VICTOIRE
alimentaires, financières, que sais-je? Et ces éléments sont tissés d'inconnues, sans compter la grande x, Sa Sacrée Majesté le Hasard, toutes ces x étant de celles que les meilleurs polytechniciens ne peuvent réduire (nous l'avons vu en 1870, hélas 1) Tout ce qu'on peut dire, un peu grossièrement, c'est qu'à égalité de tous les autres éléments, la très forte supériorité de l'un d'entre eux décidera de la victoire ; mais déjà avec une infériorité même moindre sur un autre point, tout est remis en question ; une armée moins nombreuse mais mieux exercée l'emporterat-elle? On admet que de vieilles troupes ne peuvent pas résister à des gardes nationaux quatre fois plus nombreux, à égalité d'armement et du reste ; qu'en sait-on? On admet que des cohues barbares ne peuvent vaincre des troupes européennes ; la bataille d'Adoua a prouvé le contraire, coutelas d'un côté, tusils et 76 canons de l'autre, pourtant. On admet qu'une troupe ne peut pas résister après avoir perdu 10 0/0 de son effectif; les uns résistent après, toutefois, et d'autres lâchent pied bien avant la permission des statisticiens. Et qu'est-ce quand intervient l'impondérable, le génie du général en chef, qui est luimême à la merci d'un coryza attrapé sur le Niémen ou d'une indigestion le soir de Dresde, ou la confiance de l'armée qui est alors du pur inconscient, de l'absolu mystérieux, une armée de cerfs commandée par un lion valant mieux, comme disent les Arabes, qu'une armée de lions commandée par un cerf? En vérité le problème est trop obscur, il y aurait trop à dire contre tout ce qu'on pourrait avancer, en n'importe quel sens, à propos de Santiago de Cuba,
de Modder River, d'Adoua, à plus forte raison de Plewna, de Metz ou du Potomac,
Ville (Conseil et corps de).
Je signale l'idée aux citoyens de bon sens qui voudraient sortir enfin de l'ère des coteries et des frairies. Non qu'il soit question de choisir aux boules les ministres ou le chef de l'État. Mais pourquoi ne pas essayer, en matière municipale, du tirage au sort pour avoir un « conseil de ville » qui, comme autrefois, surveillerait « le corps de ville » ou conseil municipal ? Est-il acceptable que dans une ville de 2 millions et demi de citoyens, il n'y en ait que 80 qui prennent part à la vie de la cité ? Du moment qu'il ne s'agit pas de mettre en question le système de nos alliances ou la force de nos armées, mais de pourvoir à de modestes intérêts de voirie, d'assistance, d'hygiène, d'instruction primaire, il faudrait qu'il ait plusieurs centaines et même plusieurs milliers de personnes (à Londres il y en a 50.000) qui soient appelées à s'occuper de ces questions. Ces masses, pourquoi ne pas les faire désigner par le sort? Dès lors, plus de brigue, plus de lutte, plus de fièvre et plus de gaspillage, surtout plus d'esprit de parti et plus de rage de conquête; les milliers d'habitants que le sort désigne savent qu'ils ne représentent personne, ils n'ont ni chefs de parti devant eux, ni comités électoraux derrière, ils ne pensent qu'à opiner sur les questions de pavage en bois et de surtaxe d'octroi qu'on leur propose, et le grand Conseil municipal qui, livré à lui-même, se transforme en Chambre au petit pied, maintenu et contenu par eux, se