‹ Poulot en ItalieChapitre 3 sur 35 · LE DEPART · texte numérisé non relu

LE DEPART

Les premiers hommes partis, le travail des vieillards, des enfants et des femmes était devenu plus rude. On avait d'abord terminé les besognes urgentes, et chaque jour, malgré la guerre, ramenant les mêmes besoins, on s'efforçait de suffire aux tâches quotidiennes.

Depuis le soir où le tocsin jetait l'alarme sur la campagne, l'enfant — le seul du village dont fût proche la vingtième année — attendait l'ordre de son départ.

Il le trouva un soir, au retour des champs. Sa mère le lui présenta ; il partirait le matin suivant. Elle avait les yeux rouges, mais elle ne pleurait point. Et tout de suite, elle se jeta, en désespérée, dans des soins minutieux pour préparer un pauvre bagage.

L'enfant était soulagé de toucher à une heure si longtemps attendue. Il se rappelait le tumulte des premiers départs, les chants des soldats, les drapeaux. Cette féerie éteinte, lui se sentait tout donné, un peu surpris d'une si grande tâche. Il l'acceptait pleinement, avec une inconsciente fierté. Mais puisqu'on l'appelait aux batailles, il pensait qu'il allait mourir.

Alors il dit adieu aux bêtes, aux gens, à l'horizon qui, jusqu'à ce jour, avait arrêté ses regards. Sans paroles, presque, à personne.

C'était un enfant simple, timide et droit.

Les enfants plus jeunes que lui l'admiraient. Les vieillards l'embrassaient en le chargeant de conseils qu'il feignait de recueiUir.

Il ne voulut pas voir les femmes.

Mais après le souper, plus bref encore que de coutume, et silencieux, il se glissa dans l'ombre jusqu'au grand arbre de la place et s'y tint immobile. C'est là que, les soirs d'été, les jeunes filles du village se promènent par bandes, les bras entrelacés.

Page 1