VILLE
seils d'arrondissement qui dérangent assez inutilement les électeurs ; et pourquoi ne pas continuer ? Le tirage au sort combiné avec la cooptation sélecterait un personnel représentatif qui serait bien préférable au nôtre. Il n'y aurait qu'à aménager en ce sens les populeuses listes de notabilités départementales, communales et nationales qui caractérisaient la constitution de Sieyès. Je me permets de reproduire ici ce que je disais ailleurs à ce sujet :
« Nous avons aujourd'hui 10 millions de citoyens environ; cela fait un million de notables communaux : 500.000 désignés par le sort et choisissant les 500.000 autres ; transposé dans une commune ordinaire, ou dans un quartier de grande ville, le mécanisme devient aisé; c'est en somme une cinquantaine de voisins se connaissant tous qui s'adjoignent une autre cinquantaine de voisins connus d'eux. Et l'on n'a qu'à renouveler l'opération, comme sous la constitution de l'an VIII, avec peut-être un crible de plus pour mieux tamiser la fine fleur représentative. Dans le million de notables communaux, l'incorruptible hasard désigne 50.000 notables de canton ou d'arrondissement qui s'adjoignent autant de collègues ; et voilà 100.000 bons citoyens tout prêts à galvaniser la petite patrie locale. Encore un treillis : de ces 100.000 cantonaux secoués par le sort, il filtre 5.000 notables départementaux qui cooptent un nombre égal d'illustrations locales; cela fait par département environ 115 personnes, chiffre excellent pour un conseil général. Mais, enfin, pourquoi un nouveau tirage au sort ne désignerait-il pas, entre ces 10.000 conseillers généraux, 500 personnes qui s'en adjoin-
draient 500 autres prises parmi ce que la France entière compte de plus en vue, et pourquoi ces 1.000 là ne formeraient-ils pas, par moitié, les deux Cham bres ?... »
Violence.
En comparaison de M. Jaurès, parfait produit de la cuistrerie universitaire, M. Georges Sorel, autodidacte fécond en vues pénétrantes sur l'histoire comme sur la science, sur l'exégèse comme sur l'architecture, prend des dimensions hautaines ; il rappelle Proudhon et Nietzsche. Mais un peu comme à ceux-ci il ne faut pas demander autre chose que des démolitions. Tant qu'il s'agit de jeter bas les uns sur les autres cléricaux et radicaux, réactionnaires et parlementaires, collectivistes et solidaristes, c'est parfait ; tous les Chevaliers de l'Assiette Ronde tremblent comme chienlits devant cet inarrêtableDon Quichotte de la G. G. T. Mais ce n'est pas tout de bien couper ; il faut encore recoudre, et à ce moment M. Sorel apparaît aussi enfantin que Proudhon. Assurément, réintroduire la violence, une chevaleresque et héroïque violence dans les âmes aveulies et tartufiées, c'est quelque chose, mais ce n'est pas tout. D'abord, puisque M. Sorel n'est pas amoraliste, et qu'il admet un bien et un mal, il avouera qu'il importerait de savoir si sa violence doit évoluer vers l'un ou l'autre de ces monosyllabes. Et puis il y a violence et violence ; celle qui pousse à construire des barricades et à faire le coup de feu contre les bourgeois n'est pas la même que celle qui incite à développer âprement le travail