SCÈNE PREMIÈRE
Le Vieux, assis dans un fauteuil, au coin gauche de la cheminée. La mère Michel.
La mère Michel, lui tendant une tasse.
Allons, Vieux, buvez votre grog : ça vaut mieux que toutes les drogues que vous donnent les médecins I C'est nature, ça vous refera du sang !
Le Vieux, voix faible et un peu lointaine.
Merci, vieille.
La mère Michel.
- Vieille, qu'il me dit ! A une jeunesse comme moi ! A sa bru ! Si ça ne fait pas pitié ! A une jeunesse qui a quasi trente ans de moins que lui ! Mais je ne lui en veux pas : il ne sait plus trop, le pauvre vieux ! Et c'est lui qui est bien vieux ! Quatre-vingts ans à la Saint- Jean ! Allons ! Un coup de balai... {Elle balaye.) Et ça va-t-il, ce matin, mon père?
Le Vieux.
Pas mal, pas mal...
La mère Michel, appuyée sur son balaù
Ce qui me prouve qu'il n'y est plus, c'est qu'il n'aime pas à causer ! Comprend-on cela, ne pas aimer à causer? Il faut être bien malade, ou bien vieux ! Mais je saurai le mettre en train : Eh ! mon père ! {Montrant le portrait de jeune fille au-dessus de la cheminée.) Est-elle jolie, votre petite- fille? Est-elle jolie, notre Francine?
Le Vieux, un peu plus animé.
Oui, bien jolie, bien douce...
La mère Michel.
Ah ! je savais bien î (Un temps.) Que je pèle mes pommes de terre, maintenant ! (Elle se met à les peler, à droite.) Vous vous ennuyez, hein, qu'elle ne soit pas là? (Signe du vieux.) Dommage que sa marraine, parce qu'elle est malade, l'ait mandée auprès d'elle, et cela depuis deux mois pleins. Mais quoi ! il faut du soleil pour tout le monde ! N'empêche I Elle me manque fort, la chère mignonne ! Quand elle n'est pas là, je ne sais plus qui attraper... Ce pauvre vieux, ce n'est point la peine : c'est sans défense. (On frappe.) Tiens 1 on frappe. Ah l Tant mieux ! Si c'est la mère Jeanne, on va pouvoir causer. Entrez ! Entrez vite !