‹ Pour causer de toutChapitre 135 sur 138 · VILLE · texte numérisé non relu

VILLE

renferme dans son rôle de preneur de décisions municipales. Craint-on que ce peuple de notables môme partagé en 20 groupes d'arrondissements ou en 80 groupes de quartiers, s'intoxique lui aussi de politique et ne fasse que vingtupler ou qu'octantupler le mal? Le remède est facile. Il suffirait d'avoir un très grand nombre de petites assemblées à compétence rigoureusement spéciale. Le Conseil municipal actuel se partage en six grandes commissions permanentes : Voirie, Hygiène, Assistance, Finances, Instruction et Affaires diverses. Il n'y aurait qu'à tirer au sort, dans chacun des 80 quartiers, 6 souscommissions s'occupant des mêmes matières et composées chacune de 12 membres; cela ferait 5.760 personnes en tout.

Comment les noms sortiraient-ils? Le moyen le plus simple serait de tirer au sort non pas les habitants, mais leurs domiciles. Voici comment la chose pourrait se faire. Il suffirait d'une heure pour dresser dans chaque quartier la liste numérotée des maisons, en disposant par ordre alphabétique les rues du quartier et à côté le nombre des immeubles. Douze chiffres tirés au sort correspondraient à douze maisons, tel numéro de telle rue. Un second tirage désignerait une lettre de l'alphabet, et l'habitant de la bâtisse dont le nom commencerait par cette lettre, serait l'élu. L'Enregistrement a la liste des habitants de chaque maison, on ne dérangerait donc personne. Ainsi, pas de paperasses, pas de bureaucratie, une simple feuille de papier pour calculer le nombre de maisons, et deux tours de roue par notable à désigner, quoi de plus simple?

Les difficultés de détail seraient vite résolues. Si plusieurs habitants dans la même maison commençaient par la même lettre, un troisième tour de roue départagerait. Et si nul habitant n'offrait l'initiale demandée, le nom qui s'en rapprocherait le plus serait choisi. Pour suppléer ceux qui voudraient s'exonérer de ces jurys (et il faudrait donner ce droit à un chacun moyennant une indemnité de 50 francs, je suppose, d'abord parce que, sans bonne volonté, pas de bonne besogne, et aussi parce que ce fonds de rachat des paresseux permettrait peut-être de stimuler le zèle des laborieux), pour les suppléer, disje, il n'y aurait qu'à tirer d'avance des numéros et des lettres supplémentaires. On pourrait réserver quelques places à des femmes, dans le comité d'assistance notamment. Aucune condition pour être désigné, sinon un casier vierge, la qualité de Français, et aussi celle de contribuable inscrit à la cote personnelle et mobilière. Tout cela est très facile. Pour diriger, les premières années, les notables dans leur mission, un fonctionnaire municipal, ou un citoyen de bonne volonté, pourrait servir de secrétaire à chaque comité, sans prendre part aux votes, et s'assurer de l'assiduité des membres et de la régularité des travaux. Les séances auraient lieu le soir et une fois par quinzaine pendant six ou huit mois de l'année; il suffirait donc d'un fonctionnaire de bonne volonté pour surveiller les six comités de chaque quartier.

Ainsi tous ces notables ne seraient pas tentés de se transformer en souverains au petit pied. Si l'innovation réussissait, on pourrait l'étendre aux con-

Page 1