EN HAUTE MER
Q uelque part, dans l’Océan.
L’opérateur de T. S. F. d’un grand paquebot reçoit le message suivant : « Hier soir, à huit heures, un homme a souffert de douleurs'dans la tête et est devenu inconscient. Aujourd’hui, à huit heures, il n’a pas repris connaissance et a des convulsions par intervalles. Son cou et son visage commencent maintenant à enfler. Température à huit heures du matin, 36°,7, pouls faible. Veuillez donner avis médical. »
Combien de fois l’appel avait-il été lancé par un capitaine de bateau angoissé avant d’être capté par le grand vapeur? Il n’importe : cette fois il était parvenu. Averti, le médecin du bord répond, demande des renseignements complémentaires, se fait peu à peu une opinion. Cinq radiogrammes sont ainsi échangés entre lui et le capitaine du cargo qui passe, là-bas, invisible, on ne sait au juste où. Au cinquième, le diagnostic probable d’épilepsie est porté. On a su par la suite qu’il était exact, que le traitement conseillé avait donné un
LES CONSULTATIONS PAU T. S. F. 193 bon résultat, que le malade avait gagné sans accès nouveau le port vers lequel se dirigeait son bateau. On: ne l’a su que plusieurs mois après ; car, après le cinquième message, le silence avait de nouveau régné : les deux bâtiments suivaient deux routes divergentes, la conversation était rompue. Mais le principal était fait. La consultation avait été donnée par l’intermédiaire des ondes invisibles qui avaient, à travers l’espace, transmis la demande de secours et rapporté les paroles de salut.
Cette histoire n’est pas inventée. Elle a été contée, d’après les documents authentiques, par un journal anglais il y a un peu plus d’un an. Il eût pu en conter bien d’autres du même genre, car le fait devient de plus en plus fréquent. Et ce n’est pas là une des applications les moins merveilleuses de ce surprenant mode de correspondance que cette aide fournie, dans les immensités désertiques des mers, à un semblable qu’on ne voit pas, mais dont on perçoit la plainte soudaine.
Se figure-t-on, en effet, la situation d’un marin qui tombe subitement malade de façon sérieuse ou se blesse grièvement sur quelque navire marchand dont l’équipage n’atteint pas un total suffisant pour nécessiter la présence d’un médecin à bord? Point n’est besoin, pour corser le tableau, d’imaginer que la chose se passe la nuit, que la mer est démontée, que les parages sont peu sûrs. Dans les meilleures conditions possibles, c’est un drame poignant qui se joue sur la scène mouvante des flots. Quel secours attendre, qui ait chance d’être efficace, et de qui viendrait-il? Les compagnons de l’infortuné l’entoureront certes de soins cordiaux et pieux, mais que peuvent-ils? Quel geste risqueront-ils qui ne puisse être aussi néfaste qu’utile? Le capitaine