‹ Pour bien se porterChapitre 35 sur 42 · LA CLINIQUE ET LE LABORATOIRE · texte numérisé non relu

LA CLINIQUE ET LE LABORATOIRE

11 peut sembler que jusqu’ici, parlant du laboratoire, j’aie surtout instruit son procès et fait de préférence ressortir ce que ses conclusions comportent encore d’incertitude. Je voudrais maintenant exposer tout le bien qu’il nous apporte et les raisons que nous avons de nous adresser à lui et de lui faire confiance.

La conception actuelle, qui paraît tout à fait équitable, fait état surtout de toute la précision que le laboratoire apporte dans l’établissement du diagnostic. Il réduit la part d’hypothèse et de raisonnement pur que celui-ci comporte. Ce raisonnement constituait jadis le plus important de la tâche du médecin en pareil chapitre. C’est qu’il n’avait pour le guider qu’un nombre de signes révélateurs très réduit. Aujourd’hui, si ce raisonnement tient encore une place très grande, ainsi que je viens de le montrer, il a au moins pour s’étayer des faits en nombre très accru et c’est là que le laboratoire nous vient si opportunément en aide.

Il n’est douteux pour personne, en effet, que l’augmentation du nombre des renseignements soit une condition essentielle d’un diagnostic exact. Le laboratoire, grâce à l’ingéniosité et à la complexité des recherches qu’il autorise, accumule justement les renseignements utiles. Il fait surgir des signes, des symptômes que l’observation directe eût été bien incapable de révéler. Il permet des déterminations plus rapides et plus complètes que celles que fournissent les autres méthodes. Il autorise des décisions que l’on n’aurait pas prises sans lui ou que l’on aurait prises plus tardivement, alors que la promptitude est une condition de salut. Nous savons reconnaître une fièvre typhoïde sans voir le microbe, mais combien de fois hésite-t-on avant

d'acquérir la certitude? Quand la découverte du bacille est chose faite, quand les réactions du sérum sont intervenues, l’hésitation n’est plus possible. On sait soigner la dyspepsie sans le secours de la chimie, mais on le sait bien mieux quand le chimiste a parlé. La radiographie a établi des sortes de canons hors desquels on entre dans l’anomalie, probablement pathologique. Le sérologiste sait nous faire voir que les humeurs du corps ont leurs révélations à fournir.

Souvent le laboratoire ne fait que confirmer ce que l’on soupçonnait, et déjà à ce titre son appui est de premier ordre. Dans d’autres circonstances, il rectifie- des opinions erronées. Parfois même il aiguille la pensée dans une autre voie qu’elle n’aurait pas d’elle-même choisie. Et surtout il augmente le nombre des certitudes, et la valeur des bases qu’il fournit ne saurait être surestimée.

Toutefois, il faut prévoir le cas où laboratoire et clinique sont en conflit. L’un dit noir et l’autre dit blanc, cela se voit parfois. Je vais bien étonner, sans doute, un certain nombre de lecteurs, mais, quand ce conflit se produit, c’est presque toujours la clinique qui a raison. C’est qu’elle sait, elle, ce que ne sait pas le laboratoire, faire la discrimination entre les personnes et les tempéraments, entre l’action des causes pathologiques chez l’un et chez l’autre, entre la signification des symptômes chez un malade et son voisin. Elle connaît les raisons de telle réaction se produisant chez un sujet, raisons qui ne seront pas les mêmes pour un second. Les distinctions particulières que le laboratoire n’a pas à faire, elle les fait.

De cette vue générale, où je crois avoir fait ressortir impartialement le pour et le contre, il résulte

LA CLINIQUE ET LE LABORATOIRE. 169 que les recherches du laboratoire nous sont aujourd’hui tellement utiles que rien ne peut les remplacer et que nous ne saurions plus nous passer de lui. Il n’en résulte pas, par contre, qu’il détienne la seule vérité et qu’il doive toujours avoir le dernier mot. Il est un aide, aide infiniment précieux et auquel il faut très souvent avoir recours, mais il n’est qu’un aide au même titre que l’auscultation, la percussion et tant d’autres procédés d’investigation auxquels j’ai fait allusion plus haut et qui, en y ajoutant la sagacité et le discernement du médecin, constituent la clinique.

Par conséquent, lorsque le médecin réclame des recherches de ce genre, il faut les accepter. Elles multiplient, comme je l’ai fait ressortir, les signes sur lesquels le diagnostic se peut baser et qui ne sont jamais trop nombreux. Elles sont un guide que l’on ne peut remplacer et accroissent singulièrement les raisons que le médecin a de voir clair en une affaire qui est souvent au début très obscure. Elles accroissent donc les chances de guérison pour le malade. Elles augmentent aussi ses frais, c’est incontestable. Mais il est des dépenses qui s’imposent et, s’il n’est pas de bien plus précieux que la santé, il faut se résoudre à savoir lui en sacrifier d’autres.

Ce qu’il ne faut pas, par exemple, c’est attendre la réponse du laboratoire comme un verdict sans appel. Que de personnes s’imaginent que tout est dit et qu’il faut laisser toute espérance lorsque le laboratoire a déclaré que leur sang contenait tant de centigrammes d’urée ou leur urine tant de grammes d’albumine, ou encore quand il a affirmé que tel microbe était le coupable ! Elles font pendant à ceux que terrifie ou réconforte le chiffre de

leur tension sanguine, alors qu’ils sont incapables déjuger des conditions fonctionnelles qui expliquent le nombre enregistré par l’appareil.

Le laboratoire, répétons-le, est l’auxiliaire de la clinique et un merveilleux donneur de renseignements pour le médecin. A celui-ci, à lui seul, le souci de savoir quand il y a lieu de recourir à ses services. A lui seul aussi de tirer de ces renseignements précieux la signification qu’ils comportent. Toute autre conduite n’est qu’erreur et souvent que

Page 1