‹ Pour causer de toutChapitre 11 sur 138 · ANTICLÉRICALISME · texte numérisé non relu

ANTICLÉRICALISME

dé l'extrême droite s'ils se trouvent d'accord sur le curé qui passe. Pour le simple promeneur le spectacle est ahurissant, et pour l'observateur il est embarrassant. Mithouard, dans le Tourment de l'unité, a parlé de limailles de fer et de pôles magnétiques. Faguet, moins poète et plus pratique, croit à une sorte de nécessité électorale; un parti au pouvoir ne peut s'y maintenir que contre quelqu'un ; or il n'est pas d'adversaire plus à souhait que la gent ensoutanée; elle se tient debout juste assez pour être jetée bas chaque fois ; le jeu est amusant, sans danger, et rémunérateur. Il y a là du vrai, et je crois que si les élections n'étaient plus des batailles, par exemple si la représentation proportionnelle était admise, la passion religieuse descendrait de deux ou trois degrés ; elle s'abîmerait bien davantage si nos pères conscrits provenaient vraiment de la conscription ; des représentants tirés au sort comme des jurés ignoreraient presque toutes les passions et manies de nos hommes politiques. Reste toutefois la question délicate que l'on n'aborde pas, et qui pourtant est la base psychologique de tout : pourquoi l'anticléricalisme a-t-il la faveur de la masse ? Les mêmes individus qui reconnaissent les vertus morales des prêtres et des sœurs, qui sont sensibles à la beauté ou à la séduction des cérémonies religieuses, qui ne veulent pas se retirer de leur église, et encore moins en détourner les autres, sont les premiers à voter pour les anticléricaux ou à applaudir à leurs coups. Est-ce par impatience de pratiques rituelles trop nombreuses et trop vulgaires, ou par irritation de gènes intellectuelles et morales trop minutieuses et

trop intimes, ou par éloignement de devoirs religieux imposant des obligations trop pénibles, ou par antipathie pour des habitudes trop tournées vers les enquêtes indiscrètes ? C'est possible, mais en ce cas cette défaveur peut persister longtemps encore, car les causes qui la provoquent ne semblent pas près de disparaître. N'importe il faut rester ferme sur les principes sans se laisser désarçonner par les soubresauts de la réalité. Si vous vous dites libéral, soyez libéral en dépit de tout, sans imiter ces mauvais farceurs qui restreignent: «la tolérance, oui, mais pas pourles intolérants ». Au contraire, la tolérance pour tout le monde ! Et peut-être bien que tout le monde criera, en France du moins, où les vrais libéraux sont rares; les uns condamneront la liberté de l'erreur, les autres vous demanderont aigrement si vous reconnaissez la liberté pour les empoisonneurs, mais vous les laisserez tous dire en souriant, et peut-être en joignant ainsi l'exemple au précepte, accroîtrez-vous le nombre de ces pauvres libéraux, ce qui seul importe ; nous sommes déjà deux ou trois, y compris vous sans doute, cher lecteur, quelques millions de plus et nous changeons la face du Parlement!

Antique et moderne (Ères).

Le monde antique, a dû être d'une dureté effroyable ; on ne peut, à la comparaison, que s'éprendre de notre ère ; les pires temps du moyen âge ont valu mieux que les plus brillantes années d'Athènes et de Rome, et notre reconnaissance doit naturellement en rejaillir sur le christianisme, âme de la nouvelle ère; mais, ceci dit, est-il bien sûr que tous les pro-

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