L'ÉPIDÉMIE D’ATHÈNES
Tout n’est-il pas, alors, fini? Le sujet le pourrait croire, qui est redevenu, au bout de trois jours environ, si parfaitement normal en apparence. Les troubles digestifs et les douleurs ont disparu, la fièvre est tombée, le bien-être est parfait. Calme trompeur qui ne dure qu’un jour ou deux et ne fait qu’annoncer la tempête. Ce court délai écoulé, la température remonte et la grande éruption apparaît. Elle a, elle aussi, sa place dans les noms populaires du mal : rosalga, Colorado, etc. Elle ressemble à tout ce que l’on voudra, à l’urticaire, à la scarlatine, à la rougeole, et disparaît en deux ou trois jours, laissant derrière elle une peau qui se desquame. Alors tout s’apaise vite. Il ne reste à l’homme qu’une faiblesse intense, assez semblable à celle qui signe la grippe et qui le tient pendant plusieurs semaines incapable d’un travail attentif. Au reste, cette faiblesse intense est surtout le lot de ceux qui rechutent, et ils sont nombreux, ce qui est une preuve de plus de la difficulté avec laquelle l’organisme se débarrasse de ce tenace virus.
Le pronostic de la dengue est généralement des plus bénins. Si l’attaque est douloureuse, on en guérit constamment. Elle est pénible, mais ne tue pas. Sont exceptés de cette sécurité les gens déjà malades, les débilités, les sujets en proie à une maladie chronique comme le paludisme, et les femmes qui vont bientôt enfanter. Toutefois cette bénignité pourrait bien n’être pas toujours aussi réelle. La Société des Nations nous disait, lors de la dernière épidémie, notamment que, cette fois, « l’affection est d’un type sensiblement plus grave que ce que l’on constate habituellement dans les épidémies de dengue et que sa gravité croît avec
l’âge ». Il sied donc de garder une méfiance prudente.
Tout serait dit sur la dengue s’il n’y avait une querelle — toute courtoise, au demeurant — qui divise à son sujet les hygiénistes. C’est qu’il existe une autre maladie, assez proche, qui se nomme, dans les pays où elle sévit, fièvre des trois jours et qui est également communiquée à l’homme par le myrmidon que nous avons inculpé plus haut, le phlébotome. Or, les uns veulent identifier ces deux affections, les autres, au contraire, les distinguer. Cette dernière opinion, qui est celle de spécialistes aussi qualifiés que le professeur Tanon, semble la plus logique, et c’est assez heureux pour nous. En effet, la fièvre des trois jours, dont la gravité est très médiocre et la mortalité nulle et qui règne surtout dans le bassin oriental de la Méditerranée (nos soldats n’en ont que trop fait l’épreuve à Sedul- Bahr), a été observée non seulement dans ces contrées, mais aussi en Algérie, à Gibraltar, en Provence, en Savoie, en Dauphiné, autour de Lyon, et en Bourgogne. Elle rayonne donc plus aisément vers les pays tempérés. Les phlébotomes sont connus dans nos départements du Midi et communs en Italie.
Cette dernière particularité nous prouve qu’il n’est pas impossible que la dengue vienne jusqu’à nous, mais il semble que nous puissions nous rassurer à l’avance et qu’elle ne doive pas se montrer, si jamais elle nous atteint, bien dangereuse. Notre soleil est trop pâle, notre air trop froid pour ses transmetteurs et peut-être pour le virus inconnu qui la détermine.
Le chapitre du traitement qui devrait normale-