LA CLINIQUE ET LE LABORATOIRE. 16S
Le premier, c’est simplement la vie. L’homme, bien portant ou malade, est un être vivant. Or, la première condition à remplir pour que la façon de raisonner que j’ai évoquée fût valable, serait de réduire .aussi la vie en chiffres et en équations ou du moins d’en faire rentrer les éléments dans l’ordre des phénomènes qui sont justiciables des mathématiques. On pourrait alors, en confrontant les chiffres de l’état de santé et ceux de l’état de maladie, faire jaillir du choc une lumière indiscutable. Malheureusement ce n’est pas encore chose faite. La vie — ceci soit dit sans prendre parti dans une querelle philosophique quelconque — ne s’est pas encore laissé traiter de la sorte. Il est possible qu’elle ne soit que phénomènes physiques et chimiques, il est possible aussi qu’elle soit autre chose et c’est là le secret que nous n’avons pas encore percé. Ce qui se passe dans le corps humain n’est pas entièrement comparable à ce que l’on voit dans la cornue du chimiste et il est impossible de raisonner à l’égard du premier comme o<i le peut faire à l’égard des réactions qui ne mettent en présence que des corps bruts. Faites dissoudre, suivant un exemple que j’ai invoqué ailleurs ', du carbonate de chaux dans un acide, et vous aurez toujours le même résultat. Faites absorber une même substance à deux hommes, choisis aussi semblables que possible, et les effets qu’elle provoquera chez l’un et chez l’autre seront différents. Les phénomènes vitaux — et la maladie en est un — se montrent infiniment divers lorsque l’on passe d’un homme à un autre, et deux sujets dont la maladie a la même origine ne présentent pas, loin de là, des accidents identiques.