VEILLE
L'enfant reste seul, dans le trou de terre où l'on vient de le placer.
Il y a eu la fièvre des dernières heures, au cantonnement ruiné, l'approche dans le crépuscule, et cette interminable poursuite, au fond des couloirs glissants, de l'homme qui marchait devant lui.
Maintenant, il est dans ce trou, livré à ce monde étrange.
Deux choses immenses l'écrasent : la nuit et le silence. Il les connaît bien toutes les deux. Mais son inquiétude vient de ce qu'il ne les reconnaît pas. Les nuits, sur sa campagne, sont familières et vivantes.
Leur silence est plein de bruits vivants C'est l'absence de ces bruits qui signifie la mort.
Des coups de feu, devant lui, derrière lui. Sur sa tète, des sifflements. Entre ces bruits de mort, il reste seul, perdu. Les formes qu'il devine, à travers l'ombre, l'inquiètent.
Soudain, haut dans le ciel, une lampe s'allume, dérive dans le vent, s'éteint. La nuit retombe, le presse de partout. Elle l'étoufïe. Pendant la courte lumière, n'a-til pas aperçu des hommes rampant?
Et si on l'avait oubhé? C'est depuis l'éternité qu'il est là....
Sa voix jette, vers la gauche, le nom d'un autre guetteur. Rien. Le silence.
Le silence...
Il ne peut plus : autour de lui, sur lui, ce mystère insondable, cette ténèbre peuplée de menaces et ce silence, surtout, ce silence mort... Il ne peut plus.
Ses yeux cherchent à droite, à gauche, vers tous les points de la nuit. Il ne connaît même plus où sont les siens, où sont les ennemis. Il est perdu, perdu, perdu...
C'est alors qu'il entend, derrière lui, une petite toux. Et quelqu'un, à peine, sifflote.