‹ Poules et œufsChapitre 28 sur 34 · V. — L'èdosioii · texte numérisé non relu

V. — L'èdosioii

La durée de l'incubation est de dix-neuf à vingt-un jours

pour chaque couvée. Nous n'avons pas à rechercher la cause

de ces extrêmes qui sont de règle dans toutes les espèces ;

mais on croit les avoir rapprochés à Belair en donnant aux

couveuses des œuâ de même date autant que possible, en ne

se servant pas de ceux qui ont plus de quinze jours et en^'en

HQ raULES £t CEÙÈS

mettant |»a ^Ias~ dé 13 coub chaque poule, si groBse et si bien eniplumée qu'elle soit. Il en résolte que les naisBancea mmt niDiiiB' éloignées , ec qu'il y a auBsi, diose importante , plna d'égaUté entre bons les poosBÏns d'au même nid. Os Bsît qae' . les premiers nés sont d'ordinaire les plue viraces, que leï demien an contraire, t les culots, > sont généralement les pins petite , les moins robostes , les moins bien venants ; la différence enti^ oenx-ci et ceux-là est d'antant moindre que. la distance qui les sépare est moindre elk-mëme.

Quoi qu'il en soit, Sœnrette se tient snr ses gardes à partir* dn diz-nenTiëme jour. Elle a réformé les denx boîtes à trans-porter les poussins, dont elle se serrait dans les commencements. Noua devons malgré cela en parler, pnisqne ces tib-tensiles peuvent faire partie da mobilier dn convoir, dana lesquels ils trouvent place snr une tablette axée au mur, La botte dont il s'agit, construite en fonne de panier (gr&v, 26)préBente environ O^.SS de long sur 0°,25 de large

GniT. 2e. — Boite jiODr le traosport doi pouiilni.

et 0",30 de profondeur. Son desens est percé de deux petites portes grill^^ées & travers lesquelles on pent passer la. main et le bras. L'une de ses extrémités est à jour également et lérmée par un panneau mobile que denx coulisseaux tiennent en place. Le nom donné à la boîte indique sufflBanimont sa destination. A côté d'elle figurent quelques grandes corbeilles, à bords^vaséa, chaudement garnies de molleton et de plumes cboisiesi nonsverrons k quel asage, •

tlNCtlBATION : U7

À la an de rincubation, la couveuse redouble de zèle et d'attention ; œ ne serait pas le cas de la négliger. Slle a entendu la Toix de ses petits ; il lui tarde de les yoir sortir de la coque et ne quitte le nid qu'à regret puisque c'est la éhaleup qu'elle leur communique qui les mûrit et leur donne, à l'heure venue, la force de briser l'enveloppe sous laquelle ik sont captife. Mais elle sait qu'elle ne peut rien autre pour eux et elle attend, à la fois anxieuse et patiente. On ne doit pae se montrer plus pressé qu'elle-même : il ne faut rien prédpiter ; la nature agit comme il convient. On se borne donc à une simple surveillance et on n'intervient qu'à la dernière extrémité. Toute manœuvre prématurée est fatale et détermine dèspèrtes bien faciles à prévenir.

Et d'abord on ne change rien au service habituel. Seulement quand on va pour lever les poules à l'heure accoutumée, avant de les soulever du nid on étend doucement leurs ailes, où se trouvent souvent soit les premiers-nés , soit des œufs. On les envoie successivement à la mue, comme les jours précédents. Tandis qu'elles y pont, on retire avec soin d€« paniers tous les fragments de coquilles, et quand les mères peuvent être rapportées dans les nids, on procède comme l'indique judicieusement M. Jacque dans le passage suivant : oc Je suppose, dit-il, que dans un panier il y ait cinq ou six poussins; on les retire et les met polir un instant dans la corbeille à mirer. On place doucement la poule sur les œufs qui restent, et on glisse de suite et pM^-devant elle, et seulement à l'entrée, les petits qu'on avait retirés et qui savent bien se réplacer eux-mêmes. Sans cette précaution, nombre de poussins seraient écrasés.

« Quand même tous les poussins seraient éclos, il faudi*ait les remettre sous la mère. En effet, ils n'ont encore aucun besoin de nourriture, ils pourraient s'en passer pendant quarante-huit heures. La grande chaleur que leur communique à cet instant la couveuse leur est^ du contraire, indispensable pour achever en quelque sorte l'incubation. En outre, peu aVi^t l'édosion, tout ce qui reste dans rœuf de substance nutritive entre' spontanément dans les viscères du poussin, qui se paierait très-bien de nourriture pencfent deux ou trois jours. »

Le lendemain^ la poule est enlevée avec les mêmes précau-

tîons. On sait combien de fois quinze poulets sont nés^ on les sépare des .œa& et on les remplace par cenx-ci dans les paniers d'où on les retire sans jamais dépasser le nombre treize. Quant aux poussins, on les dépose dans les gnmdes corbeilles dont nous a^ons parlé et après ayoir réint^é les poules dans les paniers devenus libres» on les leur donne pâ* quinze à chacune, en ayant toujours l'attention de les introduire par devant, à mesure qu'on les retire des corbeilles. On tecouvre les paniers de la pièce de laine et on les laisse rangés en cercle autour de la bouche de chaleur où ils ont été préalablement apportés. Quant aux couveuses > elles sont replacées sur- les œu& dont elles compléteront l'incubation.

Les mêmes soins, la même opération se renouvellent jusqu'à entière éclosionl

Nous dirons bientôt ce qu'on fait à Belair des poussins vingt-quatre heures après leur naissance.

Pour le moment, il nous faut revenir en arrière et voir comment a lien le très-intéressant phénomène de l'éclosion, dont reste seul chargé le poussin pour qui c'est parfois vraiment une très-rude besogne. Voici donc comment il s'y prend pour l'accomplir. La prison est étroite et la tête est eng^ée sous l'aile ; la position n'est déjà pas si commode, mais la nature a trouvé que c'était encore la meilleure et nous devons rester en tout de son avis. Quoi qu'il en soit; c'est avec le bec que le petit va piocher, va « bêcher, » pour ouvrir sa coque. Mais son bec eût été bien faible pôtu» un semblable travail si la Providence ne l'eût armé temporairement d'une petite protubérance cornée. Il s'en sert en frottant, en poussant, en percutant à petits coups redoublés le même point de la paroi de la coquille attaquée vers le milieu de la longueur de l'œuf; la besogne est d'autant, plus pénible que l'enveloppe à briser est plus épaisse et que le poussin est moins vigoureux. Dans l'immense majorité des cas cependant» il suf&t à la peine ; il use une place, réussit à faire un petit trou et ne se ménage pas; il donne de nouvelles poussées et obtient un nouveau résultat, une nouvelle brisure, un éclat. Alors il reprend haleine, puis, faisant sur lui-même Un léger mouvement de rotation, il lève d'autres éclats qui continuent et agrandissent la première ouverture , et il va toujours suivant une ligne circulaire jusqu'à ce que la coque; ou-

T^rte tout aatôur, tombe en denx parties égales et le laisse Ubre enfin.

Tonte prison est close, tont esclavage pèse> tonte liberté s'achète an prix d*nn pénible labenr, de constants efforts.

Gomme celle de Tincnbation, la dnrée de Téclosion varie. Tel ponssin emploie nne henre à peine à se débarrasser de sa coqnille, td antre y emploiera denx jonrs et malgré cela, nons le répétons, sanf des- cas très-rares, où il est bien avéré qn'nn accident très-simple appelle nn seconrs efficace, il fant bien se garder d'intervenir et de précipiter, nne opération qni ne doit s'accomplir qn'après la formation achevée dn ponlet. Le voilà né pourtant^ et c'est à grand'peine méine qn'on pent le dire complet pnisqn'il a besoin encore non de nonrritnre d'abord, mais snrtoni^de chalenr, ainsi qne nons le disions nn pen pins hant.

En efifet^ à le voir an moment même où il vient d'éclôre^ on ponrrait en angorer assez mal. Ses forces semblent épuisées; on le croirait pins près de la mort qne de la vie. Attendez cependant. Sons l'influence bienfEdsante de la chalenr, il sera bientôt tont antre. H se fortifie rapidement. Ses plumes, simple duvet à peine visible, qni le faisaient paraître presque nn tandis qu'elles étaient mouillées, se sèchent, se développent et le protègent, car le voilà tont à coup assez chaudement vêtu. On comprend maintenant à quel point la chaleur lui est nécessaire; tout imprégné d'humidité, il ne résisterait pas an fh)id; on a donc raison à Belair d'approcher du calorifère les paniers qui, pendant vingt-quatre heures, contiennent des poussins nouvellement éclos. Leur incubation se complète et toute la constitution en est fortifiée.

Aussi les tronve-t-on bien différents et comme transformés lorsqu'on va les prendre pour les porter an terrain d'élevage. On les voit tont guillerets, dispos, et l'on en juge tout autrement qne la veille, si on s'était pressé de porter un jiigement prématuré,

Vt. ~ L^inoubation artUioitUe.

Le temps nécessaire à la couvaison et à la conduite des poussins, les privations et les &tigues imposées à la poule par

^SD P0ULE5 ET (SULFS

^es defoirs dcTla maliermté suspendefrfc en eHe^ onérenBement pour réleyeur, la faculté de produire des œufe. Lorsque s^ cpoulets la quittent, la poule, fort tanaigrie, a grand besoin de se refaire pour redevenir apte à la ponté. D'aiUeurslenQUibre d'œufe qu'elle pent coKver eôt bien faible eti égard aux exigences d'une consôtiimation très-aotive, tonjouîrs grandiâsante. Il en a été ainsi tontes leis fois que la population s*est accrue 4'une mjmière très-sensible. Alors, fidèle à sa mission, le :prodncteut s'ingénie pour augmenter ses moyens, pour satisfaite aux demwides qui le pressent et qui le sôDioitent par rappât du gain.

En l'esptee, on a imaginé de suppléei: à l'insuffisance de la conyeuse naturelle par une couveuse artificielle à grande en- :vergure, qui permît de conserver à la production d^ œuft toutes les femelles de nos oiseaux domestiques*

Le fait n'est pas d'hier; il est très-anciennement connu en Jîgypte et en Chine. Pour nous l'approprier cependant, û^ JeJIu te réinvBnter, Plutôt entrevue que démontrée chez nous?, son utilité économique a provoqné à diverses r^ises et re- ^nouvelé à des époqueff assez éloignées de; nombreuses recbeJvjches et des tentatives plus ou moins frnetuéuseô. PlusieuiB fois on s'est cru en possession de la solution du difficile problème posé à la pratiqua mais tout Cela p^:ïiît au fond si péi assuré que les- découvertes les plus votées, sont encore letiaêes closes pour tous, moins les inventeuijs^et encore ? On prétetid néanmoins qu'après bien des échecs, voilà que quelques-Uùs, en France et en Belgique, réussissent à souhait : nous le votions bien, nous le désirons surtout ; mais alors qu'<m se hâte donc de rendre vulgaires des méthodes 0(ind valeurtaiit qu'eïïes fonctionnent en secret ou à Tombie. : , ; ,y Afin de mieux «timuler le zèle des chercheurs et .des .spéculateurs, on a compulsé les plus vieux livres. Il y a souvent ou bon dana les bouquins; les innovations qu'on y. rencontre ne sont pas toujours à dédaigner. Cette pensée an inoinfi. €^t comme une lointaine et vaporeuse espérance pour ceux qui écrivent et font, imprimer « leurs œuvres »; qui pait si, dans quelques centaines d'années, elles ne revivront pas sous la plume d'un publiciste bibliomane ? • ■ "; Quoi qu'il en soît^ on s'est assui*^ de nos jours enlisant les

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historiens du temps passé, que l'ancienne Egypte la^ faisait pas édore artificiellement moins de <3ent millions de poulets p^ an, et^ s'enquérant de ce qui se passe encore en ce inoment dans rÉgypte moderne, on a appris que cette immense production, maintenant concentrée dans cinq à six yillages seulement, se trouve réduite à uiie éclosion d'environ trente millions de têtes. On la dit ainsi monopolisée par cette crrcoiistance un peu éjtrange^ sans doute, que les habitants de ces villages, appelés BèhémimSj auraient seuls conservé par tradition Tin^ dustrie héréditaire de diriger sciemment la conduite des mor fwa^« ou fours à éclosion.

Méditcôit sur ces nombres, madame de Linàs les: a: trouvés irès-Batfefaisants. Nous faisoiis naître en France envkoB 40 minions de poulets par an : 4 miUion's dé poules au moins y sont occupées et perdent bien près de 100 joutq diacune pour la ponte à répoqûe de Tannée où elle a lé t)ltUi de régularité. En estimant la perte à 60 ceufs par tête, on arrive à constater tin déficit de deux cents millions dans. la production des œufe. Cette perte est d'autant plus considérable que Tincubation artificielle ^ Une fois installée^ nécessite fort; peu de frais. Ici, le Matériel ; le point de départ est tout. Quant au reste, il ne faudrait pai^ s'en efifrayer puisque de simples paysans réussissent 'si bien en Egypte , que dc^ns cinq à six villages seulement ôii ferait naître ^et on élèverait annuellement presque autant d$ poulets 'qu41 en naît et qu'on en élève dans la France entière. .^:* . .. \:.

Tout cela était bien de nature à faire impression sur l'esprit de la baronne; elle jr réfléchit beaucoup, pesant avec sagesse le pour et le contre ,Bé^nvrant à des calculs de toutes sortes, désireuse avant tout de ne rien livrer au hasard. Elle avait charge de succès, elle ne pouvait ni ne devait s'exposer à aucune mauvaise chtooe, 'Elle ifeut qu'un éleveur, dont on avait beaucoup vanté les réussites, venait de renoncer sans bruit à certaine couveuse artificielle, lancée dans le monde avec quelque fracas èôùs un nom pompent, pour revenir tout 'simplement aux couveuses naturelles, aux poules. Elle n'^ inféra rien de boïi énôone pour le moment. Enfin^ elle fut complètement édifiée à la lecture de ce passage écrit par M. F. Malézieux : « En matière d'incubàtioïiffftifioielie, plus

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qifen ancime antre, on doit dire : Tant vaut thomme, tant vaut rinatrummt La meilleure couTense artificielle , mise entré les mains d'nn homme n^ligent ou incapable , est exposée à se Toir transformée en machine à cuire les œids. C'est l'histoire du thermosipJum, de Bonnemain, de Yhydro-mcubar imr de Cautelo et de bien d'autres appareiïs. Ce qui distingue essentiellement l'incubation artificielle de l'incubation naturelle y c'est que , dans la première , l'homme est obligé de veiller à tout, tandis que, dans la seconde, il n'a qu'à se croiser les bras et laisser agir l'instinct naturel des animaux. Une fois que vous avez trouvé une poule bonne couveuse , et que vous lui avez donné le nombre d'œufe qu'elle peut couvrir de son corps, tout est fait ; moins vous interviendrez, mieux vous réussirez. Au bout de vingt-un jours, les poussins écloront, et, aussitôt nés, ils trouveront sous les ailes de leur mère un abri bien plus sain que celui que pourrait leur procurer l'homme le plus savant. Dans rincubation artificielle, au contraire, il îàui trois semaines d'une attention continue pour faire les poussins, et ensuite, il faut un mois de.soins minutieux pour les empêcher de mourir. », v

Imitant la prudence raisoimée de madame de Linas , nous nous abstenons de recommander aux masses l'adoption des moyens artificiels. Il nous semble qu'Us sont toujours dans la période des essais et de Tiexpérimentation : dès lors ils n'ap« partiennent point encore à û pratique usueUe , la seule dont nous voulions nous occuper icî.

Quand un Certain nombre de poussins a réussi à sortir de ia coque, la couveuse éprouve deux sentiments qui se- contrarient. Elle voudrait bien quitter le nid'pour s'occuper des nouveau-nés et le garder pour achever de mettre au içonde ceux dont l'incubation n'est pas achevée. Il en est qui demeu-

rent en. équilibre parfait entre ces deux désirs, entrées' deux besoins ; celles4à attendent et complètent leirr œnyre. La plapart auraient une tendance plas marquée à abandonner les œufs pour se Touer exclusirement à la première éducation des poussins. -Nous avons tu comment, à Belair, on prévient cet inconvénient. Les premiers-nés ont une mère qui n'a plus à songer aux autres, et les dernières édosions n'ont point k souf&ir des impatiences les plus légitimes de la couveuse. . A aucune époque dé l'incubation , la couvée' ne doit être négligée, mais les exigences qui lui sont propres deviennent d'autant plus impérieuses que le moment de l'éclosion est plus rapproché, et l'on met de son côté des chances favorables d'autant plus nombreuses que la couveuse se trouve moins détournée de l'importante fonction qu'elle doit accomplir entière. Nous insistons à dessein sur ces points essentiels TMirce qu'on admet, comme une règle générale, que la moitié seulement des œufs confiés aux poules arrivent à bien. Que les pertes viennent des non-éclosions ou d'une mortalité précoce des poussins, le résultat est également fôcheux. Or, il est possible, no\ïs allions dire facile, de réduire d'un chififre trèsconsidérable la. proportion exorbitimte des pertes. En supposant qu'il naisse 40 millions de poulets en France, on estime que 10 millions de poussins périssent peu après la naissance. C'est trop, beaucoup trop ; il est facile, nous le répétons, de prévenir une partie notable d'un pareil désastre, d'ailleurs inconnu là où des soins raisonnes , intelligents, entourent l'incubation, l'éclosion et le premier élevage.

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