‹ Poulot en ItalieChapitre 11 sur 35 · L'ENFANT CONSOLE SA MÈRE · texte numérisé non relu

L'ENFANT CONSOLE SA MÈRE

Pendant qu'il vit chez lui, il semble à l'enfant qu'on lui prête ses biens. Il les retrouve tels qu'il les a laissés et s'occupe d'eux, travaille dès le premier jour. Ce ne serait point la peine d'être libre, si l'on ne travaillait pas. Mais d'autres mains les ont touchés. Et il sait qu'après quelques jours, il les laissera de nouveau, pour sa tâche actuelle.

Il est flatté que le soir, au village, les vieillards le recherchent. Ceux qui se sont battus, en 70, lui racontent leur campagne ; il les écoute patiemment, mais évite de leur dire ce qu'il a vu : car les vieillards ne le croient pas, tellement ce qu'il dit est plus terrible et grand que les plus grands souvenirs.

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Les jeunes filles aussi le recherchent : et cela lui est doux. Ah ! devant elles, il ose parler ; elles croient tout ce qu'il dit, et admirent sa bonne mine, bien qu'il ne soit point gras. Il ne se lasse pas de leur conter ce qu'il a vu, peut-être même un peu davantage. Mais le sait-il, où finit ce qu'il a vu? Puis, quand elles ont peur, elles serrent plus étroitement son bras contre leur corps. Car il leur donne le bras. C'est le soir, sur la place, près de l'arbre. Elles lui sourient toutes. Il en connaît bien deux, des plus gentilles, qui lui sourient mieux que les autres et le rencontrent quand il est seul. Ce n'est pas le moment d'être si aimables : après la guerre, on se re verra.

Quand il a embrassé sa mère, il a ressenti sa plus grande joie. Pour elle seule, il a commencé de se rappeler exactement, patiemment. Mais il a tôt compris qu'il l'effrayait. La bonne femme ne retenait des récits que des motifs d'angoisse. Les détails de la guerre ne l'intéressaient pas. Ce qui l'intéressait, et cela seulement au monde, c'étaient les dangers qui allaient

encore menacer son fils. Elle ne le dit pas, mais il le sent.

Alors l'enfant fait à sa mère un cadeau généreux. Il eût voulu lui dire : « Tu vois, c'est dur. Mais il le faut. » Il ne le peut pas. Et reprenant sa parole, souriant aux plus cruelles heures, il lui fait l'abandon de sa sincérité ; il la rassure, c'est elle qui devient l'enfant, l'enfant doucement bercée.

Un peu plus de souffrance sur lui. Mais l'enfant est sorti de lui-même. Le petit paysan, couché, ce soir encore, dans cette maison basse aux odeurs familières, c'est possible qu'il souffre : son esprit, cependant, est déjà loin, parti pour le redoutable voyage, le voyage au pays de ruines et de misères où il ira demain, oii il ne se peut pas qu'il n'aille point et qui lui paraît, à cette heure, plus que tous les pays, son pays.

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