RÉUNION DES ÉGLISES
par an, il serait bon de savoir, avant de le blâmer, si. en renvoyant son fermier et en cultivant lui-môme, il rattraperait ce traitement. Or pour cela il faudrait d'abord que la propriété fût assez considérable, et ensuite que son détenteur eût l'entente réelle des affaires, sinon il se ruinera ou s'étiolera. Malgré tout on peut penser que beaucoup de propriétaires auraient intérêt à vivre chez eux : d'abord ceux qui vont à la ville pour y être non pas budgétivores mais oisifs ; Bussy-Rabutin s'applaudissait d'être exilé de la Cour, et si sa cousine avait dû de même résider, elle ne se serait peut-être pas désolée de « mourir de faim sur un tas de blé » ; ensuite ceux qui, fonctionnaires, se dégoûtent de leurs fonctions ; il serait fort à désirer, à ce point de vue, qu'il y eût partout des retraites proportionnelles les libérant à tout instant et que l'on fût d'assez bonne heure fixé sur son avenir; si, dès 40 ans, l'officier savait à quoi s'en tenir sur les étoiles, beaucoup rentreraient dans la vie civile ; enfin, il faudrait qu'on se rendît compte que l'agriculture est aussi rémunératrice que l'industrie, si on la fait industriellement ; j'ajoute que, même si on la fait à la paysanne, elle a au moins cet avantage de ne pas vous laisser mourir de faim, et de vous donner bonne santé au grand air.
Réunion des Églises.
L'œuvre de la réunion des Églises qui sous la forme de conciliation dogmatique n'a pas plus de chances d'aboutir aujourd'hui qu'au temps où Bossuet et Leibniz la tentaient, pourrait et devrait se réaliser de plus en plus sur le terrain delà concorde sentimen-
taie. A ce point de vue les mixtes peuvent rendre de grands services. Les catholiques qui se font protestants, comme Emile de Laveleye, conservent dans leur nouveau milieu un air d'élégance et de sociabilité fort aimables, sans patois de Chanaan, sans monomanie de Saint-Barthélémy et de pasteurs du désert; et les protestants qui se font catholiques, comme Newman, apportent dans leur nouvelle Église un souffle de liberté, d'initiative, de conscience morale qui les rend tout à fait sympathiques. Par notre temps d'échanges internationaux pourquoi ne se fonderait-il pas une œuvre de chassé-croisé interreligieux ?
Restauration.
La Restauration n'a jamais connu le régime de cabinet. Louis XVIII ne considérait la Charte que comme octroyée, ce qui l'aurait autorisé à la révoquer, et ce qui permettait, en tous cas, à Charles X de signer légitimement les fameuses ordonnances, questions d'opportunité et d'adresse mises à part...
Les soi-disant libéraux de 1815-1830 furent d'assez tristes personnages, les meilleurs ne valaient pas cher. Armand Carrel, après avoir si souvent tonitrué contre les émigrés de Coblenz, allait faire le coup de feu sur la Bidassoa contre nos troupes, et Guizot s'applaudissait d'avoir fait tomber le duc de Richelieu : « Vous ne voyez donc pas qu'avec ce ministère nous serions pendant des siècles restés en arrière, et ne serions jamais peut-être arrivés à la position qui nous est due ! » (C'est Pasquier qui nous a trans-