II. ^ Hjrgiène et alimentation daa petiu
Nourriture, chaleur, propreté, telles sont les conditions easentiellés de l'élevage des poulets.
Nbus venons de les conduire sans encombre jusqu'à la fin du troisi^ne jour; s'il ne &ut pas encore chanter victoire,
1ô3 POULES ETŒUFS
on est cependant en pleine veine de sucofes. Connue donc;! car tout va bien.
V. Eevenons à la nourriture. A partir du quatrième jour on donne quelques grains de blé, et successivement^ on en augiinente la quantité. Mais cène sera pas le seul aliment nouveau ; il va falloir varier beaucoup, autant que possible mêjne, ate d'exciter Taj^tit chez tous, et donner souvent, donner en saf^sance, afin que les plus avides ne puissent jamais nuire aux plus petits mangeurs. La gourmandise est une qualité profitable k l'éleveur qui nourrit libéralement; elle est fatale, aucontrairç^ à ceux qui nourrissent avec parcimonie. Dans le non^bre, iï j a toujours des fortset des faibles. Les faibles ont terriblement à souffrir des autres, quand il n'y a pas pour tous, tandis qulls se tirent fort bien d'affaire à la faveur d'un régime abondant.
Ainsi,' nourriture variée et debonne qualité, distribution intelligente et copieuse des repas, voilà le premier poiirf; rempli. Il fût l'objet des recommandations les plus minutieuses des éducateurs émérites; écoutons ceUes de M. Jaeque, parexemple, elles nous édifieront complètement. .,../.
; Après les trois premiers jours, dit-il, addition de blé tous les matins, soit par terre dans un coin, soit dans^ une augette. Depuis ce moment jusqu'à la fin de l'élevage, cette graine doit être donnée à discrétion. En outre , tous les matins, dès l'apparition du jour, pendant le premier mois, un repas de la pâtée d'œuf.
A dix beurës^u matin, un repas de millet.
A deux heures du soir, riz cmt.
. Asixheures du soir, pâtée d'œut / Lé lendemain, un des repas, celui de deux heures, est changé ; au Meu de riz, on donne une pâtée de pommes de terre avec du son ou avec du remouïage.
Le jour suivant, au même repas, on donne delà pâtée de farine d'orge, et vingt-quatre heures plus tard, on reprend le riz cuit pour suivre ensuite le même ordre. ,^ Tout ceci pourtant n'a rien d'absolu. Ce n'est qu'un exemple, mais un bon exemple. On supprimé la pâté^ à Tœuf et4ejnillet, dè8.|ft fin du premier mois, par éc(m<snie^ ^et' on les remgla^ par des graines qudœnqu^s^ des çriblm:^ dd;
. LVÉXEVAGE m
l'orgecafigée, du ^rrasin, du maïs cuit, du gros pwn, de l'a- Voine même. Cette dernière ne nous plaît pas beaucoup : à 'part qu'elle est très-échauffante, elle pousse trop au grossisjfeement des os, et donne des chairs trop résistantes, sinon coriaces. On peut en faire manger aux malingres, aux culots, en ïiyant.soin d'éviter l'excès. Le chènevis nous paraît préféral)lè, mais il est moins cultivé et partant moins aisé à trouver. N'oublions pas qu'à^ tous ces moyens d'alimentation s'ajoute à Belair l'importante ressource des herbages cuits et du frais gazon qui couvre une partie du terrain d'élevage; l'herbe y est épaisse, les insectes y pullulent, c'est une double bonne fortune qui varie çncore la nourriture et pousse vivement les élèves dans leur croissance.
Ceci nous conduit' à dire que les poulets montrent pour les substances animales, mortes ou vivantes, une avidité extraordinaire. Un penchant aussi prononce semble donner une indication précieuse à l'éducateur. On a donc conseillé d'établir de grandes fabriques de ces substances, des verminières, et de préparer convenabl^nent des viandes d'animaux abattus. Madame de Linas, d'abord très-disposéç à employer ce .genre d'alimentation, ne s'y décida point quand en regard de tpns les avantages qu'on lui prête, elle eut mis tous les inconvénients qui l'accompagnent. Elle pense que ceci n'appartient plus aux éducations ordinaires, qu'il en résulte des embarras sérieux, et qu'on n'en tire bon profit qu'à la condition de n'en point abuser. En supposant qu'<m parvienne à surmonter tout le dégoût qui naît d'une préparation en grand des viandes mortes ou de l'établissement de verminières artificielles," on se trouve encore en présence de ces trois considérations, à savoir : " .
1** Les volailles ainsi nouiries jettent des excréments qui fermentent très-vite et desquels se dégage alors une odeur Intolérable. Le poulailler s'en pénètre, et, si active qu'en soit la ventilation, on ne réi;issit pas à le rencke complètement salubre; . . . .- . :
2^ Les œufs et la chair des bêtes élevées et entretenues dé^ bette façon manquent de finesse, et ils contractent mém&souj vent une saveur désagréable : ceci ne peut être la visée dei'é^ ducatëur intelligent; ^: ..::.-.:
3^ Enfin, il j a danger à priyer les volailles de nourritare animale quand elles en ont une fois contracté Thabitade» Elle se trouvent mal d'en être privées et bientôt sont en proie à une maladie singalière qu'on nomme la pique ou le /7i<eage. Le premier symptôme de celleKsi est la recherche des plumes tombées. Les bétes les avalent après en avoir savouré la partie qui tenait à la peau ; elles se les disputent, mais cette ressource ^t bientôt épuisée. Alors elles se les tirent réciproquement, en s'attachant surtout à arracher les nouvelles au fur et à mesure que les tuyaux reparaissent. Leur ardeur s'accroît dès que, à l'extrémité de ceux-ci, elles trouvent quelques gouttelettes de sang. C'est le point de depart d'une aggravation très-menaçimte. c Des tuyaux elle s passent à la peau, dit M. Jacque, de la peau, à la chair et le parc n'offre bientôt plus qu'un hideux troupeau de bêtes sanglantes et en lambeaux, qui finissent par périr sans avoir pu rapporter un seul œuf.
H y a pourtant un moyen de faire entrer de la nourriture animale dans le régime de la volaill^. Oe moyen s'est rencontré dans l'emploi d'un poulailler roulant. Or, ce genre d'habitation, assez récemment introduit dans les éducations de Belair, nous occupera spécialement dès que nous en aurons fini avec les boîtes qui doivent être, nous l'avons dit, chaudes et propres.
Les élèves n'ont pas moins besoin que les adultes de respirer un air pur, constamment renouvelé, mais ils éprouvent à un plus haut degré le besoin d'une température toujours égale. Seul le thermomètre peut convenablement renseigner à cet égard. On ^t à Belair un fréquent usage dé cet instrument : il y en a dans les poulaillers, dans le couyoir et sous l'un des petits hangars qui abritent les boîtes à élevage. Ils y sont et on ne manque pas de les consulter; c'es6 ainsi qu'on y est toujours au courant des variations de la température.
M. Jacque ne se montre pas moins minutieux en ce qui regarde l'aération des boîtes qu'en oe qui touche à l'alimentar tion, et toutes ses recommandations ont reçu la. sanction de l'expérience. Pour les plus jeunes, il veut que les deux panneaux restent fermés tant que le thermomètre ne s'élève pas à
L'ÉLEVAGE • m
pins de 1^ degrés aa-dessns de 0. L'air entre seulement alors par la Titre de l'un des panneaux, oayerte pendant le jour et lefermée.poor la nuit jusqu'à huit ou neuf heures du matin. Encore n'aoeorde-t-il ceci que si le thermomètre se maintient au moins S 8® + 0; au-dessous de cette indication, il se prononce carrément pour la fermeture absolue des panneaux et des Titres. Si la saison est chaude, au contraire, on aère da? yantage. Tout cela dcTlent élémentaire.
Yers le huitième jour, les plumes de la queue et des ailes comm^coit à pousser; c'est une sorte -de crise, mais sitôt qu'elles apparaissent, on regardé la couTée comme sauTée. Sœurette, cette fois encore, se trouTe débarrassée d'un souci. Les soins dont elle entoure les petits ^e parriennent pas à" endormir ses inquiétudes; elle Toit chez les Toisins des pertes si nombreuses qu'elle en fait toujours le prétexte d'une sur? Teillance plus assidue. Pourtant les choses Tont encore* toutes seules ici, la crise passe à sa plus grande satisfaction et les élèTCS marchent à souhait. Mais elle est prudente toujours; eUe ne laisse pénétrer qu'à bon escient l'air extérieur dans les boites, et elle n'en laisse sortir les enfants que lorsque le thermomètre marque tempéré. Us clabaudent, les Tauriens, ils emplissent l'air de réclamations, d'assourdissantes clameurs et de tItcs récriminations, mais rien n'y fait. Forte de son expérience. Sœurette s'éloigne en se disant : c Criez, criez mes petits, ça déTcloppera tos poumons; j'aime mieux tous exercer ainsi à la patience pendant de longues journées que de TOUS entendre piailler de froid seulement pendant une heure dehors, > Et scm langage est sensé; elle souffrirait autant que ses petites bétes si elle leur Toyait une posture transie , et elle ne les expose pas sciemment aux e&ts du froid. '
Plus tard, à partir de l'-Age d'un mois, si la saison est bonne, de six ou sept semaines, si eUe est moins faTorable, on est beaucoup moins regardant. H ne s'agit pas de les éleTer dans la ouate, ces pauTres bestioles du bon Dieu, on se borne à les préserTer de la froidure tant qUe leur plumage ne les protège pas suffisamment. Yoilà donc que le moment approche où, se réglant toujours sur le temps qu'il fidt, on donnera plus d'dr, où l'on tiendra plus souTent et plus long-
temps onvertB vitres efc panneaux, où chacun^ allant et Tenant librement, se met ai chasse assez matin pour aller picorer rherbe/ saisir une foule d'insectes et faire chère lie. ^
Les voilà donc qui grandissent et qui de moins en moins -écoutent la voix de la mère, pauvre recluse qu'on n'oublie pas de soigner, afin de la consoler un peu de l'ingratitude ^iale. EUe s'y accc^tume si bien, à la fin, quand elle a pu se' rendre compte qu'elle n'a plus aucune autorité ^ur sa progéniture, ^u'un beau jour elle cesse de l'appeler; c'est un signe, et ce >signe, il ne &ut pas le méconnaître ; il anncmce une indifférence de courte durée, bientôt remplacé^ par une sorte de répulsion qui n'est pas sans danger pour les jeunes, car elle leur attire de rudes forions et jusqu'à des blessures. On n'attend pas que les effets de. la colère ou du dépit se manifestent aussi cruellement ^ on retii'e la mère dès qu'elle a rempli son of&ce, dès qu'elle a complété la première éducation de ses petits, et où la rend à sa destination, la production des œufs, en la replaçant parmi ses andennes compagnes.
Les poulets sevrés demeurent ati terrain d'élevage; la boîte leur sert d'habitîdjion jusqu'au moment où il sera possible de les envoyer tous aux chaîaps à là suite d'un poulailler roulant. On enlève les deux grillagea, qui n'ont plus aucune fonction à remplir ;, oh les accroche à l'un des murs du hangar après les avoir Wen nettoyés une dernière fois.
: Le nettoyage journalier des boîtes, voilà encore une opération importante à laquelle Sœurette ne souffrirait pas que l'on apportât ni retard nî -négligence. L'aire est toujours couverte de sable très-fin dont un approvisionnement existe toujours suffisant sous le hangar et dans une fosse à ce destinée. Liutile d'ajouter qu'il est parfûtement sec. Il forme une couche saine et salubre pour la mère et pour les petits ; les fientes en «ont immédiatement enveloppées et ne salissent pas Jes animaux. , j ; Le' nettoyage se &it tous les jours, au moyen du petit instrument représenté par la gravure 32, C'est une simpte planchette à rebords sur trois côtés, qu'on glisse par devant sous 1q plancher de la boîte, et sur laquelle, à l'aide d'un petit râteau, on attiré d'abord tout ce qu'on p^ut recueillir ^ restes de la nourriture, lesquels, placés dans une boîte
spéciale, sont distribnés aux troupeaux du grand poulailler ; puis toufc le sable qui a été sali ou mouillé, et que l'on jette dans une brouette pour le porter ensuite à la fossé aux fumiers. On remet du sable neuf et Ton ne passe à une autre boîte qu'après avoic très-rigoureus^ent et très-minutieusement approprié dans toutes ses parties celle par laquelle on a oommimoé. •
. Quand les poussins doivent sortir, on fiioilite leurs allées et Tenues du dedans au dehors et réciproquement en établissant, au mcfyim d'un ga&on, un léger tabis du bord extérieur de la boite au soL JE^s tcurd, la précaution devient inutile, mais elle est indispensable pour commencer. D'aucuns fecommantient de larer, au nioins une Ibis par semaine, les parois intérieures de la boîte. SocnretCe n'approuve pas cette opération d'une manière absolue; elle n'aime pas l'humidité dans l'habitation des petits. Nous partageons son sentiment, et nous dirons avec elle que s'il n'y a point à hésiter sur l'emploi de l'éponge mouillée quand le nettoyage ne peut se faire complet sans cela, il n'y à pas lieu pourtant de le faire intervenir sans niifi réelle nécessité;
Grat. 52. — Planchette pour le nettoyage de la boite à élcnrage.
' -C'est quand les boîtes cesseront d'être habitées qu'elles de- •'Viendront l'objet d'un nettoyage encore plus attentif, qu'on 'leur fera toutes les réparations utiles et qu'on les tiendra Complètement à l'abri dès intempéries en les plaçant tout au fond des hangars.
" Mais nous n'en sommes pas encore làk
m. — lA poule et lee pooMins dam les petites éducations
L'emploi de la boite à éleyage destitue en partie la poule des fonctions et dn devoir de la maternité. H a de très^réels avantages, mais il n'est pas général et ne nous a pas fbnmi l'occasion de tracer le tableau des soins particuliers que la ponle prend de ses petits.
Dans les petites àincationSy on agit envers les premiers-nés, comme nous l'avons dit, on les lidsse sons la couveuse sans s'en occuper autoement. Toutefois, s'il j a trop d'in^alité dans les éclosions, la faim commande et on les voit passer leur petite tête bien éveillée à travers les plumes de la poule. Alors on les prend et on leur donné des miettes de pain très-fines qu'ils finissent pur becqueter. Beaucoup de ménagères forment une pâtée à l'œuf, et montrait une grande prédilection pour celle qui contient du vin. Celleci est plus particulièrement réservée aux plus feâbles, afin de les mettre aussi vite et autant que possible au niveau des aînés.
L'éclosion terminée et toute la couvée bien dégourdie, on place la mère sous une mue, c invention cruelle, dit madame 0. Millet, mais trop souvent nécessaire pour n'en pas recommander l'usage >. La mue a été le premier pas vers la boîte à élevage, qui est la perfection du genre. Tout le monde connaît ce petit meuble, sorte de cage conique de 1 mètre de haut sur 3 mètres de circonférence, faite à claire-voie et en osier, & travers les barreaux de laquelle les petits peuvent seuls passer librement. Comme lorsqu'elle est enfermée dans la boîte, la pauvre mère voit ses poussins courir & l'aventure, au-devant des hasards et des accidents qui les menacent, car la cage se pose ici ou là, et non plus en un terrain spécial à l'élevage ; elle montre une vive inquiétude, les exhorte à revenir près d'elle, à ne pas s'exposer davantage, et son bonheur est grand quaiid la famille se rallie tout entière autour d'elle ou sous elle^ mais ce bonheur est généralement de courte durée. ^
On en use d'ailleurs avec la cage comme avec la boîte j on l'abrite contre le froid et l'humidité, les deux chosQS que
l'ÉLEVAGC 165
redontent les plus petits; on la porte Tolontiers au soleil et, s'il est trop ardent, on la couvre ou d'une toile ou simplement de paille longue et saine. On dépose sous la mue ou en dehors le boire et le manger^ sans oublier de nourrir conyenablement la mère, que l'incubation a nécessairement
fatiguée.
Quand les poussins ont fini de manger, on les remet dans je panier où la corbeille qtii a servi de couvoir, et on agit de même avec la mère si elle ne vient pas d'elle-même reprendre sa place. Si elle témoignait du désir de se promener trop souvent , on prendrait la précaution de la couvrir, surtout si la température était froide. Souvent le panier est remplacé par un nid de paille douce, préparé à terre, et duquel les petits, au bout de quelques jours, peuvent sortir seuls, ils y rentrent de m^e, et alors la ménagère est exonérée de nombre de petits soins; la couvée elle-même se trouve garantie contre nombre de culbutes qui ne sont pas toujours exemptes de suites fôcheuses.
. Nous n'avons plus rien à dire ni de la nourriture ni de la propreté si ce n'est que les petites éduct^ions laissent trop souvent à désirer sous ces deux rapports; inais nous voulons suivre la mère dans l'exercice de ses fonctions. Elle n'en a pas fait l'apprentissage et pourtant avec quelle perfection elle les remplit!
Ses petits ont déjà grandi; les voilà assez forts pour qu'on les lui abandonne tout à fait. Elle est fière de sa couvée, elle ne cesse pas un seul instant de s'en occuper activement ; elle n'existe que pour elle. « Tantôt, dit M. Mariot-Didieux, elle conduit ses poussins en les invitant à la suivre, en les rappelant par un gloussement bas et répété; tantôt elle s'arrête pour les recevoir sous ses ailes qu'elle entr'ouvre en s' jiccik)upissant et les réchauffer sous ses plumes qu'elle hérisse; elle souffre avec une douce satisfaction que les uns se jouent sur son dos, et que les autres la becquètent : eUè Bè prête à tous leurs mouvements auxquels elle parait se plaire ; elle leur abandonne ou au moins elle leur partage là nourriture qu'elle a trouvée, en les appelant par une intonation de voix bien comprise ; eUe leur distribue, comme totis le» animaux, la plus délicate et ensuite celle qui l'est moins.....
163 P0U:LES et œufs
« Si la picoréé qu'on distribne aul poussins manque /la mère gratte ]tk terre ponr y déeoiryrir «t en tirer de» vers^donfr les petits sont friands. EUe met tant d'ardeur à gratter qu'elle oublie le poussin qui est derrière elle; il Iti arrive souvent ^ dans son ardeur^ de le maltraiter avec ses {jattes.
e; Rien de comparable, en vérité^ aux. occupations d'une poule qui éièvé ses poussins. » '
Dans les petites éducations, la poule emploie généralement de deux mois et demi à trois niois à l'incubation eà, au premier élevage des petits. C'est bien long; c'est trop long. On peut gagner de dix à quinze jours sur ôe délai : la chose en vaut bien la peine. La poule cochinchinoise ne garde guèi:e que vingt-cinq jours ses poulets ; notre poule commune les quitte rarement avant qu'eux-mêmes l'abandonnent plus ou moins. Choyés de toutes façoïis par elle^ ils se laissent faire jusqu'à ce que la lassitude arrive. Ils se suffisent beaucoup plus tôt à eux-mêmes ; lorsqu'on les laisse Ubres (sonùne ils le sont par le système de la boite ^ et la poule revient plus tôt à là^ ponté. Ou feit un grand mérite à là poûk de Nankin de se détacher aussitôt de sa couvée; ce mérite n'est point une qualité inhérente à la race : la mère abandonne ses petiti dès qu'ils, sont en état de se passer d'elle, dès qu'elle sait qu'elle ne leur est plus utile. Bien nourris, les poussins n'ont aucun besoin que leur mère reste aussi longtemps leur pourvoyeuse; là est le double secret du sevrage précoce ou du sevrage tardif.
rv. — Le triage des poulets.
- A trois mois on mange les poulets en primeur, sans préparation particulière, sans engraissement spécial, vouloris-nous dire , à la condition pourtant qu'ils auront été richement nourris au grain.
Il serait difficile de les foire entrer plus rapidement dans la consommation. Quand on a en vue ce genre de spécuhition, on pousse les élèves aussi hâtivement que possible vorâ le ré^ gultat cherché. Le but est d'arriver vite alSn de vendte pluâ cher et d'accroître 4'atitant les bénéfices de l'életage. Dans cet cas, on choisit les produits les mieux réussis le^ plus dév^o"^
pés, les pins beaux : ce sont les premiers^ qu'on éloigne; ceux qui viennent après eux ont encore de la valeur, mais les derniers^ le fretin «h quelque sorte, ne demeurent que trop long- •tempe dans labasse-cour, heureux encore quand ils ne sont pas aillés à en renouveler la population.
Il y a un autre mode de triage : complètement opposé k celui-ci , il se propose au contraire , d'écarter en premier lieu les moindres, les chétifs ou les mal conformés. C'est celui qu'on applique à Belair où l'on ne veut pas garder les boudies inutile y où l'on s'efforce de composer des troupeaux d'élite. ; ; •
A trois mois donc, on opère comme nous venons de dire^ en vue de l'avenir^ sans préoccupation de l'intérêt du moment. Cependant, le choix^des œufe coûfiés aux couveuses ayant été &it avec soin, l'incubation s'accomplissant dans les meilleures conditions et l'élevage étant l'objet des attentions les plus soutenues, il y a peu de malingres et de mal bâtis à Belair où les premières réformés sont de beaucoup supérieures aux ani* maux qui, dans l'autre système^ restent les derniers. On lea vend donc assez avantageusement* On réduit alors les fraia d'élève et on les réduit d'autant plus qu'on éloigne tout d'un coup la plus grande partie des mâles, n'en réservant juste que le double du nombre destiné à vivre autant que vivront les poulettes, devenues poules pondeuses. C'est plus tard qu'on écarte les jeunes coqs dont l'humeur batailleuse porterait le trouble dans le troupeau tout en donnant un mauvais exemple» Par suite de ces éliminations successives, on ne garde que les beaux, les bons et les paisibles.
Les réformes opérées à trois mois ont un dernier avantage fort appréciable, celui de laisser plus de place dans les boîtes aux bétea conservées.
Une. fois séparés de la mère, les petits s'aventurent plus au loin, ils étendent leurs excursions et font plus ample connaissance avec les voisins en compagnie desquels ils explorent en long et en large tout le terrain d'élevage. Es se visitent mutuellement, jasent ensemble, se racontent les nouvelles, cancanent un peu, se lient d'amitié en picorant de conserve et se préparent ainsi, sans y penser, à.la vie commune. qui les attend.
Ils ont tout près de six mois lorsqu'elle commence ponr eoxy à la suite du poulailler roulant dont nous allons parler et qu'on n'emploie à Belair que depuis cinq à six ans. L'éleyage s'y complète. Lorsque le troupeau rentre, il ya droit au poukdller des plus yieux, que des rentes répétées ont vidé peu à peu.
Très-ferme en toutes choses et jusque dans les moindres détails sur les saines recommandations de la sdence, allant de pair avec la bonne pratique à la conquête des améliorations, la baronne de Linas s'est montrée; au contraire, fort réservée, touchant les innovations que l'ei^rience n'a pas encore sanctionnées. Elle avait été dès longtemps frappée des avantages attribués au poulailler roulant, avantages pour les récoltes et pour la multiplication des volailles. Elle savait que le premier essai de cette machine, fait en Picardie, il y a quelque quarante ans, s'y était renouvelé avec utilité et eue prêta très-sérieuse attention aux efforts tentés plus récemment en Seine-et-Marne par un praticien émérite en faveur d'une adoption plus généralisée de ce mode d'éducation et d'entretien économique des poules. La petite brochure de M. Giot atné, La Foule aux œufs éTor, la manière dont les écrivains agricoles en ont parlé, les résultats obtenus à Chevry-Cossigny, lui donnèrent à penser et lui firent vivement regretter de n'avoir pas la libre disposition d'un beau domaine sur lequel elle pût envoyer paître ses élèves de cinq à sixmois sur les chaumes, immédiatement après la rentrée des moissons. L'idée du poulailler roulant lui souriait, elle y avait confiance et ne désirait rien tant que d'en avoir un, que de pouvoir l'utiliser. Sa pensée y revenait sans cesse, elle en parlait aux uns et aux autres, mais rencontrait peu de sympathie parmi les cultivateurs un peu routiniers de Ohamy.
Tous redoutaient la poule dans les emblaves j ils l'auraient
penirétré bien laissé aller derrière la charme, mais la semaiHe Tenant, c'était nne antre affaire. On écoutait ses discours sans impatience, car elle était aimée et honorée, mais on restait^ ferme dans l'opinion que la ponle est nécessairemeiït nuisible aux champs/ Il n*y avait rien à gagner de ce côté et pourtant madame de Linas ne se lassait pas, elle combattait toujours pour la réussite de son idée.
^ iEUe répétait aux uns ce que M. Oh. Bazin ayait raconté, à sayoir : les cultiTateurs des environs de Domart en Ponthieu (Picardie), ont pris Thabitude de voir des bandes de poules dans leurs champs sans s'en inquiéter aucunement. Ils ne cher(5hent |)as à calculer ni le nombre d'insectes ni la quantité de mauvaises graines déistes , ils sont heureux de se dire que Tengrais laissé éur les terres, si minime qu'il soit, leur est certainement favorable; cependant, là où les glaneurs ont passé et, après eux, les moutons, combien encore de grains de blé et d'atoîne? Combien aussi de graines de mauvdses herbes! Les i)remiers germant sans profit, les secondes se reproduisant pour fatiguer et infester les terres. Le troupeau de poules arrivant, rien n'échappe à sa recherche, car l'oiseau a l'œir perçant. Dans les terres remuées par les labours, que d'insectes sous toutes les. formes, poules et canards sont appelés à détruire larves, insectes par^ts, insectes à l'état dormant; ennemis, les uns des racines, les autres des feuilleB, de la fleur et de la graine, depuis le ver blanc jusqu'aux plus microscopiques espèces, telles les cécydomies, par exemple, si dommageables ati blé dans certaines années.
Si l'on pouvait bannir de vos champs, disait-elle avec une conviction sincère, certains oiseaux qui, ainsi que le corbeau, mangent le bon grain avec le mauvais, font périr la plante en détruisant l'insecte qui lui autait nui, et si on installait à leur place des poules disciplinées qu'on éloigne à l'heure voulue, .avant qu'elles aient pu causer aucun dommage, on aurait ^ certes, résolu le difficile et important problème de la suppres- .sion de redoutables ennemis.
 d'autres elle montrait une fois les ravages exercés par le ver du hanneton sur les jeunes blés; un peu plus loin et plus tard, elle constatait que les limaçons, qu'une foule d'autres pa-
17<> - f OU LES Er IÇOFS: - ^
rasites , avaient levé une dîme anticipée daim les ens^ioDBneements éclaircis des marsages^ des colzas^ etc. Â ra^inroche de ù floraison des plantes, c'étaient le^ chenilles, les araignées^ leQ pucerons y les coléoptères de toute sorte, qui, au lieu de servir de pâture aux poules, dévoraient et le jour et la nuîl^ les plus riches espérances de la récolte. Et les prfari^s donc?. Est-ce qu'elles sont plus exemptées? L'enùemi abonde, là" aussi, dans les meilleures autant et plus que dans les médiocres; le fait devenait plus facile à vérifier après les {ornières coupes, et rinfatiguable baronne n'y manquait pap; ïuaintes occasions se présentaient encote, elles les trouvait dans les invasicms nombreuses et plus ou moins fortuites de larves, de aauterelles, de hannetons, de qigales, de grillons, de mulots, de. musaraignes, de crapauds, de lézards, de couleuvres, toufe^ bestioles du goût des poules, -^
Mais nous l'avons dit, tous ses efforibs étaient restés stériles, elje n'avait pu obtenir l'autorisation d'établir un poulailler roulant sur le territoire de Chamy.
Elle y avait donc tout à fait ïencmcé quand le mariage de mesdemoiselles Marthe et Mary, recherchées en même temps par les deux frères, riches propriétaires terriens du voisinage, lui permit de réaliser enfin un rêve si longtemps caressée
EUe fit donc construire un poulailler roulant, sûr le modèle de celui de M. Giot et dont voici tout à la fois la figure et la description (grav. 83). '
Il a 6 mètres de longueur, 2 mètres de largeur et 2 mètres de hauteur, proportions plus que suffisantes pour le logement aisé des 350 à 370 élèves qui doivent y passer quatre à cinq mois au plus , sous la surveillance d'un homme de confiance.
Le devant forme une chambre séparée par imé cloison; elle a sa porte d'entrée et une fenêtre, et diminue de 1™,20 la longueur du poulailler. Elle sert de dortoir, de lieu de repos au gardien; elle peut remiser des paniers à œufs, tous les ustensiles nécessaires au nettoyage, seaux, pelles, balais, etc. En arrière, il y a une porte à l'instar dé celles des omnibus fermés, avec escalier. A l'intérieur, il y a un chemin libre au milieu, à droite et à gauche senties juchoirs établis sous la formé de ceux des poulaillers de Belair, et non comme les représ^te ceux de la figure.
LE POULAILLER ROULANT ' fil
Il y ft dea cases flnp^-poeées sur trois rang?. Oa poimait y
^re coareri.leB pooseins trouTeraient à se loger an rez-dô-
çàauflséej les conveusM occtiperaient le rang qui vient iœmé.diatemént aa-deeBiis;'le8pondenBea irdent pîna haut. Pour
Tusage particulier qu'on eirfait à Belair, les poulettes qui commencent à pondre à la fin de la saison on^ le choix. Dès le début pourtant, beaucoup se logent encore au rang le moins élevé des cases; plus tard, toutes s'einparent des juchoirs où elles se trouyent sans doute plus commodément encore.
Le gardien n'a pas grande fatigue ici; un seul homme pourrait suiïïre'aux soins et aux travaux que réclament trois de ces poulaillers. Us peuvent effectivement marcher de ôront en les tenant à 100 ou 200 mètres de distance.
Le gardien actuel du troupeau de Belair est un pauvre orphelin, presque idiot, pris en belle et compatissante affection par mademoiselle Louise, qu'il comprend à merveille, et dont n prend plaisir à écouler les recommandations, dont il exécute ponctuellement les ordres. Le pauvre Mathieu doit avoir entre quinze et dix-huit ans, il est physiquement aussi laid que Quasimodo, dont il porte le nom sans qu'on sache qui le lui a donné. Pour la force, c'est une manière d'hercule, capable d'assommer un bœuf d'un coup de poing; il fait peur aux en&nts, auxquels il ne dit jamais un mot pourtant. Sa manière de parler est une sorte de grognement qui s'adoucit d'une façon étrange pour sa jeune protectrice. Pendant une maladie assez grave de l'enfant, et heureusement pour lui fort courte, il refusa pendant deux jours toute espèce de nourriture. Il ne se rasséréna que lorsqu'il la revit debout et qu'elle put lui donner ses instructions. Quand il n'est pas dans les champs de la Béraudière, avec le poulailler roulant, il aide ou Sœurette ou Simon, envers qui mademoiselle Louise lui a dit d'être attentionné et docile. C'est un excellent berger des poules et tous ses élèves prospèrent à souhait sous la double influence d'une bonne alimentation et d'une excellente hygiène.
Tandis que ceux-ci courent, le matin de très-bonne heure, & la recherche de leur premier déjeuner, Mathieu nettoie les juchoirs, les cases qui auraient été salies, le plancher, et répand sur le sol, en l'éparpillant, le produit du balayage; puis, au moyen d'un câble et d'un cabestan, convenablement établis, il fait avancer la machine roulante.
Le soir, il prépare l'eau nécessaire pour les besoins du lendemain; il a recueiUi les œufs quand quelque poulette a dé-'
buté dans la carrière de pondense. Le premier de chaque année est inYariablement remis en mains propres à mademoiselle Looise, qui le reçoit avec des témoignages de réelle sa^ tisfiEUïtion -et donne en échange nne petite gratification, accompagnée de félicitations dont Mathieu se montre fort touché et reconnaissant.
Il a pour utile auxiliaire un bon chien, son ami, qui loge sous la Toiture et yeiUe pour lui la nuit, ou le remplace jusqu'à un certain point, pendant les absences obligées de la journée, À rapproche de l'heure du coucher du soleil, les poulets disséminés çà et là dans un certain rayon de leur demeure reviennent sur leurs pas, bien repus et désireux du repos. Ils rentrent successiYement, mais Mathieu surveille les retardataires. Sa vigilance s'est exercée aussi pendant la journée. H connaît toutes ses bétes qui le connaissent aussi. Le lendemain, à l'heure matinale de la sortie, il saura s'emparer du jeune coq qui ne sait pas être paisible et peu à peu il parviendra, suivant les indications qu'il a reçues, à éliminer le tr(^plein jusqu'à ce qu'U ne reste que trois cents poulettes et une trentaine de mâles. Les réformes sont portées ou envoyées à Belair où se font les ventes. Lés animaux ainsi écartés en dernier lieu sont fort recherchés, très-demandes et vendus à bon prix comme reproducteurs de dioix, af^artenant à une race ^cellente et constamment épurée.
On ne saurait croire à quel point le régime du poulailler roulant est favorable au développement et à la perfection des individus. Aussi, la baronne est-elle plus que jamais de l'avis de M. Giot, l'ardent promoteur de ce mode d'élevage et d'entretieUé Elle pense avec lui que partout où la propriété est divisée, il y aurait avantage pour les cultivateurs à payer un entrepreneur de poulaillers roulants et à en établir dans les terres plutôt que de s'en passer. Car la contre-partie des heureux effets que le régime procure aux troupeaux, c'est de sauv^arder les récoltes des colossales déprédations des insectes. On paye, disent-ils tous deux, les spécialistes qui se livrent à la chasse bien plus qu'à la destruction des taupes, il serait bien autrement profitable de payer pour la destruction de toutes les sortes d'insectes qui dévorent les plantes cultivées.
un - POULES tt ŒiJT» - :
:' Koitfi ajouterons nous : réchenillage est sîmat exéoiitéqu'à lie tend pais de grands services, tout obligatoire qn'il est. En quelques contrées, on a dû prendre des mesures tendant à là destruction des hannetons par la chasse faite aux rers. Le séjour des poules dans les champs aurait une bien autre efficacité pour la destruction des myriades d'ennemis insaisissables et contre lesquels rhomme ne peut rien tenter de sérieux sans la volaille, pour qui cette tâche serait un moyen de réelle prospérité. Or, nous avons vu à quel point son éducation bien entendue assure de bénéfices à réleyeur.
• A Belair, on se trouve à merveille de l'emploi du poulailler roulant, qui quitte rétablissement aussitôt que la moisson enlevée le permet et qui y rentre en général fin novembre ou courant de décembre, selon que les froids sont plus ou moins précoces. •
' Pendant tout le premier mois de la prise de possession du grand poulailler, le jeune troupeau est tenu moins chaudement que les autres, et on ferme moins complètement les persiennes. On ménage, pour tout dire en un mot, une transition nécessaire entre la vie libre et quelque peu vagabonde d'hier, èfc, Fexistence un peu plus circonscrite d'aujourd'hui. Toutefois le parc est assez étendu et la ventilation assez active dans le poulailler, bien complètement nettoyé, reblanchi à la chaux et longuement aéré, pour que le passage d'un régime à l'autre n'amène jamais ni accidents ni maladies, deux choses également rares à Belair.
^ Toute production exige une matière première.
Les aliments sont la matière première de la production animale, comme les engrais sont la matière première de la produc» tion végétale. Nul n'aurait la ridicule prétention de tirer d'abondantes récoltes d'un sol épuisé, à moins de rétiftUir sa
LÀ NOURBITURET DKS AJ>ULTES 1^5
ipnissaaice productive par rapport d'une masse suffisante de jmatièrès organiques et minérfdes nécessaires à la nutrition et & la complète évolution des plantes. Nul ne saurait non plus ATOk. la prétention d'obtenir de riches produits, une rente élevée, d'animaux auxquels on ne fournirait pas en suffisance J^' jni^tériaax apjnrc^riés à leur nature et dans . lesquels ils •peuvent seulement puiser tons les éléments de la fabrication qui lettr est propre.
La poule ^ manufacture vivante, comme tout animal. quelconque, doit manger pour s'entretenir elle-même dans sa forme, et pour transformer ensuite l'excédant de nourriture qu'elle ^t.apte à prendre, soit en viande et en graisse, soit en œuft, toutèsxhoses dont profite le maître, l'éleveur.
La nourriture, tel est donc le grand £EUïteur de l'animalité ; ia digestion et la. nutrition, telles sont les sources actives des divers produits qu'on attend de la culture d'une espèce ani- -male donnée. , > .'
Noos avons dit quels sont les besoins particuliers des jeunes, nous n'avons phis à nous occuper ici que de l'alimentation des adultes.
< X. — Xid poule Ubre.
Là poule étant omnivore, son alimentation est diose bien jdmple quand elle peut aller et venir, vagabonder tout le jour À son aise. Celle qui vit librement dans les cours des fermes et dans leurs environs-, qui peut visiter à sa guise les écuries, .^pl(»:er le voisinage de la cuisine ou de la salle à mimger, jl'arréter sur les ftiqiiers, courir à une certaine distance dans jk^ rues, dans les chemins, sur les terrains vagues, dans les vergars, dand les chaixips, dans les prés, celle-là gratte partout «t trouve partout quelque victuaiUe. Au besoin, elle s'ingénie, :pénètre dans pn dos ou dans un grenier, en dépit des défenses 4e la loi, et ne revient de la picorée que le jabot plein ou. à peu près. Tout lui a ^ boû; mais qujs de choses peines Ban« j9es- profitables reôherdiec^ elle utilise au profit de l'éducateur gu du fermier ! Bien n'a ^^ppé à son atténliioix ; les grains tombés, les grains germes, l'avoine mêlée à la fiente des che*
vaux, les éplnchnres de légnmes^ miUe détritus, des myriades d*inôectes qni restent inyisibles pour nous et qui pullulent sur tous les points^ la mauvaise herbe qui croit toujours et qu'elle trouve près des murs, dans les interstices des pierres, au bord des fossés, autour des murailles, partout.
En vérité c'est un rude épluèheur que la poule, mais c'est, avant tout, un actif nettoyeur, un précieux destructeur de matières plus ou moins malfaisantes. A ce point de vue déjà^ elle nous xend d'importants services.
En courant ainsi, elle se nourrit en partie, et si bien que, pendant la belle saison, il y a vraiment peu à lui donner. Elle se trouve bi^n de la grande variété des aliments qu'elle consomme et .coûte peu alors. Il y a néanmoins néo^té de se rendre ccnnpte d'un fait. Les ressources extérieures sont-elles en rapport avec le ncmibre des habitants du poulailler ? Leur état d'une part, et d'autre part le produit rare. ou abondant de la ponte rendent raison à cet égard. L'éleveur doit suppléer au déficit dans la proportion des exigences qui ne sont pas remplies. Telle doit être la mesure de son intervention en tout temps. Alors on leur distribue une ou deux ibis par jour, à des heures toujours les menées, des déchets de grains, des criblures, du sarrasin, du millet, de l'orge, du froment, de l'avoine, du riz, etc., en ayant l'attention de ne pas donner au delà du nécessaire, car il est bon, dans l'élevage libre, que la volaille conserve la bonne habitude d'aller un peu cherdier sa vie. On aura soin de varier les aliments quand les ressources diminueront au dehors et de faire intervenir à tem^ra les racines coupées menu (betteraves, pommes de terre, topinambours et rutabagas) crues ou cuites et écrasées «eule& ou mêlées de son, les résidus de la laiterie, etc. Il faut aussi qu'on sache que les grains favorisent plus la production des œu&, et les autres aliments la production de là viande. Les poules trop grasses pondent moins. L'économiô animale observe b kA de la division du travail Chez là poule -t^op occupée à fSEkbriquer de la graisse, la production des œuft est en chômage et réciproquement. Un ouvrier n'a que ses deux maiiis : s'il les applique en m^e temps à un labeur quelconque, celui qui est en instance attend forcément où reste en souffrance^
O'est anx mêmes henres^ disons-nons, que les repas doivent
être offerts aux poules, aux mêmes heures et toujours à la
même place, dans le voisini^ du poulailler, sur une surface
propre, convenablement balayée, et où les bêtes ne soient
point dérangées. Les poules se font bien vite à la r^nllEtrité ;
dles sont exactes au rendez-vous, auquel elles arrivent cons-
tamment les premières. CTest une bonne occasion pour les
•passer en revue, pour les compter, pour constater la situation
•générale du troupeau. Un coup d'œil est bientôt donné à l'en-
senAle, mais l'attention se fixe sur celles qui offriraient
•quelque particularité, sur les malades, par exemple, ou sur les
absentes. A côté du manger il &ut le boire> de l'eau fraîche
et pure, et souvent renouvelée.
Oeci est Tafi^re de la personne qui se consacre spécialement aux soins de la basse-cour. Les poules la reconnaissent bien vite, elles l'affectionnent même beaucoup, pour peu qu'elle soit attentive et douce, qu'elle les attire d'une voix caressante; elle ne les effarouchera jamais par des mouvements brusques et saccadés. Elle les compt^tk de temps à autre, le matin, en leur ouvrant la porte au poulailler, d'où, ce jour-là, elles ne pourront sortir que l'une après l'autre; mais elle &it sa ronde le soir, avant de fermer cette j)orte, afin de s'assurer que le coq n'a pas négligé de faire joindre une indisciplinée ou de feire rentrer quelque retardataire. C'est ainsi qu^n prévient les pertes et au'on organise efficacement le refus de l'impôt , Danois assez lourd, que les oiseaux de proie, que le renard et la fouine, rusés chasseurs et voleurs éhontés, prélèvent sans se gêner sur la négligence*
n. — La potila parqué*.
La poule resserrée dans une étroite basse-cour n'a pas l'occasion des bonnes aubaines qui deviennent le partage de la poule libre. Il en est qu'on tient ainsi en charte privée, ce ne sont pas les plus heureuses. Au moins faut-il leur donner les meilleurs soins et racheter, par ce côté la suppression violente du libre arbitre» Celles-ci doivent être complètement nourries sur place ; on n'aurait aucun intérêt à les priver. Ne dépensant
I'78. : POULES ^TjCEUFS
rien ail dehors, tout ce qu'elles consommeront se retronirera en produits quelconques, ceûfis ou yiande.
Elles ne demandent pas un autre choix d'aliments que les :autr^, mais plus de variété en toutes saisons. Elks ont surtout besoin qu'on leur apporte des aliments verts, de la salade, •des choux, de Toseille, des épinards, le tout haché menu, afin d'éviter le gaspillage. Il feut le dire, bfea que kiait ne soit pas à son avanti^e, la poule est essentiellement gâcheuse. Au* tant elle cherche avec soin et se réjouit* de la moindre trouvaille dans ses excursions vagabondes et intéressées, autant elle a peu de souci d'utiïïser ce qu'on lui apporte en abondance. Elle^st.açtive et travailleuse quand on la laisse faire, aller et venir ; mais elle manque d'ordre , d'économie et de prévoyance quand on la' tient de trop près , quand on lui* impose une réclusion qui n'est pas du tout de son goût. C'est i l'éleveur à prévoir pour elle; elle le sent et ne se préoccupe ^î de lui venir eii aide, ni de simplifier sa tâche. D'ailleurs, elle s'accommbde à peu près de tout. Ainsi les sarclages frais -dès jardins lui conviennent. Seulement, pour éviter qu'elle les •gaspille, comme elle fait si volontiers de toute verdure, on les lui présente ^n petites bottes qu'on suspend à sa portée. Sous cette forme , le trèfle et la luzerne sont toujours goyeusepent acceptés. On peut donner, sans craiodre d'être mal accueilli, des résidus de betteraves provenant des distilleries, l'orge des brasseries, les marcs de raisins, des pommes, des fruits de.tou^s sortes parmi ceux qui se gâtent, et puis toutes les pâtées imaginables , notamment celles que l'on compose de son et de racines cuites. Le hanneton, toutes les espèces de vers, la desserte des tables sont de grands régals, à la condition de n'en pas abuser. La poule est très-Mande de ces morceaux de choix, mais si elle en fait un usage trop exclusif, trop longtemps prolongé, nous l'avons déjà dit, elle ■Ê'offirîra plus' à la consommation ni œufs délicats, ru chair •succulente. Le moyeti le plu&sûr de manger de mauvais œufe et de fairç de détestables volailles , c'est assurément de la tenir ^à un régirriQ trop animal. La poule est omnivore; cela. veut ^ire qu'elle est d'autant niieux nourrie suiyant ses ÎDStincts, 'et d'autant mieux pourvue suivant sa destination naturelle ^ue son alimentation est plus ou moins exclusive, plus vîHÎée.
"Rien que des herbes on des aliments aqueux; rien qae Ses graines ; rien que des insectes ou des viandes abattaes, constitueraient un régime également vicieux. Les herbes déterminent la chlorose et des affections cachectiques; les'grdnes de-' viemient par trop stimulantes et font naître des irritations inflammatoires très-graves; la nourriture animale donne desL produits de mauvaise nature et a des inconvénients sur les- . quels nous n'avons point à revenir.
Cést un régime mixte qui convient le mieux tout à la fois aux appétits et à la constitution de la poule, qui rend ses produits et meilleurs et plus abondants. Elle est omnivore, j'insiste, laîôse2-la ce que le Créateur l'a faite.
m. — La poule à Belalr
Il nous reste peu ^ dire après tout ce qui précède, car les poules ne sont pas nourries à Belair autrement qu'elles le sont ailleurs. Leur régime y est mixte dans toute l'acception du mot, dans toute la vérité de la chose. Si elles n'ont pas toute la liberté dont Jouissent les poules des grandes fermes, elles vivent dans des parcs assez étendus pour ne pouvoir pas y être considérées comme des recluses. Si la cuisine ne leur prépare aucune nourriture animiale, elles trouvent une foule d'insectes dans les gazons, dans les massi& et dans les ensemencements d'herbages qu'on fait pour elles sur le terrain qui leur est abandonné. Nous disons par cela même qu'elles ne ipianquent pas de verdure : il leur en est encore apporté du jardin, lequel, parfaitement assolé en vue de ce besoin spécial, leur en fournit à peu près toute Tannée. H y a d'ailleurs les rewouTQçs mises en réserve pour l'hiver, les feùiUes de betteraves, les fan^ de carottes, les choux, les salades, les racines âe toutes sortes. Ces derniers aliments sont hachés, mêlés aa son ou à des farineux; on cuit les uns, on laisse arriver les autres jusqu'à un commencement de fermentation, ou bien on donne à l'état frais, suivant la saison et la nécessité. de réagir contre une température trop élevée, trop froide ou^ trop humide. ,. . , .»
18Q POULES ET 0EUF3
On raiiaoïme tout ici et l'on se conduit , d'après les indica» tiens du moment, de façon à prévenir toute cause de maladie ou toute interruption dans le travail productif de la vitalité des organes.
lies poules sont rationnées, inais la ration est forte. On sait que l'abondance des pontes est à ce prix et qu'elle compensera amplement la dépense. Les pondeuses ne sont pas poussées à la gtaisse, nous savons déjà pourquoi on. évite cet écueil tant qu'elles sont dans la période de leur fécondité, mais on évite avec une attention égale de ne pafi suf&re largement à tous les l)tesorns d'une production active.
En résumé, la verdure aussi copieuse que possible et la nouri^ture stimulante des graines et des semences pendant la ponte, les froids, les temps hmnides, et l'usage des graines modifié par quelques pâtées et des herbages cuits 01; crus, ou fermentes ; dans tous les cas, le plus de variété possible dans les distributions journalières, telles sont les principales prescriptions alimentaires suivies à Belair.
Le nombre des repas est de trois.' Le matin, au sortir du lit; à midi, et le soir à cinq heures en été, à quatre heures ou même un peu plus tôt dans les jours les plus courte, ou pendant la saison des froids les plus rigoureux. Lès distributions du soir et du matin ont lieu sur l'aire qui existe sous la gale, rie, celle de midi sous les hangars, en une place ferme «t proprement tenue.
Le signal d'appel est vraiment inutile. H y a dans le service une telle régularité, qu'aucune bête n'oublie Theuife fixée. Quelque peu avant^ on entend jacasser les plus bavardes, et c'est à qui sans doute le sera le plus, puis de petits groupes, formés à distance par l'occasion, se rapprochent insensiblement, se rémiissent par deux, par trois, et finalement ne font bientôt plus qu'un, attendant Sœurette et ses aides de camp au sortir de la chambre à grain ou de la cuisine.
La répartition se fait vivement, elle éparpille autant que possible les éléments du repas, afin d'éviter les querelles entre les plus avides, mais toutes j vont de bon cœur, et la pitance est promptement engloutie. La poule est naturellement v6race, elle ne fidt que tordre et avaler, suivant une expression vulgaire, mais elle a ses raisons pour cela, puisqu'elle est
privée des instruments de la mastication. La plus exigeante ne met pas plus de cinq minutes à remplir son réservoir ou jabot. ,
A Belair, toutes les denrées quelconques employées à la nourriture des volailles sont de trèp^bonne qualité. On les achète en partie, et, cela étant, oh a trouvé qu'il y avait avantage à ne faire consommer que les qualités supérieures. Dans les conditions ordinaires, on achète peu et l'on donne toutes .sortes de déchets; ne pouvant en user de même ici, on se procure bon, très-bon et l'on a raison.
En fait de grains, on s'attache plus particulièrement à l'orge, au sarrasin ou blé noir, au maïs concassé, aux vesces, au chènevis, au millet, au riz, à l'avoine, aux graines de so- Teil, toutes substances riches et convenablement excitantes , .favorisant et activant plus que d'autres la production abondante des œufs. La verdure et les pâtées sont bien faites pour calmer l'irritation qui naîtrait d'un pareil régime, mais Sœurette a l'œil à tout ; elle observe toujours, elle observe bien, et si quelque modification est réclamée pai* suite d'unp circonstance quelconque, elle ne l'ajourne pas. Sa règle est de bien faire, et elle lui est fidèle en toutes circonstances, aussi ne connaît-elle beaucoup ni la petite médecine, ni la petite chirurgie des poules. Le savoir lui serait venu plus aisément qu'à une autre, mais l'expérience lui manque, car les occasionb lui ont fait défaut. r
Elle en est heureuse sans en être plus fière; elle ne se prévaut pas d'un résultat pareil, elle craindrait que cela ne portât malheur à ses nombreux, administrés ; mais lorsqu'on la suit dans toutes^les précautions, dans toutes les attentions qu'elle prepd tout naturellement, sans avoir l'air d'y toucher, on n'est pas surpris que d'autres, peu soigneux et point attentifs, ^ u- , bissent.de grandes pertes et n'encaissent pas les plus sûrs bé* néfices de l'élevage des poules.
C'est plaisir de surprendrie Sœurette dans sa cuisine, où tout est propre et donner envie. Elle excelle dans l'art de con- , fectionner les pâtées : en voici à l'œuf pour les petits; en voici , une autre composée d'orge grossièrement moulue; elle en pétrit avec la pomme de terre cuite et le son ou le remoulage ;
eUe en fait de bien d'autres sortes, ma foijt daçs lesquelles clic
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ih POULES ET ŒUFS
introduit dea herbes très-finement hachées, ou des léguiaes à moitié cuits, et tout cela paraît fort appétissant. Pour le sa-- Toir mieux encore, il n'y a qu'à voir avec quel empressement les auges à distribution sont vidées, avec quelle exactitude elles sont nettoyées, ce qui n'empêche pas les marmitons de faire encore leur office après.
J'allais oublier de dire, et j'aurais eu grand tort, que Sœurette a. une prédilection très-prononcée pour le. sel. Elle en introduit dans toutes ses pâtées fraîches, et elle se loue beaucoup des effets qu'elle lui attribue. La pâtée salée, assure-t-elle, se digère mieux ^t conséquemment nourrit plus; une nutrition plus active développe plus rapidement les petits qui se fortifient davantage; elle imprime à toute l'économie une plus grande a<îtivité fonctionnelle, et chaque sujet s'acquitte d'une manière plus large de la tâche qui est sienne? ceux-ci grandissent et mûrissent plus hâtivement, ceux-là produisent plus de viande et de graisse, les autres pondent plus dru et plus gros. Elle û'ose dire au juste combien d'œufs en plus elle obtient de l'excitation produite sur les organes de la ponte par l'usage habituel du sel, mais dans -son idée, quand ce serait entre trente et cinquante, je n'en serais pas surpris. '
Elle emploie les s^ dits de morue, moins chérs que les autres et d'ailleurs préférés par les poules à raison de l'odeur animale qu'ils exhalent,, et peut-être aussi de leur goût particulier. La dose qu'elle fixe est de 30 grammes de sel par chaque 6 kiïogr. de pâtée.
Elle fait cuire les grains, quand elle èroit devoir les donner sous cette forme, en véritable artiste.
En son laboratoire. Sœurette me fait l'effet d'un chimiste en jupons. C'est une honnête feimrie, un brave cœur et unç savante fille de basse-cour. Elle ferait école ; c'est gratid dommage que Belair ne devienne pas un lieu d'enseiènement pratique de la gallinoculture; quelles bonnes ménagères ferait Sœurette érigée en professeur ! j
Quand i'arrière-sâison arrivé, celui des troupeaux qui est à sa limite d'âge fèumit incessamment des ventes qui se renouvellent chaque semaine. Déjà les oo^s ont pour lâr plupart disparu ; on écarte ensuite les poules à mesure que leur fécondité s'épuise. Le vide se fiait d'autant plus vite oU plus lentement '
ENGRAISSEMENT. f83
que la ponte est encore plus active ou plus ralentie. Quand la récolte des œufe se fait rare dans le poulailler occupé par le troupeau, on le nourrit arec des substances plus engraissantes qu'échauffantes, et Ton met ainsi toutes les bêtes en excellente condition tle vente. Il en résulte que la réforme elle-même est une occasion de faire une moisson d'argent très-satisfaisante et que le revenu de ce poulailler n'est point une cause de déficit'; loin de là, il suffit amplement, par là rentrée du capital qu'il représentait, à solder tous les frais d'élevage de la génération qui va le remplacer. ' ,
Nous aurions bien voulu pouvoir insérer à cette place le résumé des recettes et dès dépenses du poulailler de Belair, mais l'indiscrétion a ses bornes. Nous n'avons pas dû solliciter l'autorisation de compulser les livres de l'établissement. Nous savons qu'ils sont très-régulièrement et fort bien tenus, nous savcms de plus que tout prospère chez la baronne de Liuas, et que ceux-là qui voudront l'imiter, quant à la culture des poules, peuvent croire à un succès pareil à celui qui fait une trèslarge aisance sinon la fortune à Belair. •
L'ENGRAISSEIWENT
La basse-cour fournit à l'alimentation publique des ressources beaucoup plus considérables qu'on ne le suppose. La statistique éprouve tant de difficultés à écrire u^ chiffire approximatif, en ce qui les concerne, que personne ne sait, même par à peu près, la quantité de viande qu'elle met en consommatioA chaque année^ L'espèce galline entre pour une part kès-notable daûs ce résultat, et nous restons fort au-dessous de la vérité selon toute apparence, en portant à 40 ou 50 millions de francs la valeur des millions de poulets, poules, coqs et chapons, qui de nos poulaillers vont directement à la cuisine, ou passent préalablement par un marché public.