‹ Pour causer de toutChapitre 9 sur 138 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

glaise et race française, on ne trouve à peu près rien, et pourtant n'est-il pas curieux que presque tous les poètes anglais soient nés en pays celte ou celtisant? Jusqu'à Stratford-sur-Avon, qui n'est vraiment pas loin du pays de Galles 1 Taine a donc à la fois raison puisqu'il parle de race, et tort puisqu'il voit partout de l'anglo-saxon. Et voilà trois thèses bien diverses : celle de M. Lacombe: la race est indifférente à la poésie anglaise; celle de Taine: c'est le sang anglosaxon qui a fait la poésie anglaise; celle de M. Jusserand, si l'on veut: c'est le sang celtique qui a fait la poésie anglaise; or, peut-être toutes les trois sontelles vraies, ce qui fait une quatrième thèse! Et ce que je dis de la race, je devrais le dire du milieu et du moment. M. Lacombe justement a consacré de gios ouvrages à cette discrimination de ce qu'il appelle l'événement et l'institution, mettons l'accidentel et le déterminé. Dans son Histoire considérée comme science il était parti avec l'idée de tout expliquer par les causes et les effets, mais à l'arrivée, il avait celle que presque tout ici-bas est caprice ; si jamais il se met à écrire un traité de « l'Histoire considérée comme choc de hasards », ce sera la « suite réglée » de Bossuet qui le frappera. C'est qu'en somme la vie est complexe, et qu'il ne faut pas chercher à trop simplifier. Les philosophies, qui sont de belles constructions logiques et cohérentes, sont choses mortes; les religions, qui conservent des contradictions hurlantes, ont la vie.

Angleterre.

Où est-elle l'Angleterre qui fit l'envie des peuples

vers le milieu du xixe siècle, la sage, la libérale, la tolérante, la pacifique Angleterre, cette Angleterre que nous avions déjà prise en grippe tant les cuistres du droit constitutionnel, les cagots de la moralité sociale, les naïfs de l'arbitrage antimilitariste, nous avaient rebattu les oreilles de ses vertus? Voilà que ce pays modèle dégringole au plus bas. Le siècle dernier, qui s'était ouvert sur le bombardement de Copenhague, une des plus radieuses infamies qu'ait contemplées l'histoire, se ferme sur la guerre du Transvaal, cette scélératesse non moins colossale, et qui n'a pas même l'excuse de la lutte à mort contre Napoléon. Entre ces deux atrocités, vraiment toutes les autres hontes de la grande politique, même le coup de la dépêche d'Ems, semblent bénignités, et ce n'est pas de notre faute s'il nous vient la curiosité de savoir comment le peuple odieux de 1801 a pu, après avoir donné, en 1863, lors de la cession des îles Ioniennes, un si bel exemple de générosité, revenir, en 1899, à son pire vomissement.

L'explication, ce pourrait bien être que l'Anglais, même en ses meilleurs jours, a toujours été le même, au fond, et que le souci du juste ou du noble n'a jamais primé chez lui la préoccupation de l'utile ou du robuste. Ce n'est pas seulement contre les jaunes, les noirs et les bronzés qu'il a été sans scrupules, c'est contre tout ce qui n'était pas lui; aucun peuple aryen n'a traité un autre clan aryen plus férocement que lui le peuple celte, naguère encore; et quand il s'est agi de sa sûreté ou seulement de son autorité, tous les habeas corpus du monde n'ont pas pesé lourd dans la balance ; tel gouverneur de la Jamaïque ou

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