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SOCIALISME

des rats. Et du moins la science sociale aura servi à quelque chose.

Socialisme.

Pour un pur raisonneur, la vivacité des discussions pour ou contre le socialisme est presque incompréhensible. La société ne peut pas ne pas être socialiste, pas plus d'ailleurs qu'elle ne peut pas ne pas être individualiste ; de part et d'autre on ne discute donc que sur des nuances hors de proportion avec l'acharnement des partis.

Le socialisme comme point de départ est toujours une recherche du moindre effort individuel au moyen d'une meilleure organisation collective ; comme point d'arrivée, il sera toujours fonction de la psychologie de la race qui l'applique.

Ce mot socialisme est si large, si complexe 1 Pour tant de gens il signifie seulement concorde, amélioration sociale, même progrès scientifique, même, ce qui est un comble, liberté ! Pour d'autres sans doute, il signifie bien égalité, mais dissocions : il y a les égalitaires qui veulent avant tout que le voisin ait moins, dussent-ils en pâtir eux-mêmes, ce qui est sot ; et il y a les égalitaires qui voudraient avoir, eux, davantage, ce qui est très compréhensible et très approuvable ; or, à ceux-ci on devrait montrer que le meilleur moyen d'élever le standard of life des pauvres est de laisser s'enrichir les riches, que plus il y a de milliardaires dans un pays, plus le sort des impies artisans s'améliore, et qu'au contraire plus

Ion veut rehausser le niveau général en rasant les

le champ social n'est pas un champ comme tous les autres.

Cette idée d'égalité montre bien comment se heurtent la conception matérialiste et la conception idéaliste des choses humaines. Plus les conditions de la vie courante s'égalisent et moins celles de la vie sociale se rapprochent, et peut-être y a-t-il plus de grèves causées par des questions de personnes, dureté du patron et méchanceté du contremaître, que par des discussions de salaire. Dans le monde ouvrier (et je crois dans tous les mondes) il faut des qualités sympathiques pour mener les hommes. Un de ses anciens employés a bien expliqué le cas de ce malheureux Watrin, qui fut massacré si affreusement à Decazeville ; c'était un ingénieur d'une trempe morale très élevée et d'une intelligence technique indiscutable ; de plus, bon et même affectueux ; mais il était triste, froid, sévère, et ce masque silencieux suffisait à élever un mur entre les ouvriers et lui; un homme à cent coudées au-dessous de lui, mais un peu expansif, n'aurait pas eu sa triste fin ; le saturnien n'est bon que dans sa cellule, c'est le jovial qui mène les peuples...

Une remarque curieuse, c'est que les individualistes ne nient guère les droits de la société, mais s'arrangent en fait de façon à les annihiler, alors que les socialistes nient rigoureusement le droit de propriété individuelle, mais trouvent toujours un moyen pratique de le laisser vivre. Autre différence, sur un autre point, entre anarchistes et socialistes : les premiers, Kropotkine, par exemple, ne reculent pas devant la peinture de leur société idéale ; alors que les socialistes se dérobent et demandent, comme M. Jaurès,

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