L’ÉPIDÉMIE D’ATHÈNES LA DENGUE
es pays auxquels le soleil dispense le plus libé¬
ralement ses bienfaits, leur prodiguant sa
-* A lumière et sa chaleur, présentent, par cela même, une exubérance de vie animale qui enrichit singulièrement, entre autres, le monde des insectes et multiplie le nombre de ceux qui sont susceptibles, s’attaquant à l’homme, de lui transmettre des affections contagieuses qui sont inconnues dans nos régions tempérées ou qui n’abordent, tout au moins, sur nos rivages, qu’après avoir perdu leur acuité première. La gent entomologique qui en gratifie nos semblables ne saurait vivre à son aise sous nos climats, trop froids pour elle. Ainsi s’explique que l’Orient, proche ou lointain, nous offre si fréquemment le spectacle d’épidémies dont nous ne saurions ressentir — et encore exceptionnellement — que le contre-coup atténué. C’est la rançon de la rayonnante beauté de la nature dans ces contrées par ailleurs privilégiées.
Le mécanisme de cette transmission est toujours le même. Étant donné, d’une part, un malade, de
l’autre un insecte (qui est généralement un membre du groupe un peu vague des moustiques), si celui-ci vient à piquer le premier, il absorbe des germes infectieux qui circulent dans le sang de sa victime ; puis lorsqu’il s’en prend, un peu plus tard, à un sujet sain, il inocule à celui-ci le microbe puisé chez le malade. C’est ce qui se passe pour la fièvre jaune, pour le paludisme ; c’est aussi ce que l’on observe dans une maladie qui vient de faire beaücoup parler d’elle, la dengue.
Elle a cruellement sévi, ces temps derniers, en Grèce; les dépêches nous ont appris que, dans l’Attaque seule, elle a frappé plus de 80 000 humains, et la garde qui veille aux portes des palais officiels n’en a pas défendu, dit-on, les puissants de ce monde. Elle a procédé, semble-t-il, en deux « poussées » dont l’une évolua de la fin de 1927 jusqu’en mai 1928, l’autre aux mois de juillet et d’août. Malgré les mesures de défense prises, tout ne se termina pas immédiatement; il y eut ensuite une certaine extension du mal sur terre (Janina, Patras), et dans les îles (Mytilène, Corfou, Samos).
Ce n’était pas, pour cette contrée, le premier assaut, loin de là. Maladie très connue en Extrême- Orient et en Amérique du Sud, devenue fréquente en Égypte où Gaberts l’identifia en 1779, la dengue semble avoir deux foyers principaux, l’un aux Indes d’où elle rayonne volontiers vers l’Indochine, la Chine, le Japon, la Perse, l’Afghanistan, l’Asie Mineure; le second, dans le golfe du Mexique d’où elle gagne l’Amérique, Centrale, l’Amérique du Sud et les Antilles. C’est sans doute vers la fin du siècle dernier qu’elle vint en Europe. Toutes les fois qu’elle y a fait son apparition, on a retrouvé l’origine de l’épidémie dans des pays voisins d’Asie o,u