TRAVAUX PUBLICS
intéresse plusieurs administrations, de donner la décision à l'administration la plus intéressée en réservant aux autres le droit d'annuler, au lieu d'exiger l'adhésion préalable de toutes pour que la décision intervienne. Voilà une demande d'autorisation, exemple classique, pour des cabines de bains sur une plage. Tous les ministères entrent en branle : Intérieur, Travaux publics, Finances, Marine; quelquefois Commerce, Guerre, etc. Calculez le nombre de voyages du dossier que cela représente, la quantité de paperasses, l'embrouillamini des discussions, la durée des formalités. Eh bien, remplacez le suspensif par le résolutoire ; dites : c'est le service des Travaux publics qui autoriserafet ce peut être fait dans les quarantehuit heures) et ies autres services auront un mois pour révoquer l'autorisation; qu'arrivera t-il? C'est que, neuf fois sur dix, les autres ministères laisseront passer, et que l'intéressé, en courant un risque très faible, aura pu, dès la première semaine, exploiter ses cabines. Mais le tempérament national exige la complication, la perfection, le contrôle, la méfiance. Dans l'intérieur même de chaque administration, il est presque impossible d'arriver à la synergie. Aux Travaux publics, il y a une direction de la Navigation qui est en concurrence irritée avec la direction des Chemins de 1er; ceux-ci transportent mieux, plus vite, à meilleur marché ; n'importe, il faut creuser des canaux, rendre des rivières navigables, y attirer le trafic par des primes, bref, faire tout ce qui conduirait un particulier à la faillite ou au cabanon.
Trusts.
Un des aspects curieux de cette question des trusts, c'est de voir la société industrielle s'écarter, sur ce point comme sur bien d'autres, de la société politique. Alors que celle-ci reste fidèle à la gestion collective, celle-là marche résolument vers la direction individuelle. La victoire du trust (société dont les membres n'ont droit qu'aux bénéfices) sur la société anonyme (où ils nommaient directeurs et commissaires de surveillance, votaient sur les projets et approuvaient les comptes) est comparable à ce que serait la victoire de l'impérialisme sur le parlementarisme, en politique, et le phénomène est digne d'attention.
Turcs.
C'est aux causes ingrates qu'on reconnaît les bons avocats, mais en vérité c'est jouer la difficulté qu'écrire le panégyrique du Turc actuel (1907). « L'effort ottoman» ne nous est guère apparu que sous des formes fâcheuses, banqueroute en 1876, bachi-bouzouks en 1877, etc., etc., jusqu'aux effroyables massacres arméniens d'il y a quelques années et aux brigandages endémiques qui obligent l'Europe à intervenir sans cesse, en Crète, en Thessalie, en Macédoine. Que la faute en soit aux simples Turcs qu'on nous représente comme des paysans laborieux et grugés, ce qu'ils peuvent être tout en éclatant d'un fanatisme brutal, ou aux pachas, qui sont de toutes races, mais collectionnent les vices du tempérament osmanli, ou enfin au Sultan lui-même, la réalité est que le Turc