ARMÉE
fils c'est la Grande Muette qui passe ! Cette appellation qu'inventa, je crois, Ignotus,du Figaro, a été reprise par un homme assez parlant haut, le sous-intendant Bolot. Cet officier supérieur est un aigri, lui encore ! mais intelligent, spirituel et mordant. Donc, n'ayant k ménager personne, il affirme carrément que tous les secrets d'État, tous les documents d'état-major, toutes les manigances d'espionnage, c'est de la blague, et qu'il n'y a qu'une seule réalité, le coulage régulier, inexorable, des bons écus du contribuable qui, par le canal des dépenses dites militaires, tombent dans les poches des gouvernants et de leurs amis du Parlement et de la Presse. Et l'accusation est raide, aussi raide que vraisemblable, on peut bien le dire maintenant que la preuve est faite que la fripouillerie n'empêche nullement un député d'être réélu, au contraire ! C'est donc faire œuvre pie aux yeux de notre Rump que d'affirmer sa qualité de Rump sans quoi les électeurs ne le goûteraient plus. Si Baihaut avait été rééligible, il aurait été réélu tout comme Wilson et Lanessan.Donc la Défense nationale, c'est avant tout l'Assiette au beurre, un beurre succulent d'ailleurs; il y a dans le livre de M. Bolot l'histoire d'un coup manqué, sous un des proconsulats de M. de Freycinet, dont l'enjeu était coquet, 200 millions. Mais, à vrai dire, c'est toute une frondaison d'anecdotes, de réflexions et de révélations qui s'enroule autour de l'armature. État-major, génie, intendance, contrôle, haras, majors, tout le monde reçoit son paquet, un lot superbe d'étrivières. Et pour que les civils n'aient pas à jalouser les militaires, c e sont eux qui sortent encore le plus endommagés de la
danse; le dos des politiciens devrait leur cuire longtemps. Et ce n'est que justice, tous les furoncles des administrations civiles et militaires sont les fils de l'énorme chancre central des Pouvoirs publics. De celui-ci quand guérirons-nous? Il ne faut jamais désespérer, et c'est peut-être quand les chancrolâtres seront devenus tout à fait conscients et indurés que, voulant surnourrir leur doux ulcère, ils le feront crever.
Art religieux.
Au point de vue d'une renaissance d'art possible, le milieu religieux actuel est très ingrat ; clercs et fidèles rivalisent de poncivité et de philistinisme; l'insouci du beau est vraiment, hélas, catholique dans les deux sens. L'Église de France a des saints, des savants, des penseurs, elle n'a guère de lettrés et pas du tout d'artistes. Sans doute tout cela peut changer et peut-être suffirait-il d'une orientation nouvelle donnée à nos grands séminaires. Dans le catholicisme, la matière esthétique est toujours là; il y a plus de beauté dans une grand'messe à Notre-Dame que dans les plus pompeuses cérémonies civiles. Cette beauté, il suffirait que chaque âme de fidèle la dégageât, et ceci, à vrai dire, se fera plus par la rénovation du sentiment religieux que par le départ en guerre contre ces malheureuses polychromies de la place Saint-Sulpice qui n'en peuvent mais, et qui d'ailleurs ne sont pas plus inférieures à l'imagerie religieuse d'autres temps, aux icônes byzantines par exemple, que les chansons de nos cafés-concerts ne sont au-dessous des sottisiers et des mazarinades de nos pères. Au surplus, il ne faut pas oublier qu'il n'y