‹ Pour bien se porterChapitre 15 sur 42 · UN CLOU · texte numérisé non relu

UN CLOU

et, de bénins, se font agresseurs, il est fort possible que la cause de ce changement, laquelle nous échappe en grande partie, agisse ailleurs qu’en ce point-là et modifie à peu près à la même époque la contenance d’autres staphylocoques nichant tout autre part. En second lieu, on a pu, inconsciemment, opérer un transfert de germes avec des mains mouillées ou des linges qui ne présentaient pas toute l’asepsie désirable. Enfin, ce transport a pu avoir pour véhicule le sang et ceci nous ouvre des horizons nouveaux sur lesquels il sied de jeter un coup d’œil.

Les invasions microbiennes, même superficielles, présentent toujours un danger sérieux, c’est que quelques-uns des membres de l’innombrable famille ne soient tentés de voir du pays et de se lancer sur ce fleuve en perpétuel mouvement que représente le système sanguin et qui a d’infinies ramifications dans les coins les plus reculés de notre corps. L’esprit colonisateur se développe volontiers chez les peuples très prolifiques. Une fois lancés dans ce périple, qui sait sur quels rivages les microbes aborderont?

En réalité, le staphylocoque n’est pas, parmi les microbes qui habitent en nous, un de ceux qui poussent au plus haut point l’amour des voyages. Il en est d’autres qui sont, à cet égard, bien plus dangereux. Cependant, de temps en temps, il fait comme ceux-là èt court, lui aussi, la grande aventure. Elle peut avoir pour nous, parfois, des résultats graves. Il en est ainsi, par exemple, pour le furoncle de l’aile du nez ou de la lèvre supérieure, parce que les veines qui passent là communiquent largement avec celles qui parcourent les méninges et l’on comprend que l’éventualité soit des plus inquiétantes.

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Ce n’est là pourtant qu’un cas particulier, qui ne peut servir de guide général. Même en faisant abstraction de lui, il se peut que les staphylocoques se répandent dans le sang. Quand un microbe devient ainsi vagabond, deux éventualités sont possibles. Ou bien il va s’arrêter quelque part et donner lieu, si l’endroit est favorable, à une lésion analogue à celle qui lui a servi de point de départ ; c’est ce qu’on appelle la « pyohémie » ; ou bien, il cause d’emblée une telle infection généralisée que l’on dirait qu’attelé à cette besogne, il abandonne ses idées colonisatrices. Tout se passe en phénomènes généraux, souvent très graves, c’est la « septicémie ».

La septicémie, du fait du staphylocoque, est exceptionnelle. La pyohémie l’est moins et l’on peut penser que c’est à un mécanisme de cette nature que sont dus (troisième hypothèse) les essaimages qui font naître des furoncles loin, très loin même du premier. La plupart du temps, c’est encore, en effet, à la peau que s’attaqueront les microbes vagabonds, en vertu de la préférence marquée de leur race pour ce tissu. Toutefois, les risques ne se bornent pas toujours là. Le microbe peut parfaitement se passer la fantaisie de se livrer à ses déprédations autre part que dans notre revêtement cutané. On le voit parfois, rarement, chez les sujets jeunes, s’en prendre aux os et y déterminer cette maladie grave que l’on nomme « l’ostéomyélite ». Pasteur, l’ayant trouvé là lors de ses premières recherches, avait, en un raccourci saisissant, déclaré que l’ostéomyélite est le furoncle de l’os. Le staphylocoque peut encore causer des abcès profonds, des phlébites, toute la série des localisations auxquelles donnent lieu, en d’autres circonstances, les grandes infections par voie sanguine.

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Il nous resterait à savoir pourquoi le furoncle, qui demeure le plus souvent à l’état de furoncle,' aboutit de temps en temps à ces complications. Ici, il faut faire intervenir peut-être la virulence exagérée du germe, mais surtout, semble-t-il, le défaut de résistance du patient, qui ne peut pas se défendre suffisamment 'Contre ces ravages de l’infection. On ne les voit, en général, que chez les sujets affaiblis, déjà malades, ou dont quelque fonction importante est viciée, fût-ce à leur insu. C’est ainsi que la furonculose et ses méfaits s’observent souvent chez les diabétiques et les goutteux.

Longtemps, devant cette dissémination des accidents, nous sommes demeurés désarmés. On se contentait alors de soutenir les forces du patient, de renforcer par tous les moyens possibles sa résistance. Aujourd’hui, nous avons les vaccins, qui ont transformé la situation. Nous en avons trop longuement parlé jadis pour revenir sur leur mode d’action. Il convient seulement-de spécifier que c’ést peutêtre contre les infections par le staphylocoque qu’ils ’ font preuve de la plus grande efficacité. Évidemment les piqûres sont désagréables, mais la furonculose l’est plus encore. Le choix s’impose.

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