‹ Pour causer de toutChapitre 120 sur 138 · SOCIALISME · texte numérisé non relu

SOCIALISME

quand on les en presse, quelques mois de répit. Il serait pourtant utile de savoir comment s'établira le nouvel État, combien il durera et ce qui en résultera* Un des théoriciens intelligents du système, tel que M. Georges Sorel, devrait bien prendre un jour le taureau par les cornes. Si les étrangers s'opposent à ce que le nouvel État s'approprie les capitaux français qu'ils possèdent, qu'arrivera-t-il ? Une fois que le capital ne recevra plus de rétribution propre, comment se procurera-t-on celui dont on aura besoin pour les exploitations nouvelles? L'avantage qu'aura le travailleur à toucher la part du capitaliste actuel, si l'État ne la lui prend pas au nom des frais généraux, sera-t-il compensé par la disparition de toutes les industries de luxe, et qu'est-ce qui n'est pas luxe? Le gros défaut des socialismesde tous genres c'est de ne pas tenir compte de ce que Fourier, à l'imitation de sa papillonne, aurait appelé Vaiglonne, j'entends le besoin de monter et de planer, de « dormir dans l'infini les ailes toutes grandes ». Entre un Etat où tout le monde travaillerait même modérément sans avoir jamais chance de jouir pleinement de la vie, et un autre où chacun aurait l'espoir d'arriver là par travail, habileté ou simple gros lot, pas un homme, je crois, n'hésiterait. Si Prospéro était roi de France, ne pouvant pas, en dépit de sa baguette magique, faire le bonheur de tous, il voudrait faire celui de quelques-uns en mettant en loterie le droit au repos dont je parlais ; à 1500 francs par mois le lot, ce qui n'est pas énorme pour le père d'une famille un peu nombreuse, il y aurait de quoi, avec tous les capitaux du pays, faire tout au plus 2 heureux sur 100

adultes, les autres se brossant le ventre. Or, dans l'état actuel des choses, il n'y a aussi que 1 ou 2 adultes sur 100 qui peuvent vivre de leurs rentes, et au lieu de 98, seulement 30 ou 35 qui n'ont rien, les 60 ou 65 autres ayant quelques rogatons. La réalité, ô ironie, apparaît donc préférable à l'idéal de Prospéro...

Une psychologie comparée des divers socialismes nationaux, est possible. Mais, à ne rien celer, une psychologie du socialisme abstrait serait elle-même abstraite, et si l'on amusait à la faire, ça ne pourrait être que sous force réserves. Par quoi se caractérise le socialiste ? Ce n'est ni par son amour des humbles, ni par sa haine des supérieurs ; d'autres que lui ont ces passions. Ni par son désir du bien social général, sinon tout le monde serait socialiste. Peut-être est-ce par la réunion des trois conditions psychologiques, une sensibilité aiguë sur certains points, un rétrécissement du champ d'observation, une volonté impulsive et impérative, l'un de ces trois facteurs conditionnant les deux autres, suivant les jours ou suivant les cas. Au point de vue intellectuel, je ne connais pas de socialiste qui ne soit un rétréci, fût-il d'ailleurs technicien, érudit, artiste ou logicien ; car on peut être tout cela et ne voir qu'un côté des choses. Le socialiste fait ses jeux ica riens la tête dans un sac. Il bondit d'axiome en axiome : que le bonheur consiste à consommer le plus de produits possible, qu'on ne peut augmenter la production qu'en augmentant l'intensité de la main-d'œuvre, qu'on ne rendra le travail plus facile et plus productif qu'en le régularisant par une réglementation d'ensemble, que la justice se réalise par la tendance à la simili-

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