VERDUN
La terre des collines ne cesse pas de souffrir. Elle a perdu ses bois — sa plus douce parure. Elle a perdu sa joie, va-t-elle perdre sa vie?
Le mort, la mort, toutes les morts. Le Ravin de la Mort? Lequel est-ce? Ah !
lequel n'est-ce point? Quand on vit, c'est sans respirer, car l'air lui-même — le doux air des poitrines — fait mourir.
Aux flancs des deux géants, le feu brûle toujours ; il les dépasse, ce soir, avance vers la Ville. Horreur ! L'arc tragique s'est ployé... Le cercle se referme, enveloppe la Terre entre les deux gisante...
La Terre humaine frémit, tremble, se raidit, se hérisse, tâche de lever, plus haut encore, son corps mourant. Et il y a tant de sang que le sang qui la baigne, comme l'eau sur les prés, empêche qu'on ne la foule.
Derrière, la Ville est là.
Avril-mai 1916.