qu'il en est besoin, après quoi ceux qui ne sont pas gâtés servent à l'alimentation des premiers-nés. Pour une poule aussi bien préparée, l'expérience est courte; mais lorsqu'on doit faire de nombreuses couvées, on' recommande de donner les œufe définitifs à plusieurs poules le même jour. La précaution est particulièrement utile lorsqu'on n'est pas bien sûr des œufs. Il faut alors forcer un* peu les inclinations pourMter l'heure de l'incubation sérieuse, et l'on met à l'essai celles qui ne seraient prêtes que quelques jours plus tard. On les prend comme on a pris l'autre, on les enferme, la tête sous l'aile, et après les avoir légèrement enivrées par le vin dans leurs paniers, qu'on recouvre de la pièce de laine; on tient le local dans une demi-obscurité au moins et dans un silence absolu, puis on attend ainsi vingt-quatre heures. Ce temps écoulé, on entre dans 'c oouvoir, on ouvre un panier avec précaution, et l'on observe les façons de la poule. Si elle se hérise seulement, elle est bien près de couver; elle peut se montrer farouche encore ou essayer dé fdir, alors il faudra l'attendre. Dans tous les cas on la saisit adroitement avec les mains pour la porter sans bruit, avec douceur, à la mue, où elle trouve son repas tout prêt. Dès qu'elle a mangé et qu'elle s'est vidée, on la reporte au panier avec les mêmes attentions en évitant toute brusquerie. On procède de même à l'égard des autres couveuses à l'essai, de manière que la cérémonie se fasse pour toutes en même temps et ne se prolonge pas outre mesure,

' En deux ou trois jours au plus de ce régime, sauf de trèsrares exceptions, que savent prévoir les personnes entendues, les plus éloignées de l'incubation y sont devenues aptes et tiennent les œufs de façon à pouvoir être mises sans inconvénient sur lés œufs définitife. . * A Belair on les y place par séries de 10 à 12 , espaçant do

trois à quatre jonra rinstallatîon de chaque série. On en fait six ou sept y et l'opération entière s'accomplit en une quarantaine de jours. Commençant vers le 80 mars, elle est toujours terminée à la fin d'avril. -

Les couveuses sont prises de préférence parmi le^ poules de quatre et trois ans : on en tient toujours deux ou trois en réserve pour des éventualités fort rares, mais contre lesquelles la prudence veut que Ton soit en garde. Une poule peut mourir sur ses œufe ; on donne à ceux-ci une couveuse de rechange, et la couvée ne se ressent pas de l'événement.

m. — La préparation des nids.

Dans un établissement de quelque importance, là où tous les besoins ont été prévus et où tous les aménagements ont été raisonnes, la préparation des nids est chose fort

simple.

La description que nous avons donnée du couvoir, à Belair, nous permettra d'abréger beaucoup ce que nous aurions pu dire ici.

Quand l'époque fixée pour l'incubation approche, on débarrasse la chambre aux couvées de tous les objets quelconques que les circonstances ou un peu de laisser-aller y auraient successivement accumulés. Lorsqu'elle n'a pas spécialement besoin du couvoir, Soeurette ferme un peu les yeux sur ce qu'on en fait, à la condition que la propreté et l'ordre soient toujours maintenus, là comme ailleurs, comme partout. Sur ce chapitre, elle est intraitable, et le meilleur moyen d'obtenir de sa complaisance, moins facile que sévère, de petites concessions auxquelles on attache néanmoins un certain prix, c'est de flatter son goût dominant, « ses manies pour l'ordre et la propreté, » précieuses manies qui ne sont point assez générales, qui coûtent moins de peine et de travail qu'on ne le suppose, et préviennent bien des incon^ vénients, lesquels se traduisent presque toujours par des pertes matérielles plus ou moins prochaines et plus ou moins lourdes, lesquels, dans tous les cas, compromettent à

, un degré variable le succès des éducations. Or, ce -n'est pas une petite affaire ici que l'incubation. Le moins d'œufs qu'elle emploie, pour 66 couyeuses, à 13 seulement sous chacune d'elles, forme un total de 900 œufs, y compris ceux d'essai, mais non compris ceux que ne peuvent pondre les 68 poules détournées du poulailler pendant la couvaison et le temps que la plupart d'entre elles doivent consacrer au premier élevage des poussins, à la conduite dfes petits. En présence d'un pareil intérêt. Sœurette exagère les soins et « ne craint pas sa peine, » mais eUe réussit à souhait, le succès récompense largement sa sollicitude.

Dès le 1*' mars donc, on débarrasse complètement le couvoir, on l'aère aVec soin, on l'approprie en toutes ses parties, ^ ou réchauffe, pour en assainir l'atmosphère, les paniers sont ' énergiquement secoués, on bat les morceaux d'étoffe qui doivent les recouvrir. Ces travaux de nettoyage serépètent encore à quelques jours delà, et Ton garnit les paniers de paille très saine, fraîche et propre, flexible, brisée, soigneusement et convenablement foulée. En cet état, elle forme une couche assez ferme, sur laquelle 13 œufs, placés les uns près des autres, se tiennent sa^s s'entasser et restent continuellement et également en contact utile avec la poule, qui elle-même éprouve moins de difficulté à les conserver intacts tout en les couvrant tous pour les amener à bien, car son poids n'occasionne aucun dérangement lorsque le nid a été fait avec un certain art. Bien qu'un peu d'habitude familiarise bien vite avec la bonne manière de faire toute personne à qui l'on explique le résultat à obtenir, Sœurette ne se fie à qui que ce soit pour la dernière main à mettre à cette importante besogne. On la lui prépare, grosso modo y mais elle l'achève elle-même. Elle s'assure qu'on a placé un morceau de fer quelconque au fond du panier, et recouvre toujours la surface du nid d'une certaine quantité de plumes sur lesquelles elle range avec soin les œufs.

Madame de Linas et mademoiselle Mary, tout en louant bea-ucoup les minutieuses précautions concertées en vue d'une pleine réussite, ne peuvent s'empêcher de rire de celle qui s'attache à la présence d'une vieille fen-aille dans le panier. Sœurette , sans donner aucune explication satisfaisante, tient

bon pour le préjugé, universel chez toutes les filles de l)assecour, et prétend que cette broche rouillée, que ces quelques gros clous tordus ou cassés, formant paratonnerre, préservent la couvée. On rit de plus belle et 'on la pousse jusque dans ses derniers retranchements. Alors la brave femme se redresse, et, regardant d'un air triomphant son excellente maîtresse, elle lui jette en manière d'argujnent final et péremptoire ces mots : « Si je ne suis qu'une routinière obstinée , pourquoi donc, madame la baronne, voulant des vases en fonte à la place de mes paniers en osier me disait en db temps-îà : « J'insiste parce que l'expérience a appris que dans la fonte « les résultats d'éclosion sont plus certains ?» Et elle ajoute aussitôt: en Je crois, moi, à l'expérience, 'mais pour ce qui est des vases en fonte, on ne m'a pas expliqué pourquoi ils .sont préférables. J'aime mieux mes paniers, qui sont" moins froids; ^si pourtant la fonte n'a d'autre objet que d'empêcher le tonnerre de tuer les petits dans leur coque, j'obtiens le même effet avec mes morceaux de fer, qui ne les préservent pas moins sûrement de la foudre. y> Et la baronne laisse faire, par la raison que tout au moins on ne peut attendre aucun mal quelconque de l'existence du fer au fond des paniers.

La substitution des vrais œufs aux œufs d'essai se fait, pendant le repas des poules, par Sœurette, cela va de soi. Elle reforme en partie le nid, s'il en est besoin , et place invariablement 13 œufs sous chaque poule, j- « Les douze apôtres et Notre-Seigneur» y>

Mademoiselle Mary prépare des étiquettes portant la date du jour où la couvaison commence et le quantième naturellement fixé pom- l'éclosion : chaque panier porte la sienne sur le devant, et, rappelant tout ce qu'on doit savoir, décharge de toute préoccupation inutile et fait qu'on n'oublie rien, qu'on est prêt à tout.

Le nombre cabalistique de 13 œufs sous chaque couveuse a pourtant sa raison d'être quand on l'applique à la poule ordinaire. Par son développement, celle-ci étreint et couvé complètement 13 œufs de la grosseur de ceux qu'elle' pond elle-même. Si on choisissait des œufs plus petits, on pourrait lui en confier un plus gi-and nombre, de 15 à 20, dit-on;

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maïs on n'a pa& l'habitude d'accorder la préférence aux plus petits; on recherche, les plus gros, au contraire, et alors madame C. Millet conseille de n'en donner que 12, appuyant cette sage recommandation .en ces termes : « Il y a avantage à n'en faire couver qu'un petit nombre, parce que, lorsqu'une poule ne couve pas bien tous ses œufs, comme elle les change très-souvent de place, il est à craindre que l'incubation ne soit suspendue dan» le plus grand nombre ; alors ils sont perdus; dte plus, l'inquiétude qu'éprouve une bonne couveuse de ne pas pouvoir couvrir tous ses œufs , la dérange de son devoir. »

Ce qui se fait pour une poule se fait 9,vec lé même soin pour tontes celles de la série et pour toutes les séries suivantes. ^ '

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