‹ Poulot en ItalieChapitre 17 sur 35 · L'ENFANT BLESSÉ · texte numérisé non relu

L'ENFANT BLESSÉ

L'ennemi a recommencé le combat. Il avance, recule, et l'espace demeure vide, entre les deux lignes, où Fenfant, près de ses camarades, était tapi.

Mais lui reste là, dans le creux où il vivait, assommé par un coup. Quand il se réveille, comme la première fois, ses yeux ne voient pas le ciel. « Me voilà encore blessé, » se dit-il. Et il ne se tourmente pas. Il sait ceque c'est qu'être blessé. Seulement, cette fois, une grande douleur lui ceint la tête ; elle lui brise, aussi, sa jambe droite, qu'il aperçoit sanglante. Alors, il attend avec confiance. Il sait que, les blessés, on s'occupe d'eux et que les hommes sont bons et soignent ceux mêmes qu'avant ils ne connaissaient point. Il sait qu'un

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brave visage va se pencher sur lui, qu'une main compatissante rafraîchira son front.

Il attend; et personne ne vient; des balles sifflantes passent, et des obus. Il soulève sa tête par quoi il a si mal et comprend que, là où il est, on ne peut pas venir. S'il se traînait? Il bouge. Des balles le clouent sur place.

La nuit ; il attendra la nuit : la nuit, on viendra le prendre, ou bien il pourra rentrer. Lui qui vivait, dans ses champs riches, par le soleil, il attend la nuit qui le sauvera. Il compte les heures, d'après le soleil déclinant. D'après aussi, la sèche voix d'une mitrailleuse qui le surveille et, de temps en temps, se moque de lui.

Cela dure, la fin d'im jour, quand la tête fait mal... S'il pouvait dormir...

Et le soir est venu. Et les champs sont plus calmes : ils ressemblent à de vrais champs, seulement bien dévastés.

L'enfant essaie de se soulever: Ah ! quelle douleur, à cette jambe ! Bon, il va se traîner : il peut. Mais ce sera long; il fait, par de très grands efforts, de tout petits mou-

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vements, à cause de sa blessure. Aura-t-il assez de temps, avant l'aube, pour ramper les cent mètres qu'il faut? Il doit se reposer si souvent. .. De ses yeux d'habile sentinelle, il cherche ceux qui ramassent les blessés et les morts. Mais ils ne sont pas là. Il n'ose pas crier, il est encore trop près de l'ennemi.

Que c'est long ! Et que cela fait mal !

Et puis, la nuit noire. Des lueurs blafardes de fusées glissent dans le ciel, derrière et devant lui. Les balles et les obus se croisent. Il est là, seul, entre les deux. En rampant, parfois, il se heurte à des morts.

Ge ne sera rien, s'il arrive avant le jour. Et bientôt, il pourra crier.

Ah!...

De nouveau, il ouvre les yeux, après le tonnerre de cet éclatement au-dessus de lui.

Ah ! la douleur, dans tout son corps... soulever sa tête... Il ne peut plus... ses jambes... ses bras... inertes... Crier, même.

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il n'a plus la force... Il souffre, il souffre dans tout son corps...

On ne Ta pas ramassé. Au-dessus de lui, les hommes recommencent de se battre.

Il souffre dans tout son corps brisé.

Il souffre d'une soif horrible.

Il reste étendu, bras en croix, petite tache sombre, immobile déjà sur la plaine.

Il comprend qu'il va mourir.

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