SCÈNE II
Les mêmes, François.
François. {C'est un jeune paysan timide, et qui a fait toilette, mais point d'une manière ridicule.)
Salut, messieurs et dames, et la compagnie...
La mère Michel.
Ah ! ce n'est que toi, François ! J'espérais que c'était la Jeanne. Ça ne fait rien : entre tout de même, mon garçon.
François.
Bien aimable, mère Michel. Je vous remercie.
La mère Michel.
Il n'y a pas de quoi. Mais j'aurais dû deviner que j'allais te voir, vu que je pensais à... qui je sais bien. On dit par chez nous que de penser à l'amoureuse, ça fait venir l'amoureux. C'est peut-être vrai. Et moi, je pensais à la Francine.
François, confus.
Oh ! mère Michel...
La mère Michel.
Quoi! C 'est-il que la Francine te dégoûte, à cette heure?
François.
Je n'ai point dit ça, bien sûr !
La mère Michel.
Ne l'ayant point dit, tu l'as peut-être pensé?
François.
Point non plus.
La mère Michel.
Ah ! c'tit François ! Pourquoi que tu prends l'air benêt, mon gars? Tu n'es pas si emprunté, non, dame, quand tu fais la valse avec la Francine !
François.
Ça se peut bien, mère Michel.
La mère Michel, le contrefaisant.
Ça se peut bien, mère Michel. Ah ! jeune andouille, va ! Encore un qui n'est pas dans ses jours causants ! Enfin, dis-moi : qu'est-ce qui t'amène?
François.
C'est... je... vous... (// se tait.)
La mère Michel, furieuse.
Ça y est I II ne peut plus parler I Ah ! me voilà bien, moi, au milieu de tous ces gens qui n'aiment
pas la conversation 1 Allons, débrouille-toi : cause, gamin î
François.
Je voudrais parler au père Michel.
La mère Michel.
Le père Michel ! Il n'est pas là. Il est en train de rentrer ses raves. Mais explique-toi, je lui ferai la
commission.
François.
C'est à lui-même que je voudrais parler.
La mère Michel, froissée.
A lui-même ! Vraiment ! Et je ne suis pas capable de lui rapporter tes paroles? Je ne suis bonne à rien, moi î Alors, c'est bien simple : je suis celle avec qui on ne cause pas !
François.
Je n'ai pas dit çà, mère Michel.
La mère Michel, très digne.
Eh bien ! si vous avez des secrets tous les deux, va les lui raconter, mon garçon ! Moi, j'ai à faire
François.
jy vais donc de ce pas.
2o6 LE VIEUX
La mère Michel.
Vos secrets, du reste, ils ne m'intéressent guère.
François, vers la porte.
Au revoir tout le monde. Pardon du dérangement.
La mère Michel.
Je ne veux même pas les connaître.
François, sortant Salut à tous !
La mère Michel.
Tu t'en vas?
François.
Dame ! Je crois que oui.
La mère Michel, se levant brusquement.
Attends! Attends! Je vais te le chercher, ton père Michel. Vous raconterez bien ici vos petites affaires !
Comme vous voudrez.
La mère Michel.
Tu veilleras seulement sur la soupe, qui cuit, — et sur le Vieux.
François.
Vous pouvez y compter.
La mère Michel.
Dans dix minutes, tu y mettras une poignée de sel, — à la soupe. Quant au Vieux, il n'a besoin de rien : il dort toujours. (Fausse sortie.) Tu pourras aussi peler quelques pommes de terre, pour t'amuser.