DU MOYEN AGE AU XX* SIÈCLE
pays, de toute confession, se sont donné une tâche qui fait entrer le sublime dans l'épouvante : garder, éduquer, soigner, instruire les lépreux. On a vu ce qu’ils y gagnent trop souvent. Saluons très bas.
Il est des pays où la lutte contre la lèpre est inexistante, l’Europe, par exemple. Évidemment le danger y est minime, mais il n’est pas annulé.
A côté des foyers autochtones dont nous avons dit la bénignité, ne devons-nous pas penser aux foyers virulents qui existent dans le reste du monde? Le globe terrestre est devenu bien petit pour nos moyens de communication et l’Inde n’est qu’à quelques jours de la Méditerranée. Il y a à Paris, en moyenne, 300 lépreux et il n’est pas rare que nous en rencontrions quelqu’un. D’où vient-il? Ce peut être un indigène venu de là-bas, des « îles », avec un convoi de travailleurs tentés par la pauvreté de notre main-d’œuvre. Ce peut être un Européen qui a contracté le mal en Extrême-Orient ou en Océanie, comme ce sous-officier des troupes coloniales que nous montrait il y a quelques années M. Jeanselme et qui, se mariant en France après son retour, a contaminé son fils. D’où que proviennent ces malades, ils vaquent à leurs affaires, vivent à nos côtés, se font plus ou moins soigner dans nos hôpitaux, qu’ils quittent quand bon leur semble. Sans doute, on n’a jamais signalé, que nous sachions, de contagion autre que familiale. Mais faut-il s’endormir dans une sécurité absolue? Les principaux léprologistes de ce temps ne le croient pas. Ils se souviennent qu’à la fin du siècle dernier, dans la Prusse orientale, les craintes furent vives et la situation un instant sérieuse. L’Académie de Médecine, les ayant écoutés, a émis des vœux qui ont été accueillis et enterrés avec défé-
rence. Ne se pourrait-il pas que, sous des conditions qui nous sont encore obscures, le problème changeât d’aspect? Nous ignorons, nous disait récemment M. Jeanselme, pourquoi la lèpre a disparu brusquement d’Europe à la fin du xvi c siècle. Il est logique de penser que la surprise contraire n’est pas impossible.
Personne ne demande ici de nouvelles léproseries, ni l’isolement dans une île (que réclamait Gaucher) ; on aimerait cependant à savoir que nous sommes, si peu que ce soit, protégés, qu’on peut empêcher un lépreux de débarquer dans un de nos ports ou de franchir une de nos frontières, qu’on pense à la déclaration des cas, à la surveillance des quelques centaines de malades qui vont et viennent dans notre pays. « Si la lèpre, au temps des croisades, a pris, dit M. Marchoux, le formidable développement que l’on sait, cela tient à ce qu’on la laissa se répandre pendant cent ans sans rien faire. » Ne risquons pas de nouveau le cataclysme du moyen âge en plein xx e siècle.