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IV. — Couveuses et couvôest

Très-expérimentée, très-attentive aussi à suivre de point en point les prescriptions utiles à la bonne réussite des couvées, Sœurette agit empiriquement. Cela suffit à la pratique intelligente. Mais la baronne voulut aller au fond des choses. Elle apprit bientôt que la présence d'une certaine quantité d'eau dans Tatmosphère est indispensable au succès de l'incubation ; que l'air trop sec lui nuit, au contraire, en déterminant la dessiccation des parties liquides de l'œuf par une transpiration trop active.

Pendant l'incubation, les éléments constitutifs de l'œuf ne se transforment en un être vivant que par suite de phér nomènes physiologiques que nous n'avons ni à pénétrer ni à expliquer ici; mais il est bon de savoir pourtant que l'organisation de la coque joue en tout cela un rôle important que rien ne doit entraver. Elle est percée d'une myriade de petits trous, qu'on appelle des poires. C'est par cette voie que s'échappent le liquide aqueux et certains gaz que l'œuf doit perdre; par cette voie aussi que pénètre la quantité d'oxygène nécessaire au travail organique qui, sous l'influence de la chaleur, s'accomplit dans Tœuf fécondé. I^a principale fonctioti de la coque est de régulaiiser, de modérer l'échange de matériaux qui se fait naturellement de dehors en dedans de

rœuf et xéciproquement de dedans en dehors, et les attentions qu'elle réclame se bornent à favoriser autant que possible ou du moins à n'entraver en rien les effets ordinaires de la porosité. Or, le manque d'air, un défaut ou un excès de transpiration deviennent contraires à l'évolution organique, et les gaz irrespirables tueraient l'embyron ou les petits dans leur coque aussi sûrement que s'ils étaient nés.

Ces connaissances acquises, madame de Linas a particulièrement tenu à ce que le couvoir im laissât jamais rien à désirer quant à la salubrité, et que la température y fût constanunent maintenue entre 17 et 19** centigrades. EUe n'y veut ni trop de sécheresse, ni humidité, ni froid, ni chaleur. Ceci exigeant quelque précaution, a été mis dans les attributions exclusives de Sœurette. L'époque de la couvaison et les premiers temps de l'élevage sont pour elle l'occasion « d'un coup de feu y> qui la « met dans tous ses états, y> sans qu'il y paraisse trop pourtant; mais elle se sent bien soulagée lorsque « tout son petit monde, » éclos et bien venant, ne demande plus, en quelque sorte, que des soins routiniers.

Ce n'est pas que l'on aime les complications à Belair, loin de là. Ainsi, on ne touche plus aux œufe dès que la couveuse a été placée dans son nid. On s'est attaché à bien faire toutes choses, on a réuni toutes les conditions voulues ; maintenant on laissera faire la future maman; c'est elle qui retournera ou déplacera les œufe à sa guise ; si par hasard elle en casse, accident fort rare ici, on se borne à enlever minutieusement les débris et les saletés.

Cette opération, est-il besoin de le dire, s'accomplit tandis que la couveuse prend son repas quotidien. Voyons donc comment les choses se passent à cet égard.

C'est de 11 heures du matin à 2 heures de l'après-midi, au moment le plus chaud de la journée, qu'on met les couveuses à même de prendre leur uânique repas. D'après les dispositions précédemment indiquées, elles vont douze par douze à la mue préalablement visitée, et pourvue dans toutes ses cases de la nourriture et du boire. L'eau pure et fraîche emplit l'une des augettes; l'autre contient un mélange de blé et d'avoine, ou d'orge et de sarrasin, ou de quelques autres

graines, de façon à varier Talimentation : tons les deux ou trois jours même (les ressources du jardinage s'y prêtent toujours), on ajoute un peu de yerdure quelconque, salade, mouron, épinards, coupés menu et mêlés de son mouillé afin de prévenir réchauffement.

On écarte, nous l'avons dit, toute occasion de tem't au dehors^ On prend de même des précautions en entrant au couvoir, dont la porte est aussitôt refermée , et le service s'y fait avec ordre, silencieusement, sans brusquerie aucune. Sœurette et un aide intelligent, à qui la leçon a été faite et qui sera toujours le même tant que durera l'incubation, entrent seuls et suffisent largement à la ^}esogne. Le premier panier est ouvert, la poule est saisie d'une certaine manière (car il faut éviter de rien déranger du nid), passée à l'aide qui l'emporte et la place dans la première case de la mue. D'un coupd'œil Sœurette a bientôt vu si tout est bien, ce qui est l'ordinaire, puis eUe place le morceau de laine affecté à chaque panier sur les œufs et le referme.

Il faut peu de temps à l'aide pour introduire la ^ule dans la case qu'elle doit occuper pendant 15 à 20 minutes environ ; mise sous le bras droit , elle s'y tient paisible ; arrivé au bout du couvoir, l'aiide se baisse en pliant les jarrets, ouvre la . porte intérieure de la case , dépose la couveuse , referme la porté et revient prendre une autre poule, pour recommencer jusqu'à la dernière.

Dès que toutes les cases sont occupées, Sœurette passe une inspection rapide de la mue afin de s'assurer que les bêtes mangent. Il en est qu'il faut secouer un peu pour les éveiller aux sensations extérieures, et d'autres qui, capricieusement, se refusent à prendre la nourriture à travers les barreaux ; à celles-là ( elles forment encore de rares exceptions dans les variétés delà race commune, qui compte réellement peu de mijaurées), on jette le grain par terre, dans la case : alors elles mangent.

Ces petites difficultés, lorsqu'elles se présentent au début de

l'incubation, s'aplanissent ensuite. Les moins intelligentes ou

les ahuries ont vite compris de quoi il s'agit et se comportent

bientôt comme celles qui font le moins de façons.

11 en est parfois aussi qui, dans les premiers jours, ne se

in POULES ET ŒUFS * -

gênent pas pour se vider dans leur nid. Elles reçoivent in petto, de la pai-t- de Sœurette, unç véritable algarade, dont elles comprennent jusqu'à un certain point le sens, quand, s'étant salies aux pattes, on les leur essuie, cérémonie qui ne leur plaît qu'à demi. La mémoire les sert alors, la mémoire et l'intelligence. Dès qu'elles ont reconnu qu'elles seront levées et libres chaque jour, à là même heure , elles régularisent leurs habitudes et ne commettent plus aucune incongruité dans le nid.

• Le retour au panier se fait avec les mêmes précautions. L'aide reprend dans la mue la première poule qu'iï y a portée en la plaçant sous le bras la tête en arrière , mais non en bas, et il la présente à Sœurette, qui visite les pattes et les nettoie avec un linge grossier, si quelque malpropreté s'y est attachée pendant le repas. La bête est remise doucement sur sea œufs et renfermée à nouveau dajis son panier.

La manœuvre se renouvelle jusqu'à épuisement de la série et des séries.

En effet, dès que la première case est vide, une personne qui se tient en dehors écarte les augettes qui sont remplies, s'il en est besoin, soulève les barreaux, ramasse la fiente avec une petite pelle recourbée , et dispose tout * àr nouveau pour recevoir la seconde série de couveuses. Et les choses de recommencer ainsi jusqu'à la fin.

Alors,. un nettoyage plus complet, plus achevé s'exécute ; les augettes sont vidées, appropriées et renversées sur le rebord supérieur de la mue jusqu'au lendemain. On remet du sable bien sec dans les cases lorsque le balayage en a partrop diminué l'épaisseur, et toute chose reprend sa place pom' vingt-quatre heures.

Dans les éducations moins considérables , si la couveuse garde bien son nid , on laisse ouvert le panier ; on place de l'eau et du grain en vue et à portée, et la- poule se lève seule pour manger et se délasser pendant quelques instants. Cette méthode, très -simplifiée, implique néanmoins une certaine surveillance, car les plus ardentes à couver se laisseraient mourir de faim plutôt que de quitter le nid. Ce qui se fait pour une couveuse peut se répéter de même pour plusieurs ; mais dans les couvoirs un peu nombreux , il y a avantage à

L'IMCUBATION lU

procéder ainsi que nous venons de dire. Dans aucun cas il ne faudrait tolérer que la couveuse demeurât hors de son panier au delà d'une demi-heure, durée la plus longue de l'absence qu'elle puisse faire sans trop d'inconvénient pour le résultat final.

Bien qu'on ait complètement renoncé à Belair à toucher sans une nécessité absolue aux œufs pendant l'incubation , nous ne potvons passer sous silence une manœuvre conseillée par quelques éleveurs émérites : nous voulons parler du mirage des â?î/5/ opération qui ne s'exécute pas chez madame de Linas, à raison de toutes les attentions qu'on y prend pour mettre avec soi toutes les chances favorables à -une réussite aussi large que possible.

Le mirage d pour objet de retirer du nid les œufe clairs, ceux dans lesquels l'embryon a cessé de vivre, et de remplacer les uns et les autres par des œufe mis sous la poule le mênie jour et dans lesquels tout apparaît bien. Ceci, on le voit, est assez délicat.

C'est après dix jours complets d'incubation qu'on procède au mirage des œufs. Tout ayant été préparé à cet effet, on s'y livre pendant le repas des couveuses.

Les préparatifs consistent en ceci : dans une fente pratiquée au volet d'une fenêtre basse ou simplement dans la porte, et mesurant en largeur 0™,03 sur 0™,15 de hauteur, on fixe un petit fragment de vitre , placé là pour éviter le passage de l'air froid. Le 'soleil n'éclairera pas directement la fente. S'il faut de la lumière, pas trop n'en faut, l'œuf alors paraîtrait par trop transparent. Il va sans dire que l'obscurité a été faite à l'intérieur, par Focclusion de toute ouverture quelconque. On s'est muni enfin d'une corbeille intérieure garnie d'une étoffe moelleuse et chaude , soit du molleton, et on la la pose à terre près du lieu où l'on se placera soi-même pour mirer successivement les œufs de chaque nid en face de la fente vitrée.

Tandis que les couveuses se réconfortent à la mue, l'aide qui vous assiste apporte un panier (en commençant toujours par le premier pour finir par le dernier), tire de dessous la pièce d'étoffe qui couvre le3 deux œufs et vous les passe. On en met un dans la paume d'une main et sur celui-ci l'autre

est posé entre les doigts, par le petit bout, de façon qne le gros bout demeure libre. La seconde main vient s'appliquer au-dessus, eommfi l'indique la gravure 24, et Tœuf, ainsi placé entre la lumière et Tœil , se montre ce qu'il est à l'intérieur.

S'il est clair, «sa transparence est parfaite; s'il a été fécondé, il contient un embryon, c'est-à-dire les premiers éléments de l'organisation du poulet. Reste à savoi» si cet embryon est mort ou s'il vit : vivant, il rend l'œuf opaque dans toutes ses parties moins la chambre à air ( grav. 25 ) ; mort il rend l'œuf plus ou moins trouble.

La séparation des bons et des mauvais se fait d'après ces

données : les pre miers sont déposés dans la corbeille jus- > qu'au moment où ils peuvent être replacés dans le nid, ce qui doit avoir lieu prestement, vite, sans se-

Gray. 24. — Mirage des œufs.

Grav. 25. — Chambreà air de Pœuf.

cousse; les œufs clairs peuvent être conservés comme œufs d'essai, attendu qu'ils ne se gâtent pas et qu'en cas d'avarie ils n'exhalent aucune mauvaise odeur; les autres sont je^és à la fosse aux engrais.

L'utilité du mirage est de pouvoir compléter les couvées affaiblies par les œufs stériles çu par la mortalité précoce. Elle

t'INCUBATIOM i4S

86 trouve expliquée daBS le passage suirant de rexcelleni livre de M, Jacque :

c En supposant que le nombre d'œu& est de 13 pour chaque poule ; que la première série est de 6 couveuses , et qu'il y a d'œufis mauvais 3 à la première, 1 à la seconde, 2 à la troisième, point à la quatrième, 4 à la cinquième et 3 à la sixième on se trouve avoir 13 œufe manquant, et, par le fait , il n'y a plus que 5 couvées. Aussi prend-on les œufs du dernier pa* nier de cette série de couveuses, et les répartit-on entre les cinq premiers. Chaque panier est recomplété , la couveuse dépourvue est remise dans son panier, où Ton pl^ce quelques Geu& d'essai pour la tromper, puis renvoyée à la suite de toutes les couveuses, où elle attend une nouvelle série. >

Sans s'exagérer outre mesure les petites complications qu'apporte le mirage des œufs , la baronne de Linas* ne l'a point adopté; mais, nous l'avons déjà dit, elle en prévient l'utilité par l'attention particulière qu'on apporte chez elle à ne pas souf&îr des coqs par trop despotes dans les troupeaux de poules, à ne choisir pour l'incubation que des œu& bien conformés, pondus par des poules auprès desquelles les coqs se montrent le plus empressés et au moment de leur fécondité la plus active. Madame de Linas professe l'opinion qu'une fois en' possession de sa couvée la poule n'ùme pas qu'on intervienne dans l'œuvre qui lui est départie et, chez elle, on respecte ce sentiment en n'intervenant que dans un cas de rigoureuse néoes^té.

On ne s'en trouve pas plus mal jusqu'à présent : la statistique des naissances prouve, au contraire, qu'on agit au mieux des intérêts de l'éleveur.

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