UNITÉ MORALE
explication pour la forêt hercynienne où le colunt diversi ac secreti s'observe mieux encore dès l'antiquité que près des fjords norvégiens ?
Unité morale.
M. Paul Seippel se désole qu'il y ait deux Frances : la France de la révolution et la France de la contrerévolution, c'est-à-dire la France religieuse et la France anti-religieuse, et plus précisément encore à ses yeux, la France catholique et la France protestante. Mais quel illogisme que ce soit chez les fils du libre examen que se manifeste un tel souci de l'unité morale ! Le beau malheur qu'il y ait deux Frances I Espérons même qu'il y en a beaucoup plus ! C'est comme pour les morales. Ce bon M. Nisard souleva jadis l'indignation de nos futurs panamistes en se demandant un jour de soutenance de thèse N'y auraitil pas deux morales ? Oh ! le pauvre philosophe, mais il y a autant de morales que d'individus! Ça n'empêche pas d'ailleurs qu'il n'y ait qu'un seul Code pénal. De même pour les Frances ; assurément M. Théodore Reinach, qui veut supprimer des programmes classiques tous les auteurs du xvne siècle, ne s'entendra pas plus avec M. Brunetière sur ce sujet que M. Joseph Reinach son frère ne s'entendait sur la Révolution avec Taine (c'est ledit Reinach qui traita les Origines de « prose d'émigré », mot admirable de la part d'un immigré d'aussi récente date), mais qu'est-ce que cela prouve? qu'il faut obliger les frères Reinach à changer d'idées >ur Bossuet et sur Danton ; non, je n'en vois pas la nécessité. Laissons les choses comme elles sont et les idées comme elles
fleurissent. M. Seippel, qui est de Zurich, est bien bon de se désoler amèrement qu'il y ait deux Frances! N'y aurait-il pas deux Suisses aussi, et même trois, et même cinq avec la Suisse ladine et la Suisse romanche ? Si cet aimable voisin a le tourment de l'unité, qu'il le satisfasse d'abord chez lui.
Université musulmane.
Cette immense cour de la mosquée EI-Ahzar où des milliers d'étudiants de toutes couleurs dorment, rêvent ou écoutent des ulémas parlant en plein air adossés à un pilier ou surhaussés sur une chaire en bois de palmier, qui ne voudrait y passer sa jeunesse, ou même toute sa vie, comme ces vieux étudiants à barbe blanche qui ne sortent de la mosquée que pour aller dormir au cimetière? On suivrait, les yeux à demi fermés, la rotation de la table sur laquelle le Cheikh a disposé côte à côte le Livre, puis la Glose du livre, puis le Commentaire de la glose, puis l'Explication du commentaire, et ainsi de suite à l'infini, comme dans les contes de Shahérazade. ..
Université populaire.
C'est une triste histoire que l'escamotage de l'Université populaire du faubourg Saint-Antoine et que M. Georges Deherme raconte avec une amertume assez justifiée. On sait qu'il l'avait fondée, il y a cinq ou six ans, qu'il y avait consacré toutes ses ressources, toutes ses forces, et que, sur son exemple, toute une série d'Universités populaires s'était organisée par la France. Or, voici la récompense de tant d'efforts. Un « bienfaiteur » avait mis à la disposition des