‹ Pour causer de toutChapitre 132 sur 138 · UNIVERSITÉ POPULAIRE · texte numérisé non relu

UNIVERSITÉ POPULAIRE

auditeurs de l'Université populaire sa villa du Bois de Boulogne, dénommée du coup* Château du Peuple », et nombre de familles du faubourg Saint-Antoine avaient pris la douce habitude de s'y transporter joyeusement chaque dimanche. Un jour, M. Deherme apprit que le « bienfaiteur » avait commencé par être juste le contraire judiciairement parlant ; il fit donc ce que tout honnête homme aurait fait à sa place; il dissocia l'Université populaire du Château du Peuple. La chose ne devait pas être du goût des amateurs de villégiatures. On le lui fit bien voir. « La maison est à moi : c'est à vous d'en sortir I > Deherme, qui avait dû commettre l'imprudence de ne pas se réserver sa propriété — car on ne peut pas croire qu'un référé de dépossession ait été rendu sans titres — fut attaqué par ses anciens auditeurs devenus ceux du « bienfaiteur», condamné en référé par le président du tribunal, et finalement expulsé :omme un simple congrégationniste. On ne sait qu'admirer le plus, dans tout cela, de la beauté des ois françaises, de l'habileté manœuvrière du « bienfaiteur », ou de l'inconscience morale des bonnes *ens du faubourg parisien. « Notre tentative d'éduiation populaire, avoue tristement M. Deherme, a •adicalement échoué ; nous n'avons pas atteint l'âme lu peuple, s'il en a une. » Hélas ! je ne sais pas si les xmrgeois des Champs-Elysées sont logés à une autre enseigne que les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, ;t si on ne les voit pas s'écraser pour courir aux fêtes lonnées par tel écumeur de la haute banque comme es pauvres gens de Deherme pour aller au Château lu Peuple. L'histoire n'en est pas moins lamentable.

11 n'y a de comique là-dedans que le sujet de la première conférence qui, Dehcrme dûment expulsé, a rouvert l'Université sous l'oeil attendri du Bienfaiteur ; « La morale rationnelle ». Le nom du moraliste, M. Maurice Vernes, mérite d'être noté. D'autres spectateurs, sympathiques et attristés ceux ci, ont essayé de tirer de l'aventure sa leçon : « Le système d'éducation morale, écrit M. Charles Gide dans VÉmancipation de Nîmes, qui consistait à nourrir le peuple des doctrines les plus hétérogènes et les plus antagonistes, lui laissant le soin de se débrouiller comme il le pourrait, n'était peut-être pas le meilleur pour former l'âme du peuple. » El peut-être, dirai-je à mon tour, M. Charles Gide a-t il raison. Mais s'il a raison, tout le système neutre s'écroule ! S'il ne faut plus de doctrines hétérogènes et antagonistes, s'il ne faut plus embarrasser le peuple du soin de se débrouiller comme il peut, c'est le système contraire de l'école confessionnelle qui revient sur l'eau ! — Cela mérite qu'on y réfléchisse, disait M. Charles Gide avant de formuler sa réflexion. Mais, après, cela le mérite encore plus.

Utopie.

La race des fondateurs d'Icarie n'est pas éteinte en Amérique, et voici un yankee pur sang qui nous tend de l'autre côté de l'Océan sa République industrielle. M. Upton Sinclair, à qui Wells écrivit, un jour : « Au plus optimiste des socialistes le plus optimiste après lui », est Pauleur célèbre de la Jungle (les Empoisonneurs de Chicago) et le frontispice de son nouveau livre représente le maquis industriel,

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