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du Canada s'est conduit, au milieu du xixe siècle, avec un mépris des droits et des lois qu'aurait envié un pacha turc, et l'on sourit en pensant aux bonnes âmes d'outre-Manche qui s'indignèrent contre nous à propos de ce cher M. Dreyfus. Jusqu'à la répression de la traite et à la suppression de l'esclavage, ces titres de la vraie gloire anglaise, qui vous laissent un peu sceptiques sur le désintéressement de ce peuple, car enfin son intérêt était ici d'accord avec sa magnanimité, et la police des mers avait trop de rapports avec l'empire des mers. En 1875, Disraeli proposait au Parlement, sans le choquer, d'enlever aux esclaves le droit de refuge sur les vaisseaux anglais, et les seuls blancs qui aient fait la guerre, et quelle guerre acharnée ! pour conserver l'esclavage, sont des Anglais de pure race. Du moins les républiques ibéro-américaines, qu'on dédaigne tant, n'ont pas eu de « guerres d'abolition », et c'est par millions que vivent encore chez elles les indigènes, alors qu'on compte les rares Peaux-rouges de l'Amérique du Nord épargnés par la férocité anglo-saxonne.

On explique certains cynismes de l'Angleterre contemporaine par l'accession récente au pouvoir des basses classes. Mais non; les landlords auraient, aussi bien que les tramps, applaudi aux balles dum-dum. La vérité c'est que l'Anglais a un fonds brutal, et que, sans la civilisation que nous lui avons inoculée, il serait resté brute; il sulfirait même que ce précieux virus s'atténuât pour que l'anlique fauve reparût, et c'est pour cela qu'il faut surveiller avec inquiétude la baisse de ces deux flammes, l'hellénisme et le christianisme, qui constituent la civilisation, de la

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seconde surtout si importante pour le monde parlant anglais. Nous autres, Français, nous aurons toujours, heureusement, des points d'appui qui lui manquent: notre amour de la justice, de la liberté, de l'humanité ; l'Anglais, s'il perd son lest religieux, perd tout. Que ceci le fasse réfléchir, lui et aussi les voisins.

Est-ce à dire d'ailleurs qu'il faille renoncer à ce beau rêve pacifique de la Fédération de l'Europe? Assurément non, et l'exemple de l'Angleterre même est consolant, car il montre combien on peut obtenir pour la paix, le progrès, le bien général du monde, avec des qualités en somme vulgaires, un égoïsme énergique teinté d'un peu de Bible. En ne cherchant que son propre bien, l'Anglais a rendu plus de services à l'humanité que le Français en se sacrifiant pour le bien des autres.

Bon sujet d'observation donc que le réveil du sentiment guerrier dans cette île. Le mouvement qui pousse nos voisins à se défendre contre les rivaux trop forts tout en attaquant sans hésiter les proies suffisamment faibles, est un de ces phénomènes psychosociaux qu'il serait bien vain d'anathématiser ; qu'on l'observe, qu'on en tire leçon et, si possible, qu'on le refrène : voilà ce qu'il y a à faire. Les peuples n'ont pas à être moraux, ils ont à être forts; d'ailleurs la force (virtus) étant une vertu, la moralité internationale consiste à être aussi fort que son voisin pour l'empêcher de nuire, ce qui vous empêche par contre-coup de lui nuire aussi. Et cela ne gêne en rien les sentiments, ceux notamment que vous fait éprouver le spectacle des malheureuses nations que l'Angleterre a trouvées sur sa route. Je ne sais pas d'his-

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toire plus poignante à ce propos que celle de l'Irlande au xixe siècle .

Anthropo-sociologie.

En vérité, nous avions bien assez de sujets de discorde sans aller y ajouter le duel des dolichocéphales et des brachycéphales ! Voyez-vous les passants se mesurant de l'œil le crâne à la rencontre, les chapeliers scrutant d'un regard aigu la rondelle de papier que leur conformateur vient de dessiner sur votre tête, les blonds accablant les bruns de leur mépris, et les pauvres têtes-rondes soupirant après les beaux jours de Cromwell, vouées qu'elles seraient désormais aux rebuffades des « grands dolichoïdes »,comme on dit dans Vamireh? Bons savants, laissez-nous nos illusions,et que nous puissions « brûler de mille feux » sans nous préoccuper de savoir si celle qui les alluma a un indice céphalique de 79 ou de 81 centimètres I

D'autant que la vie, surtout psychique, est toujours déconcertante,et que la réalité se moque de la craniométrie.Une armée vaincue est une armée qui se croit vaincue, et un peuple fort est un peuple qui veut être fort. En a-t-il fait dire des joyeusetés, l'a quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons? A l'indice céphalique, ont dit les anthropo-sociologues; à l'organisation scolaire, ont crié les socio-pédagogues ; au parlementarisme, à l'aristocratie, à la monarchie, au self-government,au home rule, ont cacophoné les politiques; assurément, à la qualité du cuir de veau englishspeaking, auraient dit les cordonniers, s'ils faisaient des livres. Mais pourquoi sourire? Quand une nation est victorieuse, est-ce que tous les peuples, ces grands

enfants, ne croient pas s'assurer la victoire en adoptant l'uniforme du vainqueur ? Après Solférino, tout le monde portait notre képi, voyez les images de la guerre de Sécession ; et après 1870 tout l'univers a plus ou moins coiffé le casque à pointe. Récemment nous avons eu la contagion des vareuses kakies. Au fond, c'est toujours la recherche des causes, et à un certain point de vue, l'astrologie et l'astronomie ont le même fondement. Ceux qui expliquaient les victoires par la conjonction des planètes ne se trompaient pas beaucoup plus que ceux qui en rendent compte avec une différence de 3 ou 4 centimètres de tour de tête; ces horoscopistes se servaient eux aussi de mots obscurs, d'astrolabes délicats et de théorèmes subtils, et ils étaient moins dangereux pour la pauvre humanité souffrante ; l'homme ne peut rien sur la danse des étoiles alors qu'il peut trop, hélas, sur nous tous. M. Vacher de Lapouge, prophète de l'anthropo-sociologie, propose de bien terribles remèdes, à commencer par la castration, pour maintenir la pureté du caractère ethnique !

Anticléricalisme.

Voici plus d'une génération que toute notre politique intérieure pivote sur ce gond. Aujourd'hui plus que jamais, au fond de toute sociologie on trouve, suivant le mot de Proudhon, de la théologie. A l'approche de la question religieuse, toutes les autres dégringolent; il n'y a plus de radicaux, de socialistes, de monarchistes, il n'y a que des cléricaux et des anticléricaux, et la bonne entente s'établira vite entre le premier de l'extrême gauche et le dernier

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