‹ Pour causer de toutChapitre 104 sur 138 · PSYCHOLOGIE ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

PSYCHOLOGIE ÉCONOMIQUE

grogne » comme le définissent les Compagnies de chemins de fer ; ils vous équilibraient au bout de chaque doigt la Terre, le Travail, la Consommation la Concurrence, etc., et en avant la jonglerie x -f- y -{- a — h... passez muscade ! Il est vrai qu'à pédant pédant et demi. D'autres techniciens avaient surgi du sol, les socialistes, qui ne sont, chacun le sait, que des économistes enragés, et vlin, vlan, les x et les y avaient jonglé en sens contraire, et au lieu de l'irréfutable tout = bien avait flamboyé le non moins irrévisible tout = mal. D'où ahurissement des simples contribuables.

Déjà un digne homme qui n'était ni logicien ni gendelettre, mais bon maître de forges (Ohnet était encore épars dans le futur), s'était avisé de cette nouveauté que les produits étaient peut-être bien faits pour les hommes et non les hommes pour les produits ; il s'aperçut aussi de bien d'autres choses, mais si sensées qu'elles lui firent perdre tout prestige aux yeux des « éminents économistes », et qu'aujourd'hui encore, pour les purs, Le Play n'existe pas. Il était donc nécessaire que l'homme de science vint compléter l'œuvre de l'homme d'action en effarouchant le «sabbat des abstracteurs de quintessence. Et en effet [c'est sub specie philosophica et non plus morali que ll'auteur de la Logique sociale est venu refondre toute l'économie politique.

Car, de l'ancienne, il ne reste pas grand'chose. A j.a division classique : production, circulation, réparation et consommation de la richesse, M. Tarde substitue les trois points de vue psychologiques : répétition, opposition, adaptation. A tous les phéno-

mènes économiques il donne une base nouvelle ; ce sont les idées et les passions qui mènent le monde, plus que les intérêts. Il bouleverse la notion de la valeur en la définissant un accord des jugements collectifs sur l'aptitude à être plus ou moins, et par plus ou moins, crus ou désirés. Il détrône la triade terre capital travail ; la terre n'est plus rien à côté de l'ensemble des forces physico-chimiques, comme le travail humain n'est plus grand'chose en face de la nature asservie, comme le capital, travail cristallisé, n'est rien au regard du vrai capital invention. En distinguant ainsi le germe des cotylédons, il dissipe une des plus sottes confusions qu'aient faites bourgeois et anti-bourgeois, et il rend leur juste place aux vrais créateurs de richesse. Dans le domaine de la monnaie, fief incontesté de l'économiste, il s'introduit de vive force, en ouvrant partout des jours psychologiques, en donnant à la monnaie un fondement nouveau, une raison nouvelle de sesfluctualions, une amplitude nouvelle de ses conséquences sociales. Contre la thèse orthodoxe de la concurrence, il dresse la sainte hérésie de l'harmonie des efforts ; il met sens dessus dessous les points de vue tant national qu'international; il renouvelle l'ancienne conception de l'échange, qu'il considère avant tout comme un altruisme contagieux et naturel ; bref, il se démène de si belle façon et dans un si beau fracas d'orthodoxe vaisselle concassée qu'on se demande ce que les économistes et les socialistes pourront bien rafistoler avec leurs tessons hétéroclites.

Je ne veux ajouter qu'un mot. Si j'ai dit que ce livre devait faire époque, je n'ai pas voulu insinuer

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