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LA CLINIQUE ET LE LABORATOIRE. 163 à contribution la chimie la plus minutieuse, la micrographie la plus précise et même une physique très « à la page ». Mais ce n’est pas, loin de là, le seul produit que l’on interroge de la sorte. On en fait autant pour beaucoup d'autres, qu’ils existent normalement dans l’homme ou soient créés par la maladie : sang, liquide qui baigne les centres nerveux, crachats, pus, épanchements, fausses membranes, etc., il n’est rien que le laboratoire ne scrute pour en tirer le secret de l’anormal.

Il prit, naturellement, une importance de premier plan quand Pasteur nous eut ouvert le monde des infiniment petits et eut montré leur çple primordial dans un si grand nombre de misères humaines. La poursuite du microbe, la détermination de son identité firent dès lors partie de ce qu’il fallait mettre en jeu pour résoudre le problème que tout malade pose à celui qui le soigne et la microbiologie s’enquit non seulement du bacille lui-même, mais aussi des modifications qu’il détermine dans les milieux où il vit. Plus tard encore, on apprit à prélever des fragments de tissus et à distinguer, l’œil au microscope, leur nature et leur signification. Au reste, on n’en finirait pas, je l’ai dit, si l’on voulait énumérer seulement tous les éléments du rôle qu’assume le laboratoire dans ce seul chapitre du diagnostic.

Cette tâche s’est encore accrue de quelques recherches qui se font sur le malade même, mais qui sont néanmoins « laboratoire » parce qu’elles exigent une instrumentation et des méthodes qui sont du ressort du spécialiste. Il suffit de mentionner l’usage des indiscrets rayons X ou la mesure du tout récent « métabolisme basal » pour préciser cette orientation, qui est d’hier. Demain

en connaîtra d’autres, relevant d’une discipline analogue.

S’il n’est de science, comme on l’a dit depuis longtemps, que de ce qui se peut mesurer et chiffrer, le diagnostic entrait, de par l’avènement du laboratoire, dans une voie scientifique alors que, jusqu’à ce moment, il ne relevait guère que de l’art. Les analyses en question peuvent souvent, en effet, se résoudre en nombres. On pèse l’albumine en grammes et le sucre aussi. On établit de savants rapports entre le poids des aliments et leur utilisation ; d’autres précisent l’élimination des matériaux nuisibles. On note par des -+- et des — les résultats des réactions imposées au sérum. On a même introduit en ces matières l’algèbre, ce qui est impressionnant. D’autre part, ce que l’on voit, ce que l’on dose, prend une allure d’exactitude qui en impose. Est-ce que l’on peut discuter des chiffres? De là est née l’opinion que le laboratoire et ses épreuves étaient appelés à remplacer à jamais les anciennes méthodes, si vagues, peut-on penser, au regard de ses calculs. On voyait progressivement poindre le jour où la médecine tout entière se résoudrait en équations. De celles-ci la physique, la chimie, les examens d’ordre biologique fourniraient les éléments, et la solution de ces équations serait justement le diagnostic cherché. Il ne resterait plus qu’à en établir d’autres pour le traitement et tout serait pour le mieux puisque la science aurait parlé.

Les médecins n’ont pas de ces belles illusions. Ils savent bien que l’on a oublié, dans ce raisonnement, si logique d’apparence, quelques petits facteurs dont leur expérience leur a appris la valeur.

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