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PROTESTANTISME

avec une période de dépopulation pour nous et de surpopulation pour nos voisins.

Protestantisme.

Ce qui explique l'infériorité sociale de l'espèce catholique aujourd'hui par rapport à l'espèce protestante dans le règne chrétien, c'est que l'Église, en se préoccupant trop de supprimer les dissentiments rationnels, a affaibli les énergies morales et laissé tomber les concordes synergiques; en laissant ces divergences se neutraliser l'une l'autre dans le libre examen, le protestantisme est arrivé au même résultat que son rival dans le domaine intellectuel, et à des résultats bien supérieurs dans le domaine volontaire.

Tocqueville a dit quelque part que les diverses confessions protestantes iraient se séparant probablement en deux directions, les unes se détachant de plus en plus de tout christianisme, les autres tendant à se réunir à l'Église romaine. Cela, en effet, est possible. Toutefois il ne serait pas impossible non plus que le protestantisme libéral, j'entends le christianisme sans la divinité de Jésus-Christ, jusqu'ici culte dissident et sporadique, devînt la forme religieuse de certains peuples, et supplantât notamment le protestantisme orthodoxe et historique sans faire sortir entièrement du christianisme ses fidèles, comme le croyait Tocqueville.

Sans doute, cette idée d'un christianisme sans la divinité de Jésus-Christ nous choque, et nous avons peine à la regarder comme une vraie religion; toutefois nous ne devons pas oublier que le Christ est la seule figure historique divinisée, et que les autres

grandes religions n'ont été fondées que par des prophètes. Ce qui constitue toute religion c'est la prière, c'est-à-dire la foi en une Providence active; on peut avoir cette foi, et les sentiments de moralité et de charité qui s'y rattachent sans croire à l'Incarnation messianique. L'Islam, par exemple, auquel on ne déniera pas certes le nom de religion, se réduit à quelques notions simples et nettes, monothéisme, prière, aumône, inspiration, livre saint, qui sont justement celles du protestantisme libéral. On pourrait donc définir celui-ci : un islamisme chrétien.

Quels seraient le rôle, l'efficacité et l'avenir de cet islamisme chrétien? C'est ce qu'il est difficile de savoir. La masse des luthériens, des calvinistes, des anglicans, des presbytériens, desévangéliques admet la divinité de Jésus-Christ, et par là se trouve beaucoup plus rapprochée de l'Église romaine que de ses frères les protestants libéraux ; ceux-ci n'ont pas encore eu l'occasion de montrer l'état social qu'ils pouvaient produire ; peut-être leurs vertus sont-elles le reflet des vertus protestantes-orthodoxes ; peutêtre aussi, pourraient-ils arriver à vivre autrement qu'en parasites religieux et à animer une civilisation de leur propre esprit; mais alors il faudra voir si les causes qui ont amené une si rapide et si complète décadence de l'Islam n'agiront pas de même dans le protestantisme libéral.

L'Esquisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et Vhistoire d'Auguste Sabatier, est un excellent exposé de ce christianisme réduit à un déisme moral et charitable. Plus de Rédemption, d'Incarnation, de Trinité, plus de Péché originel

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de Baptême, de Sacrements, de Vie future; Jésus- Christ considéré comme un apôtre de la prière, de la résignation à Dieu et du secours à Dieu, voilà bien l'Islam chrétien, l'Eglisee hrélienne subsistant pourtant comme lien social de croyance et de philanthropie, conservant sans doute des dogmes, mais ceux-ci n'ayant plus qu'une valeur pédagogique et symbolique. Nous voilà, certes, à mille lieues de ce que nous sommes habitués à appeler le christianisme, et pourtant nous ne sommes pas hors de toute religion; que l'on compare la doctrine de M. Sabatier à celle, je suppose, de Renan, dont il pourrait signer presque toutes les pages sur Jésus, on verra l'abîme ; Renan, en dépit de ses gentillesses de phrase, n'admet pas Dieu, repousse la prière, la religion du cœur, même n'aime véritablement pas Jésus; tout au contraire, M. Sabatier ; par là il a quelque contact avec le catholique le plus strict ; son premier chapitre notamment, sur l'origine psychologique et la nature de la religion, peut plaire à tout esprit religieux, à quelque confession qu'il appartienne. Les autres chapitres plairaient-ils de même à une âme essentiellement religieuse? J'ai idée, mais je peux me tromper, qu'ils plairaient surtout à une âme religioso-philosophique, ce qui n'est pas la même chose. Pour que le protestantisme libéral eût chance de devenir une vraie grande religion, il faudrait qu'un prophète surgit et le prêchât au nom d'une inspiration directe, personnel. e et absolue de Dieu ; alors seulement, comme pour l'Islam, naîtrait la croyance collective. Jusque-là, je craindrais qu'il nereste qu'une doctrine sympathique, propre à des

philosophes profonds et bien intentionnés comme les néo-criticistes, mais sans action sur la foule, donc sur la civilisation et sur l'humanité.

Provinciale (Vie).

Ce n'est pas à Paris qu'on peut juger de la corruption des institutions ; là chacun est à peu près libre de faire ce qu'il veut, d'aller où il veut, de voter comme il veut (et c'est là une des grandes raisons, jamais indiquées d'ailleurs, de notre émigration à l'intérieur). Pour savoir ce qu'est notre vie publique, il faut habiter la province, être en rapports forcés et quotidiens avec le maire, le juge de paix, l'instituteur, l'inspecteur des enfants assistés, le commissaire central, le répartiteur des taxes, savoir ce qui peut s'accumuler de petites haines et de petites envies dans certaines âmes, être épié, soupçonné, dénoncé, enlacé de toutes façons. Dans notre état social on ne voit pas ce qu'un valet de politicien ne peut pas faire impunément ; un garde champêtre peut vous déshonorer ; un petit juge d'instruction peut vous tenir en prison pendant trois mois, si votre vieille mère est assassinée ; un maire peut vous jeter bas votre maison avec un simple arrêté d'insalubrité ; un préfet peut vous ruiner, eussiez-vous mille hectares de bois, avec un simple arrêté d'échenillage. Ce sont là choses dont on ne doute guère à Paris ou à Trouville, et pourtant c'est sous ce régime que vivent 35 personnes sur 38. Pour en avoir une idée, il faut recourir à des écrits spéciaux, à France de Bodley par exemple, ou au livre de M. Joly sur la corruption de nos institutions. Celui-ci est d'une riche et triste

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