L’ÉPIDÉMIE D’ATHÈNES
d’Afrique : Tripoli, la Syrie, les bords du Nil. C’est ainsi qu’en 1881 elle se manifesta pour la première fois en Grèce, à La Canée et à Syros, et, montrant pour son début ce qu’elle pouvait faire, elle y atteignit la moitié de la population. En 1889, elle éclata à Constantinople, à Smyrne, à Athènes, au Pirée (où l’on compta 10 000 malades); en 1895-1897, on la trouve sur les côtes grecques de la mer Egée ; en 1910, au Pirée encore. Ce serait donc la cinquième fois qu’elle fond sur ces parages, en admettant qu’il n’y ait pas eu d’attaques antérieures que l’on ne sut pas reconnaître à l’époque où elles se produisirent. Elle a tenté parfois des incursions vers des régions moins chaudes, mais en vain. C’est ainsi qu’elle est apparue un jour à Hambourg et en Silésie, mais, comme disent les spécialistes, elle ne s’y est pas acclimatée. En Andalousie, par contre, elle a donné lieu, en 1927, à une épidémie des plus sérieuses. On vient d’en signaler quelques cas au Maroc.
Puisque nous avons évoqué son transport par les insectes, nommons les coupables présumés ou certains. Le plus généralement accusé est le Stegomyia fasciata, minuscule malfaiteur auquel sa taille exiguë permet de passer à travers les mailles des moustiquaires les plus fines et à qui l’humanité est déjà redevable des méfaits de la fièvre jaune; puis les phlébotomes, non moins petits, non moins redoutables (phlébotome veut dire « saigneur » et la saignée s’appelait jadis phlébotomie), .capables de disséminer d’autres maladies encore; enfin, le Culex fatigans, proche parent du premier nommé, qui a également à son passif de servir de véhicule à une affection tropicale des plus répandues, la filariose. Ce sont, on le voit, des commis voyageurs en maladies qui tiennent plusieurs articles.
bouquet. — Pour bien se porter. 2
Sous quelle forme la dengue est-elle inoculée à l’homme? Nous l’ignorons encore. On a parlé de bacilles de diverses formes et môme de ces curieux microbes contournés que l’on nomme spirochètes (comme pour la fièvre jaune), mais rien de tout cela n’a été prouvé. On s’en tient, pour le moment, à l’un de ces virus filtrants qui nous demeurent mystérieux, étant au delà des possibilités du microscope. On a constaté, én effet, que le sang des malades, après avoir passé à travers les filtres les plus fins, demeure infectant. Il renferme donc encore l’agent animé de la maladie.
Peut-être est-il temps de décrire, au moins sommairement, celle-ci. Trois ou quatre jours se passent avant que l’homme piqué par l’insecte s’en ressente ouvertement. Soudain la fièvre surgit, accompagnée avec une brusquerie extraordinaire de vives douleurs articulaires et musculaires. Ces douleurs affectent surtout comme sièges les genoux, les coudes, lés chevilles, la colonne vertébrale et ces localisations reparaissent dans les noms naïfs mais imagés donnés à la dengue par la voix populaire : mal des genoux, girafe, mal du cou raide, coup de barre. La brutalité d’apparition de ces douleurs est telle qu’elles immobilisent subitement l’individu au milieu d’un geste et qu’il a paru quelquefois qu’il voulait faire rire ses voisins par une attitude bizarrement figée (pantomima, dit encore la synonymie). En même temps, des troubles de l’appareil digestif, parfois intenses, se manifestent, la fièvre s’allume et, après quelques jours, une petite éruption se montre, légère, éphémère, et qui n’est, en somme, que l’avant-courrière de celle qui viendra plus tard.