‹ Poulot en ItalieChapitre 12 sur 35 · RETOUR · texte numérisé non relu

RETOUR

Quand on marche, la nuit, vers les lignes, de hautes fusées qui montent. Tune après l'autre ou plusieurs à la fois, les tracent à l'horizon.

L'enfant revenant, seul sur la route, les regarde et songe : « C'est encore un bord de notre terre. » Il revoit les autres, qui sont si beaux ; celui-là, que des étrangers sont venus tracer avec ce feu, celuilà n'est pas à sa place, cache derrière lui de pauvres hommes auxquels on a pris leur pays. Et de toutes ses faibles forces, il veut le reculer, vers les belles montagnes ou le beau fleuve qui doivent être, à ce bord, aussi, sa vraie place. C'est pour cela qu'on se bat.

Le travail est toujours le même, plus pénible quand on a perdu l'habitude. De

loin, on se dit bien que c'est pénible, mais on ne souffre pas : ce qui est dur, c'est de recommencer à souffrir.

Il se réjouissait de revoir ses camarades. Plusieurs sont partis on ne sait pas où ; ils sont peut-être morts. Ceux qui sont encore là le retrouvent naturellement, sans être aussi contents qu'il le croyait. Il ne les soulage guère et déjà leur fatigue pèse sur lui. Mais quand on l'a réendossée, cette fatigue, comme pour porter le sac, les épaules se font.

Elles se font et supportent, sans cesser de souffrir.

Combien de temps cela durera-t-il? Cela est long, chaque jour, et infiniment long.

On sait qu'il faut être là, et pour reculer cette muraille, on ne craint pas le danger. Mais on voudrait que ce fût moins long.

Si on changeait desouffrance... Lamême, trop souvent répétée, finit par être bien ennuyeuse.

Et puis, quoique sachant que le plus grand travail est ici, on est forcé de penser

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